Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Société DOSSIER : Mai-68

Mai-68, le FC Rouen dans la rue : "On avait envie de participer, d'être avec nos supporters !"

vendredi 11 mai 2018 à 6:22 Par Camille Revel et Manuel Quesnel, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure)

A l'occasion des 50 ans de Mai-68, France Bleu Normandie vous propose une série de reportages et d'invités. A notre micro ce matin : François Bruant. Ancien journaliste, en 1968, il était footballeur professionnel au FC Rouen, et il a manifesté avec ses coéquipiers.

En mai 68, François Bruant (en bas à droite) et ses coéquipiers du FC Rouen descendent dans la rue
En mai 68, François Bruant (en bas à droite) et ses coéquipiers du FC Rouen descendent dans la rue - Capture d'écran - site federationculsrouges.fr

Rouen, France

François Bruant est ancien journaliste à Paris Normandie, il a également travaillé dans la presse havraise. En 1968, footballeur à Rouen, il manifeste avec ses coéquipiers. Sur France Bleu Normandie, il se rappelle cette époque. 

"Le FCR de l'époque, la saison 1967-68 était l'une des plus difficile : il n'y avait plus de sous dans la caisse ! " se rappelle François Bruant. "On était condamnés à la deuxième division, parce que le premier barragiste était à six ou sept points, on était largement dernier. Et puis en mars, on reçoit Saint-Etienne, qui est leader et sera champion de France : on les bat 3-0. Derrière, on accumule six victoires, et on ne descend pas !

Ma femme a arraché un drap, on a fait une banderole "Les joueurs du FCR avec les grévistes", et on est allés défiler, avec des copains !"

Pendant les évènements de Mai-68, François Bruant et ses coéquipiers manifestent  : des footballeurs parmi les étudiants ou les ouvriers ? "Rien d'étonnant à l'époque : de nombreux joueurs venaient de milieux ouvriers. Prenez, par exemple, Raymond Kopa : il a été mineur, avant d'être footballeur professionnel.  On s'est dit : "Pourquoi on ne participerait pas ?" Ma femme a arraché un drap, on a fait une banderole "Les joueurs du FCR avec les grévistes", et on est allés défiler, avec des copains !"

On a été bien accueillis ! Quand les manifestants sont venus quinze jours après au stade, ils avaient mis une banderole "Les grévistes avec les joueurs du FCR" !"

Et l'accueil des manifestants ? "Pour être bien accueillis, on a été bien accueillis. Quand les manifestants sont venus quinze jours après au stade, ils avaient mis une banderole : "Les grévistes avec les joueurs du FCR"."

Ce n'était pas les gens de la haute qui venaient au stade , c'était les étudiants et les ouvriers !"

Qui a impulsé le mouvement ? "Il y avait Claude Le Roy, et moi !", raconte François Bruant", "on avait envie de participer, d'être proches de ces gens qui étaient des supporters. Ce n'était pas les gens de la haute qui venaient au stade - ou quand ils venaient, c'était souvent des billets gratuits. Non, c'étaient les étudiants, les ouvriers, qui venaient nous voir : on s'est dit, on va montrer qu'on est avec eux."

Les dirigeants ont été sympas, parce que je suis persuadé qu'ils n'étaient pas pour qu'on aille défiler ! "

Mai-68, ce n'était pas trop un sujet dans le conversation dans le vestiaire, raconte François Bruant : "Claude était bien engagé, moi aussi, parce que mon père faisait beaucoup de politique, j'aimais bien ça. Il y avait Philippe Poulain aussi. Il n'y avait pas d'opposition : personne n'a dit qu'il ne fallait pas défiler. Les dirigeants ne nous en ont pas parlé, mais ils ont été sympas, parce que je suis persuadés qu'ils n'étaient pas pour qu'on aille défiler, mais ça s'est bien passé." 

En mai 68, le siège de la Fédération Française de Football est occupé pendant six jours, avec comme slogan : "Le football aux footballeurs" : à l'époque, se souvient François Bruant, "Raymond Kopa parlait de contrats d'esclavagistes. Je peux vous donner un exemple comme quoi c'était particulier :  je jouais à Reims, j'étais en vacances sur la Côte d'Azur. J'achète l'Equipe, et je lis "François Bruant transféré à Rouen", sans que j'aie été prévenu ! Je suis remonté, j'ai signé mon contrat, et j'ai déménagé. On n'avait pas la parole. Après 1968, ça a commencé à bouger. Le contrat à vie a été aboli."