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Société

Le service d'aide sociale à l'enfance d'Indre et Loire a déjà admis 169 mineurs étrangers isolés en 5 mois

jeudi 14 juin 2018 à 5:37 Par Denis Guey, France Bleu Touraine

France Bleu Touraine s'est rendu dans les services du conseil départemental d'Indre et Loire pour savoir comment les centaines de mineurs étrangers non accompagnés qui arrivent en Touraine sont accueillis et orientés. 169 MNA, mineurs non accompagnés, ont été acceptés en 5 mois.

Une dizaine d'agents de l'ASE en Touraine reçoit 6 à 7 mineurs non accompagnés par jour
Une dizaine d'agents de l'ASE en Touraine reçoit 6 à 7 mineurs non accompagnés par jour © Maxppp - Philippe Riedinger

Indre-et-Loire, France

On sait que c'est un sujet de polémique avec les associations tourangelles qui reprochent au conseil départemental de fermer la porte à un nombre croissant de jeunes. Le flux d'arrivée de ces mineurs étrangers a explosé depuis l'automne 2017. On est passé de 209 mineurs en 2015 à 553 en 2017, et les services du département, débordés, ont refusé 72% des dossiers l'an dernier. Chaque jour, une dizaine d'agents reçoivent 6 à 7 mineurs en entretien individuel et ils évaluent leur situation avant de leur accorder, oui ou non, l'accueil.

Nous sommes un après-midi ordinaire dans les bureaux du service d'aide sociale à l'enfance. Trois agents qu'on appelle des évaluateurs réalisent un entretien de 3H00, chacun avec un jeune mineur isolé, souvent originaire du Mali, de Guinée ou de Côte d'Ivoire. Cette évaluatrice qui veut conserver l'anonymat témoigne de toute la psychologie nécessaire pour annoncer à un jeune de 16 à 17 ans le rejet d'une demande d'accueil.

La plus importante des choses est d'être clair et transparent avec les personnes. Car après un périple long et dangereux, se retrouver dans un pays dont on a rêvé et être débouté, c'est un moment extrêmement douloureux pour le jeune. Il y a des moments de colère où nous avons dû demander l'aide des forces de l'ordre, c'est certain  -une évaluatrice de l'ASE, aide sociale à l'enfance

Après l'entretien individuel, la décision d'accepter le jeune ou de le débouter de sa demande d'accueil est prise collectivement par les évaluateurs. On évalue sa situation à partir de son vécu familial, son parcours migratoire, sa scolarité et son projet s'il en a un en France, et bien entendu son âge, que parfois, il faut déterminer par examen médical.

Il est vrai que nous faisons parfois pratiquer un examen osseux pour déterminer l'âge exact de certains jeunes. Mais le doute profite toujours au jeune, et si doute il y a, on considérera toujours que l'enfant est mineur et on l'acceptera en France -Stéphanie Bonnet, la directrice général adjointe des solidarités

Kouamé et Moussa sont deux jeunes ivoiriens dont les dossiers ont été validés par le département. Ils vivent aujourd'hui dans un appartement à Tours et ont plein de projets en tête. Moussa, 16 ans et demi, est arrivé en France en décembre, il a été admis à l'aide sociale à l'enfance au mois de mai. Il raconte avec difficulté les souffrances qu'il a enduré lors de son passage en Libye

Les arabes, ils te mettent en prison et te demande de l'argent.  Ils torturent et tapent. Nous, on a réussi à s'enfuir mais pour passer il a fallu que mes parents envoient de l'argent  -Moussa

A Tours, Moussa a maintenant trouvé une formation professionnelle, il suit un stage de patissier, mais il caresse aussi un rêve secret, celui de devenir footballeur professionnel. Kouamé semble plus fragile. Il ferme les yeux car depuis son arrivée en France il est soigné pour une myopie. Il a perdu ses parents et pour tenter de trouver un emploi, il s'est rendu au Mali où il a fait la connaissance d'un homme qui lui a fait traverser la Méditerranée pour rejoindre la France. C'est presque sans voir à cause de sa myopie qu'il a traversé quatre pays, le Maroc, la Libye, l'Espagne et l'Italie. Enfin reconnu à Tours par le service d'aide sociale à l'enfance, il a aujourd'hui un vrai projet de vie

Continuer l'école, apprendre un métier dans l'électricité car j'aime beaucoup ce travail. J'ai aidé un électricien à travailler lors de mon passage au Mali -Kouamé

Moussa et Kouamé peuvent s'appuyer aujourd'hui sur l'association Sauvegarde de l'Enfance. C'est elle qui leur a trouvé un logement et qui les accompagnent maintenant dans leur parcours d'insertion. Au 31 mai dernier, les services de l'aide sociale à l'enfance d'Indre et Loire ont reçu et évalué 448 mineurs non accompagnés et en ont admis 169. A ce rythme, le département pense que plus d'un millier de jeunes migrants arriveront en Touraine d'ici la fin de l'année.