Insolite DOSSIER : La 70e édition du Festival de Cannes

PHOTOS - À Cannes, les "gratteurs" de places à l’affût d'un sésame pour monter les marches du Palais des festivals

Par Victoria Koussa, France Bleu Azur et France Bleu jeudi 18 mai 2017 à 14:58

Jean-Marie, un retraité Cannois, se met tous les matins du festival sur son 31. Le but, obtenir des places et faire des rencontres.
Jean-Marie, un retraité Cannois, se met tous les matins du festival sur son 31. Le but, obtenir des places et faire des rencontres. © Radio France - Victoria Koussa

Pancartes à la main, des fans du 7e Art font la manche devant le Palais des festivals à Cannes pour obtenir le Graal : un ticket pour les projections de la journée ou, mieux, de la soirée, avec montée des marches à la clé. Et chacun a sa petite idée pour se démarquer.

Sur lui, il a tout le festival de Cannes. Le costume, bien-sûr, mais aussi le nœud papillon dans la poche, l'accréditation autour du cou, les cheveux impeccablement coiffés sur le côté et le détail qui fait la différence : une pancarte fabriquée à partir d'un morceau de tapis rouge, s'il-vous-plaît.

Chaque années au mois de mai, Jean-Marie, un retraité cannois, reprend ses bonnes vieilles habitudes : partir à la chasse aux places avec sur son dos, toute son élégance.

Des places pour les projections et pour les "marches"

Ces "gratteurs" de tickets jurent être amoureux du cinéma, mais une fois que leur est tendu le micro, plus que du film, ils parlent de fouler le tapis rouge.

Beaucoup ont déjà défilé dessus, mais y accéder reste un challenge pour eux. Car dans leurs poches, certains, comme Jean-Marie, ont déjà des tickets pour la séance de 23 heures. "J'ai déjà le gâteau, mais j'aimerais la cerise à mettre dessus", sourit le sexagénaire.

"Pendant les dix jours du festival, tout est prêt chez moi. Des chemises blanches, des chaussures cirées (...) et tous les matins, le même rituel : je me rase au poil et me peigne les cheveux pour mettre toutes les chances de mon côté", ajoute Jean-Marie. Il est resté plusieurs heures devant le Palais le premier jour, mais son plaisir était surtout d'être reconnu par les habitués et de serrer quelques mains.

Protocole obligatoire, même chez les "gratteurs"

En plus de la bonne ambiance qui règle, en général, dans les rangs des "quémandeurs" comme préfère se qualifier Philippe ( un cinéphile venu de Malakoff en banlieue parisienne avec sa femme), le respect de quelques règles est de mise : interdiction d'acheter les places sous le manteau, d'abord, sous peine d'amende, et puis surtout, obligation d'honorer une invitation reçue des mains d'un professionnel du cinéma.

"Les places vont être scannées, et on saura que Monsieur Machin aura retiré un billet qu'il n'aura pas utilisé', explique Alphonse qui "fait la manche", comme il dit, depuis une dizaine d'années. Il suppose que s'il ne se rend pas en salle, son précieux donateur ne lui fera plus confiance au prochain festival. Le bouche-à-oreille marche aussi chez les "gratteurs".

Chasseurs de place, chasseurs de classe

Tony et Jordan, deux jeunes étudiants en cinéma en Dordogne, viennent gratter quelques places et se faire remarquer. - Radio France
Tony et Jordan, deux jeunes étudiants en cinéma en Dordogne, viennent gratter quelques places et se faire remarquer. © Radio France - Victoria Koussa
Héléna, une retraitée de Cannes, est connue de tous sur le parvis du palais des festivals.  - Radio France
Héléna, une retraitée de Cannes, est connue de tous sur le parvis du palais des festivals. © Radio France - Victoria Koussa
Alphonse, lui aussi retraité, affirme être celui qui garde le plus longtemps ses bras en l'air. - Radio France
Alphonse, lui aussi retraité, affirme être celui qui garde le plus longtemps ses bras en l'air. © Radio France - Victoria Koussa
C'est à celui ou celle qui fera le plus grand sourire pour attirer les donneurs de places. - Radio France
C'est à celui ou celle qui fera le plus grand sourire pour attirer les donneurs de places. © Radio France - Victoria Koussa