Société

Loi travail : trois questions à Jean-Marc Icard, président de CFE-CGC Bourgogne-Franche-Comté

Par Magali Fichter, France Bleu Bourgogne jeudi 31 mars 2016 à 8:46

Jean-Marc Icard, du syndicat CFE-CGC
Jean-Marc Icard, du syndicat CFE-CGC © Maxppp - Philippe LAVIEILLE

Alors que plusieurs organisations syndicales appellent à nouveau à manifester ce 31 mars contre le projet de loi El Khomri, d'autres, comme CFE-CGC, ne descendront pas dans la rue, alors qu'elles sont opposées au texte.

Jean-Marc Icard est le président de l'Union Régionale pour la Bourgogne-Franche Comté de CFE-CGC, le syndicat des cadres.

Vous êtes contre le projet de loi travail tel qu'il existe, pourtant, vous ne descendez pas dans la rue. Pourquoi ?

"Nous pensons que ce projet doit évoluer. Nous ne serons pas dans la rue le 31 mars, mais en revanche, nous appelons à des rassemblements devant l'Assemblée (à partir du 5 avril, ndlr) au moment où il sera débattu par les députés, pour les "booster". Nous avons fait des propositions d'amendements, et nous allons continuer en faisant un lobbying monstre, en leur rappelant que 2017, ce n'est pas si loin, et qu'on aura de la mémoire lors des législatives ! On est dans la rue pour un oui ou pour un non. Lorsqu'on fait des manifestations, il faut avoir un sujet. Là, il y a une ribambelle de sujets, on ne s'y retrouve plus. Marcher pour tout et n'importe quoi, non. Nous préférons mener notre action auprès des parlementaires car, en définitive, c'est eux qui vont voter la loi."

Beaucoup de jeunes sont dans la rue, qu'avez-vous à leur dire ?

"On les avait accompagné en 2004 lors de la mobilisation contre le CPE, parce qu'il y avait vraiment un point précis, pour les jeunes, sur lequel on pouvait évoluer. Aujourd'hui, ils seront effectivement salariés, mais dans quelques années. Et dans quelques années, beaucoup d'eau aura coulé sous les ponts. Faisons évoluer ce qui existe aujourd'hui, plutôt que de vouloir tout mettre à la poubelle. Il y a trois voies possibles : soit on refuse tout, soit on accepte tout, soit on essaye de faire évoluer les choses."

Vous choisissez donc la troisième voie : quels points doivent évoluer, selon vous ?

"Il y a déjà eu des évolutions, mais on n'est pas encore au point d'équilibre, par exemple sur le forfait cadre ou les licenciements économiques. Prenons un autre exemple : celui du référendum en entreprise : c'est une fausse bonne idée ! Si des organisations syndicales signent un accord, et qu'il ne convient pas au chef d'entreprise, il va pouvoir demander aux salariés de voter, directement, sur l'accord. Dans ces cas-là, nous disons : Pourquoi le gouvernement n'appliquerait pas à lui-même ce qu'il demande aux partenaires sociaux et aux entreprises ? A quoi servent les députés ? Dans ces cas-là, il n'y a qu'à faire passer toutes les lois en référendum ! Ce texte sera sain lorsqu'il aura évolué, et ça passe par le débat parlementaire. Je ne pense pas que la manifestation le fera réellement évoluer."