Société

Arrêté anti burkini : le maire de Lorette se défend, les musulmans le vivent mal

Par Tanguy Bocconi, France Bleu Saint-Étienne Loire et France Bleu mardi 27 juin 2017 à 23:22 Mis à jour le mercredi 28 juin 2017 à 8:13

Le panneau d'entrée du plan d'eau avec le pictogramme numéro 2 interdisant le port du voile
Le panneau d'entrée du plan d'eau avec le pictogramme numéro 2 interdisant le port du voile © Radio France - Yves Renaud

Un an après la diffusion de messages intimant aux musulmans de vivre le ramadan « sans bruit », le maire interdit le port du voile sur la plage du plan d'eau communal. Saisie en référé par deux associations ligériennes, la justice devra bientôt trancher sur la validité de cet arrêté polémique.

Dans la commune ligérienne de Lorette, le nouveau Parc de loisirs des Blondières, a été inauguré vendredi dernier 23 juin. Un site de prés de 4000 m2 qui s’étend sur deux bassins de baignade et dont l’accès est payant et réglementé. Un règlement qui suscite d'ores et déjà la polémique.

Un arrêté municipal illégal ?

C'est l'article 4 du règlement intérieur de la baignade naturelle municipale de Lorette qui pose question. Il précise que "Les usagers doivent avoir une tenue décente et une attitude correcte. Dans l’eau, seul le maillot de bain est autorisé : slip ou boxer pour les hommes, une pièce ou 2 pièces pour les femmes. Sur la plage sont autorisées les casquettes, chapeaux, paréos, tee-shirts, shorts de plage.

Sur la plage sont interdits, monokini, burkini, voile dissimulant partiellement ou totalement le visage, combinaison.

(...)Tout manquement à cette disposition implique l’expulsion immédiate (pouvant couvrir toute la période d’ouverture saisonnière) des contrevenants par le personnel de surveillance, de sécurité ou au besoin par la force publique."

Extrait du réglement intérieur affiché à l'entrée du parc de losirs de Blondières - Radio France
Extrait du réglement intérieur affiché à l'entrée du parc de losirs de Blondières © Radio France - Yves Renaud

Rappelons que le "burkini", mot issu de la contraction des mots bikini et burqa, est une tenue de bain intégrale à destination des musulmanes qui souhaitent, pour des raisons religieuses, couvrir leur corps lorsqu’elles se baignent. Une tenue très recouvrante donc, mais qui laisse le visage de celle qui la porte à découvert. En 2016, le Conseil d'Etat a d'ailleurs suspendu un arrêté municipal anti-burkini pris par la ville de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) faute de "risques avérés" pour l'ordre public. Une décision qui avait invalidé des interdictions similaires prononcées par une trentaine d'autres communes, ce qui pose donc la question de la validité du règlement du parc de loisirs de la commune de Lorette.

Gérard Tardy, le maire de Lorette invoque la "neutralité laïque"

Le maire de Lorette, Gérard Tardy explique sa décision par une volonté de "neutralité laïque" :

"J'ai pris cet arrêté parce que des positions se sont débattues à l'occasion de nos conseils municipaux et j'ai senti que les représentants de la population lorettoise tenaient à ce que notre site de baignade naturel conserve une neutralité laïque la plus grande possible. D'ailleurs vous faites une fixation sur le burkini, mais dans les vêtements qui peuvent aussi inspirer un manque de décence, le monokini a été interdit de la même façon, il n'y a pas de quoi faire une polémique à faire rougir les réseaux sociaux et à la fois à faire une tempête dans un verre d'eau".

L'élu divers droite n'en est pas à sa première polémique en la matière. En juin 2016, ce sont des messages indiquant "Le Ramadan doit se vivre sans bruit" et "La République se vit à visage découvert" diffusés sur les panneaux électroniques municipaux qui avaient défrayés la chronique."C'est un simple rappel des lois de la République dont je suis le garant de l'application sur le territoire de ma commune" s'était alors justifié l'élu. Un épisode qui avait alors généré des tensions parmi les habitants de la commune.

Le porte parole de la grande mosquée de St Étienne dénonce une décision stigmatisante et dévastatrice

Pour Aldo Oumouden, porte parole de la grande mosquée Mohammed VI à Saint Étienne, l'attitude du maire de Lorette n'est pas surprenante: "Monsieur Tardy a déjà essayé de faire du sensationnel l'été dernier avec le ramadan sans bruit. (...) Il doit se réveiller: la France est multiculturelle. Vouloir interdire le voile sur ce plan d'eau est une atteinte à la liberté individuelle des musulmans. Dans son règlement, il ne fait même pas de distinction entre burkini et foulard.

En quoi le port du voile est il agressif ou dangereux pour la population ? Il ne représente aucun problème sanitaire, et il n'y a aucune atteinte à la liberté des autres personnes. Il ne se rend pas compte que cette décision va encore augmenter la stigmatisation. Elle est non seulement inutile mais également dévastatrice pour le vivre ensemble

La réaction d'Aldo Oumouden porte parole de la mosquée de St Etienne