Société

Loi anti-gaspillage un an après : pas de révolution dans le Finistère

Par Marie Rouarch, France Bleu Breizh Izel lundi 20 mars 2017 à 6:31

Les supermarchés ont pris des dispositions anti-gaspillage comme la vente à prix cassés des produits frais à la date de péremption proche
Les supermarchés ont pris des dispositions anti-gaspillage comme la vente à prix cassés des produits frais à la date de péremption proche © Radio France - Marie Rouarch

Le 11 février 2016, la loi anti-gaspillage, dite "loi Garot", était adoptée définitivement au Parlement. Un an après, la lutte contre le gaspillage a-t-elle connu un nouvel élan dans le Finistère ? Le premier bilan est mitigé.

Il y a un an, le 11 février 2016, la loi contre le gaspillage alimentaire, dite "loi Garot", était définitivement adoptée au Parlement. Le gaspillage, c'est une réalité en France : avec près de 10 millions de tonnes de nourriture gaspillées chaque année. Dans ce cadre, l'objectif de la loi Garot est ambitieux : il s'agit de diviser le gâchis par deux d'ici à 2025. Le texte prévoit plusieurs types d'actions : sensibilisation du public, le don des invendus de la grande distribution aux associations, la réutilisation pour l'alimentation animale ou encore la préparation de compost ou la valorisation énergétique.

Pas une révolution

Un an après, où en est l'application du texte ? Si l'on en croit le président de la Banque alimentaire du Finistère, la loi Garot n'a pas révolutionné le travail des associations caritatives, notamment parce que le don des invendus aux associations ne date pas d'hier : les grandes surfaces n'ont, pour beaucoup, pas attendu la loi pour mettre ce système en place. "C'est l'ADN de la Banque alimentaire de les collecter", commente Pierre Spieth. Et puis c'est complètement dans l'intérêt des supermarchés de faire don de leurs invendus, car les détruire leur coûte cher, tandis que les donner leur ouvre droit à une défiscalisation.

La loi n'a pas eu de gros impact sur l'activité des associations comme la Banque alimentaire explique son président dans le Finistère, Pierre Spieth.

Une nouveauté est en revanche prévue dans la loi : la mise au point d'un accord cadre entre les associations et la grande distribution à l'échelle nationale, pour redéfinir cette collecte. Il devrait notamment contraindre les supermarchés à trier leurs invendus et leur interdire de donner des produits à la date de péremption trop proche, ce qui ne laisse pas toujours le temps aux associations de les redistribuer. Mais un an après l'adoption de la loi anti-gaspillage, cet accord se fait toujours attendre.

L'aubaine pour le business anti-gaspillage

Cette loi a eu pour effet de mettre un sacré coup de projecteur sur les entreprises qui ont fait de la lutte contre le gaspillage leur spécialité. Elles s'appellent Zéro-gâchis, Phénix, Comerso, ou autres, et elles démarchent les grandes surfaces pour les accompagner dans la revalorisation de leurs invendus.

Le supermarché Leclerc de Pont-l'Abbé, par exemple, explore deux voies pour optimiser ses invendus. Depuis mars 2015, il a mis en place un stand "zéro-gâchis", du nom de l'entreprise qui a créé le concept. Il y vend à moins 50% les produits frais - yaourts, fromage - et depuis plus récemment, les viennoiseries, qui flirtent avec leur date de péremption. Un vrai succès : "tout ce qui est mis en zéro-gâchis est vendu", souligne William Gloaguen, responsable des produits frais et en charge de la partie "zéro-gâchis" du magasin. La société Zéro-Gâchis met également à la disposition du supermarché les outils informatiques et logistiques pour gérer ces produits et ce rayon. La liste des produits disponibles dans le rayon peut ainsi être consultée chaque jour sur un site internet dédié.

"Nous sommes partis du constat que les distributeurs essayaient de rendre plus attractifs les produits en fin de vie avec des réductions, et que certains consommateurs étaient à la recherche de ce type de produits. Nous avons donc voulu trouver un moyen de provoquer la rencontre consommateur-distributeur", explique Paul-Adrien Ménez, président et co-fondateur de Zéro Gâchis, et Finistérien d'origine. "L'objectif, c'est d'interdire de jeter", poursuit-il. Selon lui, la loi Garot a "permis une prise de conscience collective". Nécessaire quand on sait que 750 000 tonnes de produits frais restent invendus dans la grande distribution, chaque année.

Le supermarché Leclerc de Pont-l'Abbé s'est doté d'un rayon "zéro gâchis" depuis mars 2015. - Radio France
Le supermarché Leclerc de Pont-l'Abbé s'est doté d'un rayon "zéro gâchis" depuis mars 2015. © Radio France - Marie Rouarch

Deuxième voie : la revalorisation des invendus via le don, cette fois avec la collaboration avec la société Phénix. Depuis le mois de décembre, les salariés du supermarché sortent chaque jour des rayons, les produits "épicerie" et les fruits et légumes qui ne peuvent plus être vendus (cabossés, emballage déchiré, produits plus dans les standards de vente du magasin, etc.) mais qui sont toujours consommables. Ils sont stockés sur des palettes étiquetées "Phénix" et collectées trois fois par semaine par des associations, que l'entreprise s'est chargée de mettre en relation avec le magasin. Phénix affirme également former les équipes des supermarchés au tri des invendus et à leur gestion.

Aujourd'hui, ce supermarché de Pont-l'Abbé recycle 800 tonnes de déchets (tous déchets confondus) sur les 1 100 tonnes qu'il produit chaque année. Il s'est fixé l'objectif d'atteindre 90% de déchets revalorisés ou recyclés. Les 10% restants étant détruits.

Associations vs. start-up

Mais ces entreprises ne viennent-elles pas empiéter sur le travail des associations caritatives ? Paul-Adrien Ménez s'en défend : "si telle association peut passer le lundi et le jeudi, on va réserver beaucoup plus de produits ces jours-là pour l'association. En fait, on essaie d'organiser au mieux le circuit de revalorisation des produits". De son côté, Pierre Spieth, président de la Banque alimentaire du Finistère, reste sur ses gardes : "Leur mission reste assez floue, pour nous. Nous avons, nous-même déjà, des procédures de ramasse et nous voulons éviter que ça crée de la confusion sur le marché. Mais, s'ils apportent réellement quelque chose, s'ils permettent de faire une ramasse que nous ne faisons pas, pourquoi pas ? Au final, l'essentiel, c'est la lutte contre le gaspillage et le fait qu'on puisse donner de la nourriture à ceux qui n'en ont pas".

L'accord cadre que Pierre Spieth attend toujours permettra peut-être de dissiper ce flou autour du rôle du business anti-gaspillage dans la relation entre grande distribution et associations caritatives.

Le reportage de France Bleu Breizh Izel sur ce "business anti-gaspillage"