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Société DOSSIER : Mouvement des "gilets jaunes"

Loire : presque trois mois après le début du mouvement, certains "gilets jaunes" jettent l'éponge

vendredi 8 février 2019 à 20:46 Par Octavie Couchard, France Bleu Saint-Étienne Loire

Ce samedi 9 février, les "gilets jaunes" vont signer le 13e acte de leur mouvement. Mais tous n'y seront pas. Presque trois mois après le début de cette contestation sociale hors-norme, certains "gilets jaunes" ligériens ont choisi de prendre quelques distances. Témoignages.

Plus de 1.500 personnes s'étaient réunies le 17 novembre 2018 lors de la première mobilisation des gilets jaunes à Saint-Étienne Monthieu (Loire).
Plus de 1.500 personnes s'étaient réunies le 17 novembre 2018 lors de la première mobilisation des gilets jaunes à Saint-Étienne Monthieu (Loire). © Radio France - Stéphane Garcia

Loire, France

Ils sont de Saint-Étienne, du bassin roannais ou du pays du Gier. Il y a bientôt trois mois, ils ont endossé le gilet jaune pour s'engager dans une crise sociale inédite pour la France. Ce samedi 8 février, ce sera l'acte 13 de la mobilisation, avec de nouvelles manifestations comme chaque samedi maintenant. Mais eux n'y seront pas : ils ont choisi de prendre du recul sur le mouvement "gilets jaunes". Par fatigue, ras-le-bol, manque de temps, ou tout simplement parce que c'est trop. S'ils ne participent plus aux actions, ils les soutiennent encore, mais autrement.

Prendre du recul, c'est nécessaire pour Anaïs (*). Cette Stéphanoise a rejoint le mouvement des "gilets jaunes" à l'acte 3 parce qu'elle "_attendait de voir ce que ça allait donne_r". Une fois sur place, elle a été touchée par cet élan de solidarité dans les rangs des cortèges. Mais depuis quelques temps, le mouvement a changé : "il y a eu un roulement de personnes, les gens qui étaient là au début ont été menacés, agressés, donc c'est vrai que ça dégoûte. Du coup _des nouvelles personnes se sont appropriées le mouvement entre casseurs, anarchistes, extrémistes_, et il y avait des banderoles qui n'avaient rien à faire là et même des partis politiques il ne faut pas se mentir", détaille-t-elle. 

Ce weekend, Anaïs ne participera pas à la manifestation. Pour elle, ce qui manque au mouvement stéphanois, c'est une structure solide et organisée. Elle a aussi arrêté de porter son gilet jaune : "le problème du gilet jaune c'est que beaucoup ne le mettent plus suite à tout ce qui s'est passé avec les casseurs et les violences. On reste gilet jaune au fond du cœur je l'avais toujours dans mon sac à main mais je ne le mets plus, par rapport aux autres personnes qui croyaient au mouvement du début. Ils sont perdus, ils disent on ne comprend plus ce qu'il se passe...

Une implication trop forte pour la vie quotidienne

Julien (*) fait partie de ceux qui sont là depuis le début. Dès le premier jour de mobilisation, il a rejoint l'aire du Pays du Gier. Il l'a quitté il y a quelques jours. D'abord pour des raisons personnelles : "C'était compliqué avec ma femme parce que je n'étais plus à la maison, les enfants me voyaient plus, je n'emmenais plus mon fils au foot... Tous les soirs j'étais aux "gilets" parce qu'au début je dormais sur l'aire, on y était nuit et jour, on a fait des manifs, on a fait des actions coup de poing, on a fait beaucoup de choses..." 

Je ne pouvais plus rien faire. J'ai perdu entre 40 et 50 000 euros. - Julien, "gilet jaune" sur l'aire du Pays du Gier et chef d'entreprise

Ce Ligérien gère deux entreprises de vente et de transport de véhicules. Et ces responsabilités professionnelles l'ont rattrapé : pendant près de deux mois, il n'a eu aucune rentrée d'argent. Aujourd'hui il faut payer les factures et toutes les charges. "Je ne pouvais plus rien faire. J'ai perdu entre 40 et 50 000 euros. Et j'allais perdre de gros contrat, il fallait que je lève le pied", lâche l'entrepreneur. Si Julien avoue aujourd'hui s'être beaucoup impliqué et s'être un peu fait emporter par le mouvement, il y croit encore : "Je lâche l'affaire personnellement mais au fond de moi j'ai la conviction qu'il ne faut pas lâcher et que les gilets doivent continuer jusqu'au bout".

Des tensions en interne dans les organisations

Même idée pour Coralie (*) du côté du bassin roannais. Dès le départ, elle s'est énormément investie dans l'organisation du mouvement, en faisant notamment des collectes de nourriture dans les grandes surfaces pour distribuer sur les ronds-points. La semaine dernière, elle a claqué la porte après une réunion de "gilets jaunes" : "ça n'allait jamais... Je suis déçue et en colère parce que s'être investi autant et avoir autant de reproches je trouve que c'est injuste surtout que j'ai toujours été honnête et tout fait pour que tout marche bien..." confie Coralie, qui a un sentiment d'inachevé.

Elle aurait aimé que l'esprit des deux premiers mois de mobilisation perdure. Aujourd'hui, elle se sent surtout fatiguée : "Tout s’enchaîne, le boulot ne s'arrête pas je n'ai pas pris de jours de congés, dès que j'avais du repos c'était réunion ou sur les ronds-points donc oui je suis bien fatiguée. C'est un tout, ça me pesait énormément et en interne c'était compliqué je me suis dit qu'il y en avait marre". Coralie ne participe plus ni à l'organisation du mouvement, ni aux manifestations prévues ce weekend. Pour l'instant, elle préfère prendre des distances. Mais elle n'exclut pas de, peut-être, endosser de nouveau le gilet jaune plus tard si le mouvement lui convient mieux.

(*) les prénoms ont été modifiés