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Société DOSSIER : Mai-68

Mai-68, le coup d'envoi de la carrière de Jean-Pierre Soisson dans l'Yonne

mardi 15 mai 2018 à 6:05 Par Kevin Dufreche, France Bleu Auxerre

Député pendant plusieurs années, ancien maire d'Auxerre, ministre à de multiples reprises, la carrière de Jean-Pierre Soisson n'est plus à présenter. En mai 1968, Jean-Pierre Soisson suit de près les événements, et il profite de la dissolution de l'Assemblée Nationale...

Jean-Pierre Soisson (à gauche), sur cette photo ministre des Sports en 1980, a été élu pour la première fois en 1968 député de la circonscription d'Auxerre.
Jean-Pierre Soisson (à gauche), sur cette photo ministre des Sports en 1980, a été élu pour la première fois en 1968 député de la circonscription d'Auxerre. © Maxppp -

Yonne, France

Lorsqu'éclatent les événements de Mai-68, Jean-Pierre Soisson est aux premières loges. Jeune auditeur de la Cour des Comptes, il est également conseiller du ministre de l'Agriculture Edgard Faure. Il voit donc le pouvoir de l'intérieur. Sur le plan politique local, il sort d'une défaite face à son adversaire de gauche, lors de l'élection législative de 1967, dans la circonscription d'Auxerre.

Une histoire de Fernet-Branca

L'ancien maire d'Auxerre se rappelle 50 ans après que la contestation avait gagné jusqu'au ministère de l'Agriculture lui-même, dans une certaine mesure. Un jour, alors qu'il assure la permanence dans le bureau d'Edgar Faure absent, les secrétaires du ministère pénètrent dans le bureau. Il raconte : "elles m'ont demandé de leur servir un verre de Fernet-Branca ! C'était la boisson d'Edgar Faure. Et donc j'ai servi à mes « envahisseurs », assis sur les fauteuils du bureau ministériel, un verre de Fernet-Branca. Et l'occupation du ministère s'est ainsi terminée", sourit-il.

Au-delà de l'anecdote, le jeune Jean-Pierre Soisson, déjà ancré à droite, et partisan d'un pouvoir central fort en France, constate ce qu'il qualifie de "vide du pouvoir". "Plus personne ne répond au téléphone, les membres de cabinets ministériels ont disparu, tout le monde s'est sauvé, impression extraordinaire de vide du pouvoir, et même de fragilité du pouvoir", explique le conseiller d'alors, frappé par les absences conjuguées sur le territoire français du Premier ministre Georges Pompidou, et du président de la République Charles de Gaulle, lorsque démarre la contestation, autour du 10 mai.

De Gaulle dissout l'Assemblée

Le 30 mai, ça bascule pour Jean-Pierre Soisson. Après trois semaines de grèves, et de contestation, et quelques jours après une première allocution à la télévision notamment pour annoncer un référendum, le président de Gaulle s'adresse aux Français à la radio. Une allocution très offensive, pour vilipender les communistes, et pour affirmer qu'il est toujours le chef, malgré la contestation. Une allocution aussi, pour dissoudre l'Assemblée nationale.

Conséquence, un an après les dernières, de nouvelles élections législatives sont convoquées. L'occasion pour Jean-Pierre Soisson de prendre sa revanche ! En 1967, dans la circonscription d'Auxerre, il est battu par Louis Périller, proche de François Mitterrand. Centriste, proche de Valéry Giscard d'Estaing, Jean-Pierre Soisson se lance à nouveau dans la campagne, et il est élu député pour la première fois le 30 juin 1968. 

Pour l'historien icaunais Denis Martin, co-auteur en 2009 de Mai-juin 1968 dans l'Yonne, Jean-Pierre Soisson a profité du climat politique qui s'est installé après les événements. L'opinion publique est lassée par les manifestations, et la nuit du 24 mai, particulièrement violente à Paris, a fait peur à une partie de la France : "il y a eu un raz-de-marée à droite, et Jean-Pierre Soisson a pu en profité. Il était très jeune à l'époque, il avait 33 ans. Il a fait ensuite une très longue et brillante carrière politique. Depuis la Révolution française, c'est peut-être lui qui a fait la plus longue carrière politique dans l'Yonne."

En effet Jean-Pierre Soisson a été au total plus de 30 ans député de la circonscription d'Auxerre, 27 ans maire d'Auxerre, conseiller départemental, président de la région Bourgogne, et sept fois ministre sous divers gouvernements, avant de raccrocher la politique en 2012, en passant la main à Guillaume Larrivé sur sa circonscription.

Au cœur de la réforme de l'université

Malgré son élection comme député, Jean-Pierre Soisson reste conseiller d'Edgard Faure, nommé en juillet ministre de l'Éducation nationale. Il aidera alors le ministre à préparer ce qui serait la réforme de l'université, présentée à la fin de l'année 1968. Loin de l'agitation et des barricades de mai, c'est dans les salons du ministère qu'il reçoit des visiteurs du soir. Il se souvient :

"Je vois Daniel Cohn-Bendit, Jacques Sauvageot arriver le soir, parce que la nuit rend tout possible, dans un bureau où on leur servait du Beaujolais, et des sandwichs. Et nous y parlions de ce que serait la future université."

Plus d'autonomie, de l'interdisciplinarité dans les universités françaises, une partie des revendications du mouvement étudiant de Mai-68 a bien été reprise par la loi Faure. Une loi qu'a contribué à mettre en place par la suite Jean-Pierre Soisson, puisque son premier poste ministériel ne fut autre que celui de Secrétaire d'Etat aux Universités. C'était en 1974, au début du mandat de Valéry Giscard d'Estaing.

Affiche de campagne de Jean-Pierre Soisson en 1968. - Aucun(e)
Affiche de campagne de Jean-Pierre Soisson en 1968. - Collection B. Massot - IHS CGT 89
Affiche de campagne de Jean-Pierre Soisson pour le second tour des élections législatives de juin 1968. - Aucun(e)
Affiche de campagne de Jean-Pierre Soisson pour le second tour des élections législatives de juin 1968. - Collection B. Massot - IHS CGT 89