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Société

Lutte contre les violences faites aux femmes : "Mon frère répétait ce que mon père faisait"

jeudi 24 novembre 2016 à 17:52 Par Mathilde Choin, France Bleu Berry et France Bleu

Chaque année, 216.000 femmes meurent sous les coups d'un homme selon des chiffres du ministère du Droit des Femmes. A l'occasion, de la journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes ce vendredi, deux Berrichonnes témoignent.

Chaque année, 86 000 femmes sont victimes de viols et de tentatives de viols.
Chaque année, 86 000 femmes sont victimes de viols et de tentatives de viols. © Maxppp - Maxppp

Châteauroux, France

Près de 216 000 femmes sont victimes chaque année de violences : c'est un des terribles chiffres dévoilés par le ministère du droit des femmes pour la Journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes. L'année dernière en France, 122 femmes sont décédées sous les coups de leur conjoint ou de leur ex-conjoint.

Des violences conjugales la plupart du temps. Mais aussi - fait plus rare - des violences intrafamiliales. C'est ce qu'a vécu Karine*. Cette berrichonne de 36 ans a été battue par son frère. Tout bascule au moment du divorce des parents de Karine. Son frère aîné prend alors l'ascendant : "C'était une sorte de dictature à la maison. Si je ne lui donnais pas le sel tout de suite quand il me le demandait à table, je pouvais recevoir une gifle. On ne pouvait pas jouer avec les copains dehors : si lui avait décrété qu'à telle heure fallait qu'on rentre, et bien on rentrait. Sinon, y'avait un coup qui arrivait."

Si je ne lui passais pas le sel à table, je pouvais recevoir une gifle", Karine

Karine habite dans un HLM : tout le monde est courant de ce qu'elle subit mais tout le monde se tait, à commencer par sa mère : "Je me demande si elle n'avait pas peur de se prendre des coups de la part de son propre fils". La jeune femme est battue jusqu'à ses 22 ans au moment où son frère la met à la porte. Karine garde tout pour elle. Un jour, un sophrologue l'incite à se confier et surtout à en parler au principal intéressé. Huit mois après leur première discussion, son frère finit par s'excuser : "Mon père était violent vis-à-vis de ma mère. Mon frère du coup a reproduit le schéma par la suite. Et c'est pour ça que je ne lui en veux pas à mon frère : il répétait ce que mon père faisait."

Plus de dix ans après, l'homme me fait toujours peur", Karine

Aujourd'hui Karine a 36 ans. Sa plus grande fierté : être quasiment certaine que son frère ne sera plus jamais violent. Mais elle en gardera des séquelles à vie : "L'homme me fait peur. Aujourd'hui je suis avec quelqu'un qui ne me commande pas du tout mais effectivement si il va s'énerver, je sais que j'aurai toujours un peu la trouille. Je sais qu'il ne va pas s'en prendre à moi, mais j'aurai toujours peur. "

Reproduction du schéma familial

La plupart du temps ces violences ont lieu au sein du couple. C'est ce qu'a vécu Mélanie*, une autre berrichonne, pendant près de deux ans. Elle et son compagnon sortent ensembles depuis 3 ans lorsqu'ils décident d'ouvrir un commerce. Au début tout va bien mais avec le stress du travail tout s'envenime, il commence à se droguer et devient complètement méconnaissable :"Il a commencé par m'attraper par le bras, par me pousser, par me mettre la tête dans le mur, puis des gifles, des coups de poing... jusqu'au coup de poing fatidique". Pour se faire pardonner, il l'inonde de fleurs et de cadeaux : "Combien de fois je l'ai vu pleurer parce qu'il savait qu'il était allé trop loin, qu'il était à deux doigts de tout perdre. Il m'enfonçait dans sa dépression. Il m'a prise par la main et il m'a mise au fond du trou."

Il m'enfonçait dans sa dépression. Il m'a prise par la main et m'a mise au fond du trou", Mélanie

Malgré tout, Mélanie hésite à en parler autour d'elle notamment pour protéger leur petite fille. Jusqu'au jour où elle finit par ne plus avoir le choix : elle s’effondre sous les coups de son compagnon et prévient sa sœur. Mélanie retourne vivre chez sa mère, se retrouve sans toit, sans travail. Elle finit tout doucement par se reconstruire loin de lui et va même jusqu'à porter plainte. Son ancien compagnon est condamné à trois mois avec sursis. Mais aujourd'hui cinq ans après, elle aimerait qu'il s'en sorte : "Pour son bien. C'est un engrenage pour lui, c'est terrible". Et pour que son histoire ne se répète pas, Mélanie appelle aujourd'hui toute les femmes victimes de violences à sortir elles aussi de leur silence.

De nombreuses associations dans l'Indre

Dans l'Indre, de nombreuses associations existent pour venir en aide à ces femmes victimes de violences. Parmi elles : Accueil et écoute 36 - un accueil de jour contre les violences faites aux femmes. Une vingtaine de femmes se sont présentées l'année dernière au bureau de Céline Georges et de sa collègue : "Elles viennent pour vérifier si leur ressenti est bon : elles sont souvent dans le doute de savoir si ce qu'elles vivent ce sont bien des violences. On les incite à porter plainte puis on les oriente vers d'autres associations qui, à leur tour, vont leur venir en aide" (notamment le CCAS, Solidarité accueil, le réseau Respire et le CIDFF, le Centre d'information sur les droits des femmes et des familles).

*Les prénoms ont été modifiés.

Le reportage de Mathilde Choin.