Société

Les harkis des Alpes-Maritimes soulagés par la reconnaissance de François Hollande

Par Lisa Melia, France Bleu Azur lundi 26 septembre 2016 à 6:00

George Messaoud transporte toujours la carte d'identité de son père, Harki
George Messaoud transporte toujours la carte d'identité de son père, Harki © Radio France - Lisa Melia

François Hollande a reconnu "la responsabilité des gouvernements français dans l’abandon des harkis" ce dimanche 25 septembre, à l’occasion de la journée nationale d’hommage aux harkis. Une reconnaissance que les harkis attendaient et réclamaient depuis plus d’un demi-siècle.

Ils attendaient ça depuis 54 ans. Dimanche 25 septembre, François Hollande a reconnu "la responsabilité des gouvernements français dans l'abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d'accueil inhumaines des familles transférées dans les camps en France".

Il honorait une promesse de campagne, mais pour les 10 000 harkis et enfants de harkis des Alpes-Maritimes, c’est surtout un soulagement.

Le camp de Mouans-Sartoux

Dimanche matin, à l'occasion de la journée nationale d'hommage aux harkis, les membres de la communauté étaient réunis à Mouans-Sartoux. C'est ici qu'en 1962, à l'issue de la guerre d'Algérie, une cinquantaine de familles étaient logées, "parquées", précise Ali Amrane, président du collectif des associations de harkis dans les Alpes-Maritimes.

Ils vivaient dans l'un des hameaux de forestage érigés un peu partout sur le territoire français, pour accueillir les 60 000 harkis admis en France après les accords d'Evian. A Mouans-Sartoux, les hommes travaillaient à l'aménagement de la forêt méditerranéenne. Ali Amrane n'a rien oublié.

"La vie était difficile. Nous vivions à l’écart du village. Il y avait un couvre-feu à 20h, comme dans un camp militaire. Il y avait huit à 10 enfants par famille, dans des baraquements. L’école était loin. Nous allions à pied à Mouans-Sartoux. Les anciens avaient peur de nous laisser aller au village."

Ali Amrane, président du collectif des associations de Harkis dans les Alpes-Maritimes

La reconnaissance des souffrances 54 ans après

George Messaoud a vécu dans le camp de Mouans-Sartoux jusqu'à l'âge de six ans. Il préside aujourd'hui l'association des harkis de Carros. Lui aussi s'est senti un oublié de la République pendant des dizaines d'années. Il attendait que François Hollande prononce enfin ces paroles de reconnaissance, non pas pour lui-même, mais en mémoire de ses parents.

"C’est nous, la deuxième génération, qui faisons tout le travail pour défendre cette cause, parce qu’on sait ce que nos anciens ont vécu. Ils ne parlaient pas français, ils ne savaient pas ce quil se passait à leur arrivée en France. Ce message du président Hollande est très touchant, 54 ans après, enfin."

George Messaoud, fils de Harkis et président de l'association des Harkis de Carros

Désormais, "nous pouvons tourner la page et entamer un nouveau chapitre", se réjouit Ali Amrane.

Les associations azuréennes se concentrent sur la transmission de l'histoire des harkis aux jeunes générations, en intervenant dans les lycées et les collèges des Alpes-Maritimes.