Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Société DOSSIER : Mai-68

Mai-68 dans l'Hérault : "la Chienlit" de Jean Hil, auteur d'une des plus célèbres affiches du mouvement étudiant

vendredi 18 mai 2018 à 6:05 Par Guillaume Roulland, France Bleu Hérault

À l'occasion d'une semaine spéciale consacrée à Mai-68, cinq personnalités héraultaises se souviennent. Ou étaient-elles ? Quel rôle ont-elles joué ? Que reste-t-il de ces événements ? Dernier grand témoin de ce printemps agité, Jean Hil, peintre montpelliérain et auteur d'une affiche restée célèbre

Jean Hil, en 2018 dans son atelier de Montpellier, et en 1968
Jean Hil, en 2018 dans son atelier de Montpellier, et en 1968 © Radio France - Guillaume Roulland

Montpellier, France

C'est un atelier de peintre comme on les aime. Planqué au fond d'une ruelle à quelques pas du cours Gambetta à Montpellier. Des pinceaux de toutes les tailles, un chevalet, des dizaines de toiles achevées ou pas encore, ainsi qu'un canapé qui vous invite à la sieste. Le maître des lieux, casquette vissée sur la tête et grosses lunettes grises argentées, vous invite à prendre place dans un des deux fauteuils qui trônent au milieu de la pièce. C'est Jean Hil, peintre montpelliérain bien connu des amateurs d'art. Mais combien d'entre eux savent que le bonhomme est aussi l'auteur d'une des affiches les plus connues des événements de 68 ?

"Beatnik et traîne-savates..."

En mai 1968 Jean Hil, qui n'avait pas encore pris ses quartiers à Montpellier, fréquentait les ateliers de l'école des beaux-arts de Paris. Ou plutôt, il cherchait à les éviter. "En théorie, j'était étudiant. J'avais ma carte. Mais ne je n'y allais plus car l'enseignement des beaux-arts tel qu'il était avant 68 était absolument lamentable. J'étais donc plutôt Beatnik et traîne-savates !" confie Jean Hil, l'oeil malicieux.

L'affiche

Cette oisiveté revendiquée ne l'empêche toutefois de fréquenter assidûment l'Atelier populaire d'ou vont sortir pas moins de 600 affiches de Mai-68. Et quand le général De Gaulle, dans une déclaration restée célèbre, qualifie soudainement les émeutes étudiantes de "Chienlit", son sang ne fait qu'un tour.

"Immédiatement j'ai pensé : mais la Chienlit, c'est lui ! C'est venu d'une manière quasiment naturelle et j'ai aussitôt sorti cette image. L'affiche a été rapidement diffusée. Je ne pensais pas que je bénéficierais d'une telle postérité."

Sur l'affiche, on reconnaît aisément l'ombre et la silhouette de De Gaulle, bras en l'air en signe de victoire, son képi d'officier supérieur vissé sur la tête. Elle reste parmi les images les plus emblématiques de ces événements.

Les désillusions

Pourtant Jean Hil n'a jamais tiré le moindre profit de cette oeuvre, tombée aujourd'hui dans le domaine public. Tout comme il n'a pas non plus réellement tiré profit de Mai-68.

"A la mort de Pierre Overney (ndlr: cet ouvrier maoïste tué en 1972 par un vigile de l'usine Renault), je me suis dit que _la fête était finie_. Je me suis tiré au Pérou. Et là-bas, les sud-américains nous regardaient comme si on avait fait la révolution, alors que nous on les regardait avec l'aura des guérilleros !"

A son retour en France, la société a certes un peu changé. Mais les années 80, les années fric, vont tout casser. Jean Hil se réfugie alors dans son atelier de Montpellier ou il se consacre depuis 30 ans entièrement à son art. Avec le sentiment toutefois que l'histoire se répète un peu.

"Le pouvoir en place nous ressert les mêmes salades qu'il y a cinquante ans. Je dois avoir quelque part une version de La Chienlit avec la tête de Sarkozy et Siné Hebdo a fait la même chose récemment avec celle de Macron. Il faut donc croire que tous nos présidents induisent une Chienlit les uns après les autres."

La célèbre affiche de Jean Hil - Aucun(e)
La célèbre affiche de Jean Hil - Jean Hil
Une version détournée de la célèbre affiche - Aucun(e)
Une version détournée de la célèbre affiche - Jean Hil
Jean Hil, jamais mieux moqué que par lui-même ! - Radio France
Jean Hil, jamais mieux moqué que par lui-même ! © Radio France - Guillaume Roulland