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Société

Les différents visages de la précarité en Corse

mercredi 23 novembre 2016 à 11:57 Par Hélène Battini, France Bleu RCFM

20% de la population corse vit sous le seuil de pauvreté. Sans domicile fixe, mal logés, bénéficiaires d'associations caritatives mais aussi travailleurs précaires, en quelques années la précarité a évolué en Corse comme ailleurs.

Restos du Coeur
Restos du Coeur © Maxppp - maxppp

Corse, France

Travailleurs et précaires à la fois

Sandrine est au chômage depuis avril, elle vit seule avec sa fille. En attendant de pouvoir monter une micro entreprise, elle peine à joindre les deux bouts.

« Je suis dans une situation de précarité mais pas suffisante, il y a un plafond et je suis légèrement au-dessus. Quand on a une CMU on a droit à des tarifs préférentiels sur l’électricité, quand on ne l’a pas parce que l’année précédente on gagnait apparemment suffisamment on rentre plus dans ce critère. La voiture quand elle a un souci elle va rester en l’état. Même quand on veut s’en sortir on s’enfonce. Des aides pour les gens qui ont réellement envie de s’en sortir il n’y en a pas tant que ça, moi pour l’aide au logement à 20 euro près on m’a tout supprimé. »

Sandrine, au chômage depuis avril 2016

20 000 foyers ont du mal à payer leur facture d’électricité

En 2014, 20 000 foyers corses étaient en situation de précarité énergétique. Un chiffre directement lié au taux de pauvreté, selon l'Agence de l'Urbanisme. EDF propose des tarifs réduits, mais ses clients ont un budget qui ne suffit pas toujours pour payer les factures. Face à la situation EDF a récemment invité plusieurs familles en situation de précarité énergétique à recueillir conseils et orientations à l’occasion d’ateliers pour réduire sa consommation d'énergie. Mariée, deux enfants et au chômage, Émilie loue un F4. Chez elle le chauffage électrique c'est 54% de la consommation. 1 500€ d'électricité par an, le foyer d’Émilie est l'un des 20 000 en Corse en précarité énergétique. Elle doit parfois reporter le paiement de sa consommation.

La précarité énergétique - Maxppp
La précarité énergétique © Maxppp - maxppp

« J’ai du mal à payer mes factures, je suis en prélèvement mensuel mais il y a des périodes de l’année où ma facture ne peut pas être payée, sans compter après celle du gaz, j’ai déjà été coupée oui ça m’est déjà arrivé. »

Emilie, mariée, deux enfants, au chômage.

Certains sont également aidés par des associations, comme les restos du cœur. Selon la présidente des restos pour la Corse du sud, Isabelle Torre, la précarité énergétique touche trois quart des bénéficiaires de l’association. EDF propose des aides et parfois la gratuité pour de l'électroménager. Pour les factures, les tarifs de première nécessité sont très sollicités.

« 15 000 foyers en Corse en bénéficient, il pourrait y en avoir 18 000, c’est pour ça qu’on fait ces ateliers avec les travailleurs sociaux, grâce à eux on arrive à en identifier d’autres qui pourraient être éligibles et avoir chaque année entre 71 et 140 euro de réduction forfaitaire. »

Florian Champmartin chef du service clientèle EDF en Corse.

Moins une machine est chère et plus elle consomme. L'énergie représente 9,3% du budget des ménages en Corse, plus du double de la moyenne Française.

Les maisons relais de Furiani

Le foyer de Furiani s’est récemment doté de 7 « Maison relais » supplémentaire, portant leur nombre à 27. Des logements d'une superficie d'environ 35m² situés dans l'enceinte du foyer d'accueil de Furiani et autofinancé par l'association avec l'aide de l'état, de la Communauté d'agglomération de Bastia et de la CTC pour un montant total d'environ 670 000 euro. Ils sont destinés à l'accueil de personnes à faibles revenus et dont la situation sociale ne permet pas l'accès à un logement ordinaire. Toutefois, les occupants signent une convention d'occupation et s'acquittent d'une redevance mensuelle tout en participant à la vie du foyer. Ce qui permet selon les responsables de l'association et les résidents de retrouver des responsabilités et de se réadapter plus facilement.

maxppp - Maxppp
maxppp © Maxppp - maxppp

Serge est fier de sa Maison Relais au Foyer de Furiani. En l'échange d'un loyer mensuel, il peut vivre de manière autonome et être aidé dans toutes ses démarches par les animateurs du centre quand il le souhaite. Pour lui, qui a connu la rue un peu partout en France, la Corse lui a offert plus qu'un toit.

« J’ai bourlingué pas mal d’année sur le continent, je ne peux citer aucune ville où on offre la possibilité qu’on nous offre ici. L’hospitalité, le sourire, l’accompagnement, je n’en revenais pas. J’étais vraiment désespéré. Ici c’est exceptionnel ».

Serge, bénéficie d'un logement au sein du foyer de Furiani.

Traiter le fond du problème et pas seulement l’urgence

Pierre-Jean Rubini est le président de la chambre régionale de l'économie sociale et solidaire et il a fait toute sa carrière au service des publiques défavorisés. Selon lui, c’est clair il faut maintenant s’attaquer aux origines de la précarité.

« Le problème aujourd’hui face à cette précarité montante c’est que nous ne faisons que de l’urgence, on ne traite pas le fond. Quelqu’un qui est dehors on lui trouve un lit, mais on ne traite pas le pourquoi et comment. Cela demande des actions concrètes. La générosité, aider les autres, la solidarité c’est bien…mais c’est presque un plan Marshall de lutte contre la précarité qu’il faut. On a pris trop de retard depuis vingt ans et il y a une face caché. On dit qu’il y a 60 000 personnes…moi je peux vous dire qu’elles y sont. »

Pierre-Jean Rubini président de la chambre régionale de l'économie sociale et solidaire