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Décès d'un livreur Uber Eats à Sotteville-lès-Rouen, ses collègues témoignent d'une forme d'"esclavage"

Le 6 mai 2021, un livreur Uber Eats de 41 ans a été tué dans un accident à Sotteville-lès-Rouen. Ses collègues, qui ont mis en place une cagnotte pour aider sa famille, témoignent de leurs conditions de travail difficiles et des risques qu'ils prennent parfois pour gagner leur vie.

Un livreur à vélo de la société Uber eats. Les cadences de ces livreurs, au statut souvent précaires, les exposent à des risques d'accidents importants.
Un livreur à vélo de la société Uber eats. Les cadences de ces livreurs, au statut souvent précaires, les exposent à des risques d'accidents importants. © Radio France - Aurélien Accart

Chahi avait 41 ans, une femme et quatre enfants. Il travaillait comme livreur à vélo pour Uber Eats. Il est mort percuté par une voiture à Sotteville-lès-Rouen, le 6 mai 2021. Un drame comme il en est arrivé d'autres en France, sans que personne ou presque ne s'en émeuve particulièrement. C'est un élu de Sotteville-lès-Rouen, Alexis Vernier qui a rendu sa visibilité à Chahi, sur les réseaux sociaux. Au lendemain de la mort du jeune homme, il est allé à la rencontre de ces "invisibles". Quelques jours plus tard, des élus verts de la Métropole, et des députés européens EELV publiaient le 20 mai dernier une tribune dans le quotidien "Le Monde" pour demander aux plateformes de livraisons de _"prendre leurs responsabilités face à la précarité et la mise en danger de leurs livreurs"_

Invisibles ? Plus vraiment, surtout depuis le confinement, où leur nombre a explosé. Ils seraient environ 800 aujourd'hui dans la Métropole de Rouen. "Il y a trois ans, on était quarante" lâche l'un d'eux, rencontré au croisement des rues du Gros Horloge et Jeanne-d'Arc, l'un des points de rassemblements de ces livreurs, qui attendent une commande, les yeux rivés sur l'écran de leur téléphone portable. Depuis le déconfinement, il y a moins de travail, et Uber Eats a baissé les tarifs des livraisons. "Les doubles courses, ça faisait 8 euros. Maintenant c'est 6 euros" raconte un jeune livreur qui préfère ne pas donner son prénom par crainte des représailles. 

Plus tu pédales, plus tu vas vite, plus tu gagnes de l'argent

"C'est l’esclavage" résume un jeune cycliste. Pour gagner sa vie, il faut parfois la risquer. "Plus tu pédales, plus tu vas vite, plus tu gagnes d'argent". Alors, les livreurs le reconnaissent, ils ne respectent pas toujours les stops et les feux rouges, ça fait baisser leur ratio. Ils refusent aussi parfois des courses, trop loin, donc pas assez rentables. "On les laisse aux scooters". Mais la plupart du temps, ils acceptent les commandes, car la hantise de tous les livreurs, c'est le "pouce rouge". Trop de pouces en bas, et c'est l'indice de satisfaction qui dégringole. "En dessous de 90%, Uber Eats peut te bloquer ton compte"

La plateforme n'est d'ailleurs pas la seule à mettre la pression. Les restaurateurs et les clients aussi. "Il y a même des clients qui font semblant que leur commande est endommagée pour se faire rembourser et c'est nous qui avons des problèmes après". Sans compter ceux qui indiquent une adresse tout proche pour payer moins de frais de livraison et rappelle le livreur en chemin pour lui donner la bonne adresse. "Une fois, on m'a indiqué une adresse dans le centre-ville de Rouen, et la fille m'a rappelé pour me dire qu'elle habitait Barentin" raconte un livreur à scooter. Impossible d'annuler la commande quand elle a été prise en charge, mais cette fois-là, le jeune homme a quand même ramené le paquet au restaurateur. 

Ecoutez le témoignage de ce livreur à vélo au micro de Christine Wurtz

On doit payer les taxes de l'Urssaf, les impôts, à la fin il nous reste rien du tout

Ils sont auto-entrepreneurs, ou bien sous-louent le compte d'un auto-entrepreneur. C'est le cas souvent des étrangers. Un arrangement qui leur permet de travailler et de nourrir leur famille. "C'est mieux que rien" témoigne un jeune homme. Il a connu tellement pire qu'il ne se formalise pas de ses conditions de travail. Mais beaucoup d'autres aimeraient un statut moins précaire. Aujourd'hui, ils n'ont pas de contrat de travail, pas de protection sociale, pas de congés, aucune indemnisation en cas d'accident. Et travaillent avec leur propre matériel. Vélo, scooter, vêtements de pluie, casque, même le sac isotherme est à la charge du livreur. "Qu'on arrête le statut d'auto-entrepreneur et qu'on passe employé" réclame l'un d'eux. 

Aucun ne souhaite vraiment dire combien il gagne. A force d'insister, on apprend que certains parviennent à gagner un peu plus que le SMIC, mais au prix de centaines de kilomètres parcourus et bien plus que 35 heures par semaine. Au prix de leur vie même pour certains, comme Chahi. Ses collègues ont ouvert une cagnotte pour aider sa famille.

Alexis Vernier
Alexis Vernier © Radio France

Invité ce lundi de France Bleu Normandie Alexis Vernier a dénoncé "l'exploitation que les livreurs subissent, la concurrence qui s'installe entre coursiers et la pression des clients qui, rapidement, par leurs notes, peuvent aussi mettre en péril le travail de ces coursiers. Ce qui m'a surpris aussi c'est que beaucoup disaient qu'il ne faut pas se plaindre. Dans d'autres pays comme l'Espagne ça avance."

Réécoutez ici l'interview d'Alexis Vernier

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