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Société

Loi sur l'ouverture de la PMA : "On ira quand même en Espagne" témoigne un couple de Toulousaines

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Par , France Bleu Occitanie

Jul et Anne, deux Toulousaines en couple depuis quatre ans tentent d'avoir un enfant au Danemark et en Espagne. La loi sur la bioéthique qui prévoit l'extension de la PMA ne changera rien pour elles. Pire, elles dénoncent un texte discriminant et stigmatisant. Rencontre.

Photo d'illustration
Photo d'illustration © Maxppp - Anne-Sophie Bost/AltoPress

Toulouse, France

Ce mercredi, le projet de loi sur la bioéthique est examiné en conseil des ministres. La mesure phare est l'ouverture de la PMA, la procréation médicalement assistée, aux couples de femmes et aux femmes célibataires, alors qu'actuellement ce n'est possible que pour les couples hétérosexuels infertiles ou ayant des maladies rares transmissibles à l'enfant.

Mais cet texte, promesse de campagne d'Emmanuel Macron, attendu depuis des mois, changera-t-il vraiment le quotidien des couples de femmes ? Ce n'est pas sûr, à en croire les témoignages recueillis par France Bleu Occitanie.

"Un texte inacceptable" 

Jul et Anne vivent en couple depuis quatre ans et essaient depuis deux ans de faire un enfant. Elles le confient, même si la loi est adoptée, elles iront quand même à l'étranger pour des inséminations ou des fécondation in vitro (FIV).
D'abord, parce que les cris des opposants au mariage pour tous sont encore trop présents, mais aussi et surtout parce que ces membres de l'APGL, l'association des parents et futurs parents gays et lesbiens sont révoltées par un article du projet de loi, celui concernant la déclaration commune anticipée.

Le Conseil d'Etat a en effet proposé que les couples de femmes et les femmes seules fassent une déclaration devant un notaire, que celui-ci transmettra à un officier d'état civil. Cela permettrait de reconnaître la filiation de l'enfant, mais pour Anne et Jul, il serait inconcevable de marquer sur un acte de naissance la mention "né(e) par PMA". 

Tous les citoyens doivent avoir le même acte de naissance. C'est inacceptable de créer un état civil particulier. Cela me fait penser à une sorte de fichage et je n'accepterai jamais que mon enfant soit fiché. Donc même si la loi passe, nous continuerons à ne pas rester en France pour faire nos enfants. –Jul, en couple avec Anne

Et Anne d'ajouter : _"Vu ce qui est arrivé dans l'histoire je pense que l'on n'est pas à l'abri de mouvements extrémistes qui diraient, par exemple, que l'_on ne donne les allocations familiales qu'aux enfants non issus de PMA." 

Elles auraient préféré que l'on applique, concernant la filiation, les règles qui existent pour les couples hétérosexuels (notamment la possibilité de reconnaissance en dehors du mariage) et se disent même prêtes à saisir le Défenseur des droits si la loi est adoptée en l'état.

Deux ans de galère et 8 000 euros déboursés

Jul et Anne ne semblent donc pas effrayées par le fait d'être dans l'illégalité en allant à l'étranger.

La première a déjà eu un enfant avec une autre femme, la seconde veut suivre ce qu'elle appelle son "énergie de vie". Sauf que depuis deux ans, leur désir se heurte à la réalité. Il y a eu ces multiples rendez-vous avec leur gynécologue toulousaine, les injections, les avions que Jul a pris plusieurs fois toute seule, direction Copenhague alors qu'Anne restait à Toulouse.  

"Se procurer un billet 36 heures à l'avance parce que la gynéco dit 'Go c'est bon", c'est compliqué", explique Anne.  Et entre les billets, la clinique à payer et les à côtés, tout cela est aussi très cher. "On a calculé que l'on en avait eu pour _8 000 euros l'an dernier_", détaille Jul.

Mais les trois essais ne fonctionnent pas et le couple n'a toujours pas d'enfant.

Du Danemark à l'Espagne

Alors elles ont changé leurs plans. C'est Anne qui va essayer de porter l'enfant et elles se rendront dans une clinique de Barcelone.

Initialement, les deux femmes avaient choisi le Danemark car là-bas, l'enfant peut découvrir l'identité du donneur à sa majorité. "On veut laisser le choix à l'enfant, ne pas lui fermer de porte", précise Anne, attachée à ses origines camerounaises par son père et belges par sa mère. Mais elles ont été refroidies quand la clinique danoise leur a dit qu'il fallait trouver un nouveau donneur sur le site européen de la banque de sperme.

Le site européen de la banque de sperme c'est comme Amazon. Vous avez les donneurs bébé, leur taille, leur poids, des commentaires. Ça m'a donné envie de vomir. Je ne veux pas cliquer pour mettre un donneur dans un panier. – Jul

Elles iront donc en Espagne mais devront faire une croix sur l'identité du géniteur puisque là-bas le don de sperme est 100% anonyme. Et si cela fonctionne, il faudra que Jul fasse une procédure d'adoption, si tant est qu'elle soit acceptée par la justice.

Ecoutez le reportage de France Bleu Occitanie avec Jul et Anne, couple de Toulousaines

Jul et Anne racontent leur parcours du combattant pour avoir un enfant

L'extension de la PMA, un appel d'air ?

Jul et Anne rencontreront certainement à Barcelone de très nombreux couples hétérosexuels, qui vont là-bas malgré le fait que la PMA puisse être remboursée en France. Et ce pour une raison simple, selon Sébastien Nouaille, co-président de l'antenne Midi-Pyrénées de l'APGL Midi Pyrénées : "Il n'y a pas assez de gamètes et les délais d'attente sont trop longs. Ne nous leurrons pas, si la PMA est étendue en France, les délais d'attentes seront encore plus longs ; on aura un appel d'air."