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Société DOSSIER : Mai-68

Mai-68 dans l'Hérault : la "deuxième naissance" de Jean Huillet, figure historique de la contestation viticole

lundi 14 mai 2018 à 6:04 Par Guillaume Roulland, France Bleu Hérault

À l'occasion d'une semaine spéciale consacrée à Mai-68, cinq personnalités héraultaises se souviennent. Où étaient-elles ? Quel rôle ont-elles joué ? Que reste-t-il de ces événements ? Premier grand témoin de ce printemps agité, Jean Huillet, leader emblématique de la contestation viticole.

Jean Huillet, jeune viticulteur en 1968, retraité attentif des soubresauts de la société en 2018
Jean Huillet, jeune viticulteur en 1968, retraité attentif des soubresauts de la société en 2018 © Radio France - Guillaume Roulland

Montpellier, France

Mai 2018. A 74 ans, Jean Huillet, aujourd'hui viticulteur en retraite, n'a rien perdu de sa fougue et de l'intérêt qu'il porte toujours à ses pairs. Il y a quelques semaine encore, devant un cordon de policiers censés protéger les accès du commissariat de Montpellier, il haranguait 200 vignerons héraultais et gardois, les incitant à rester mobilisés, mais dans le calme (voir vidéo plus bas).

"Ma deuxième naissance..."

Mai 1968. Jean Huillet est déjà installé depuis deux ans. Ce fils d'un inspecteur des impôts et d'une directrice d'école, a abandonné sa scolarité à 17 ans pour travailler la vigne.

"A ce moment là, je n'avais pas le mécanisme intellectuel nécessaire pour comprendre mon environnement. Mais en 68, j'ai rencontré beaucoup de gens qui étaient dans le mouvement. Bien entendu ils avaient une idée dérrière la tête. M'évangéliser pour que je rentre dans leurs micro-partis. Mais dérrière cette évangélisation, il y avait une construction intellectuelle qui m'a permis de me fabriquer un cerveau qui m'a permis ensuite de mener ma vie sur des bases d'ouverture d'esprit, d'humanisme et de respect de l'autre."

Des champs de vigne aux raffineries de Sète

En mars 68, le monde ouvrier et le monde paysan sont deux mondes qui se côtoient, mais avec une méfiance réciproque. 

Un évènement va permettre de les rapprocher pourtant. 

"Les raffineries de Sète étaient bien entendues fermées et il fallait traiter les vignes. Beaucoup de viticulteurs étaient prêts à mener une opération commando pour aller casser la gueule des ouvriers. _Je m'y suis opposé et j'ai gueulé_. Avec quelques copains, on est donc allés sur place. Les ouvriers nous ont expliqué pourquoi ils faisaient grêve. Nous, qu'il fallait qu'on travaille sinon on perdait la récole. Ils nous ont alors ouvert et donné de l'essence.  Peut-être qu'en parlant, c'est mieux qu'en se foutant sur la gueule !"

Libération de la parole paysanne

Petit à petit, un mouvement qui s'ignorait avant 68 va progressivement émmerger et donner naissance aux grands mouvements de contestation viticole des années 70.

" Le monde paysan est un monde qui bouge plutot au rythme de la nature. On observait d'abord ces événements avec _curiosité et parfois désapprobation_. Mais petit à petit, la gauche paysanne a commencé à s'organiser. Les travailleurs paysans sont progressivement apparus et cela a donné ensuite la Confédération Paysanne. 68 leur a libéré la parole. Des gens qui n'étaient pas spécialement engagés ont eu confiance en eux et ont été capables de s'organiser collectivement".

50 ans plus tard...

Mai 2018. Ces dernières semaines, Jean Huillier a observé avec beaucoup d'intérêt les étudiants, les ouvriers et les cheminots d'aujourd'hui. Mais ce serait selon lui une grosse erreur de croire que l'histoire peut se répéter.

"L'erreur çà serait de comparer. Ca n'a rien à voir. La société a changé. Aujourd'hui, la fronde se concentre avant tout sur des inégalités. Mais les étudiants sont déjà rentrés dans la société individualiste dans laquelle nous vivons tous. Le match on le gagne que si on joue collectif. Or pour beaucoup, il n'y a aucun intérêt commun entre un viticulteur, un étudiant et un cheminot. C'est donc chacun sa merde !"

Les souvenirs de Jean Huillet - Guillaume Roulland