Société

Loi sur la famille : la "reculade" du gouvernement ne fait pas l'unanimité à gauche et ravit la droite

France Bleu mardi 4 février 2014 à 8:16 Mis à jour le mardi 4 février 2014 à 13:00

La Manif pour tous de nouveau dans les rues de Paris
La Manif pour tous de nouveau dans les rues de Paris © Maxppp

La loi sur la famille ne sera pas proposée au Parlement en 2014, a annoncé lundi le gouvernement. Si les opposants au projet saluent cette décision, à gauche, la situation est plus difficile : officiellement le PS soutient la décision du gouvernement, mais en privé, on parle d'une "reculade" favorable à la "réaction".

"C'est une victoire pour la réaction " : Jean-Pierre Michel, sénateur PS et ex-rapporteur du projet de loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe, se montre critique envers la décision du gouvernement. Lundi, au lendemain de manifestations de la "Manif pour tous", Matignon a garanti que "le gouvernement ne présenterait pas de loi famille cette année ".

"Si le gouvernement est effrayé par quelques dizaines de milliers de manifestants qui battent le pavé, il ne faut plus gouverner" — Jean-Pierre Michel, sénateur PS

Bruno Le Roux recadré

Le sénateur n'est pas le seul à protester contre cette "reculade", mais la plupart des élus PS qui déplorent la décision de Matignon le font sous couvert d'anonymat, après que le chef de file des députés PS, Bruno Le Roux, a été recadré.

Lundi matin, après les déclarations de Manuel Valls qui évoquait une loi famille dépourvue de dispositif encadrant la Procréation médicalement assistée (PMA) et la Gestation pour autrui (GPA), Bruno Le Roux avait répondu que "les socialistes seraient toujours là pour ouvrir de nouveaux droits ". Matignon a tranché : pour éviter le débat sur la PMA et la GPA, et pour contourner la menace d'un amendement parlementaire, le gouvernement a enterré le projet de loi famille - pour 2014 au moins.

"La gauche a été trompée" pour Mélenchon

Hors du PS, le reste de la gauche ne mâche pas ses mots. La présidente d'Europe Ecologie - Les Verts, Emmanuelle Cosse, a regretté un "renoncement consternant" du gouvernement. Le député des Français de l'étranger Sergio Coronado a renchéri :

Pour Jean-Luc Mélenchon, co-président du Front de Gauche, "la gauche est trompée " : l'ancien candidat à la présidentielle a appelé à des "élections punition " aux municipales et aux européennes.

Invité ce mardi matin de France Bleu Gironde , le député-maire de Bègles Noël Mamère a lui aussi déploré l'abandon de ce projet de loi :

"C'est une trahison pour les familles (...). Je ne comprends pas que ce gouvernement soit si lâche et si fragile qu'il cède à la première manifestation venue et qu'il capitule devant tout ce qu'il y a de plus réactionnaire dans ce pays" — Noël Mamère, député-maire de Bègles (Gironde)

Naissance d'une fronde chez les députés ?

Cette colère à gauche pourrait prendre une tournure officielle. Mardi, les députés socialistes ont annoncé qu'ils allaient déposer des propositions de loi sur plusieurs points qui auraient dû être abordés dans le projet de loi. Une manière de désavouer ouvertement la décision du gouvernement.

"Ils commencent à lâcher"

Autre épine dans le pied du gouvernement : la décision est massivement saluée dans les rangs des opposants au projet de loi, et notamment chez les membres du collectif Manif pour tous, qui manifestait dimanche contre ce projet de loi.

Dans les rangs de l'UMP aussi, les élus sont nombreux à avoir salué la décision de Matignon. Certains, comme l'ancien ministre Eric Woerth, vont même jusqu'à demander la démission de la ministre de la Famille, Dominique Bertinotti, "après le désaveu infligé par Valls et Ayrault ".

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