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Société DOSSIER : Mai-68

Mai-68 : un "échec politique", mais un "grand changement culturel" réussi

mardi 17 avril 2018 à 3:36 - Mis à jour le mardi 17 avril 2018 à 10:59 Par Géraldine Houdayer, France Bleu

Il y a 50 ans, un immense mouvement de révolte secouait la France. En mai et juin 1968, les manifestations étudiantes parties de Paris sont rejointes par la plus grande grève générale du XXème siècle. Un bouleversement des valeurs de l'époque, qui a durablement modifié la société française.

Daniel Cohn-Bendit au milieu de camarades et de CRS, le 6 mai 1968 à Paris.
Daniel Cohn-Bendit au milieu de camarades et de CRS, le 6 mai 1968 à Paris. © AFP -

Il y a cinquante ans, les événements de Mai-68 secouaient Paris et la France. Ce mouvement de révolte étudiante et ouvrière n'a pas renversé les institutions du pays, mais a durablement modifié la société française, rappellent le sociologue Michel Fize et l'historien Pascal Ory. 

Pour Michel Fize, "la première grande contestation de l'autorité familiale"

Le sociologue Michel Fize a beaucoup travaillé sur l'adolescence et la jeunesse. Et pour lui, les événements de Mai-68 présentent une vraie rupture : "C'est la première fois que les jeunes se différencient vraiment de leurs parents", explique-t-il. 

Mais le chercheur rappelle que ce combat contre l'autorité a commencé dès le début des années 60, "avec Elvis Presley notamment, une vraie rébellion musicale". Cette contestation va s'étendre, puis mener à une remise en question de toutes les autorités en 1968. Un mouvement inédit de la part de la jeunesse. "C'est la contestation des "3P", le triptyque "profs-patrons-parents", résume-t-il. "On en a assez d'une société très hiérarchique, très verticale, on veut faire sauter le couvercle".

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Un combat des jeunes contre les "croulants"

Cette révolte, partie de la jeunesse, est aussi un "combat de générations", explique le chercheur. "Ce n'était pas uniquement un combat contre les structures, c'était un combat des jeunes contre les vieux, qu'on appelait 'les croulants' à l'époque", sourit-il. 

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D'une société du travail à une société de loisirs et d'épanouissement

Pour Michel Fize, davantage qu'une tentative de révolution, Mai-68 est avant tout une révolte culturelle. "On va passer d'une démocratie autoritaire à une démocratie plus ouverte", explique-t-il. Avec les événements, la France passe "d'une société d'autorité à une société de liberté". On passe "d'une société du travail à une société de loisirs et d'épanouissement"

Les enfants peuvent enfin parler à table 

Ce changement se traduit aussi dans l'intimité des familles. Michel Fize se souvient de l'évolution des relations parents-enfants à l'époque : "On parlait enfin à table !", se souvient-il. "Moi, j'ai connu cette époque où, par définition, les enfants, ça ne parlait pas à table. Ça parlait éventuellement quand on leur posait telle ou telle question". Mais avant les "évènements", l'échange tient davantage de l’interrogatoire que de la conversation.

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Avec ces nouvelles libertés, arriveront celles de "s'habiller comme on veut, de sortir, d'écouter la musique que l'on veut", poursuit Michel Fize. Une vraie rupture culturelle et sociétale, à défaut d'être politique.

Pas de "grand soir", mais une révolte culturelle réussie 

Pour l'historien Pascal Ory, Mai-68 a changé la société en profondeur. "C'est clairement un échec politique pour les acteurs de l'époque", qui rêvaient d'un grand soir, et donc d'une révolution totale et immédiate. _  "Le 'grand soir', c'est absolument raté", tranche-t-il. "Mais ça a semé les graines de tout un changement culturel."_ 

Pour lui, la société n'a pas changé en 1968, mais plutôt après. La loi sur la contraception, déjà votée, est enfin appliquée en 1969. "L'avortement, la préoccupation écologique, la dimension de défense des consommateurs" suivront, déroule Pascal Ory. C'est d'ailleurs également à cette période que dans les campagnes, certains agriculteurs veulent produire autrement et se tournent vers l'agriculture biologique. 

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Grâce à Mai-68, des valeurs plus souples 

C'est aussi sur le terrain des valeurs que Mai-68 a changé beaucoup de choses. Pascal Ory cite, en exemple, le mariage pour tous, 50 ans plus tard : "Il est presque passé dans les mœurs. Ça n'a plus été un enjeu en 2017 aux élections présidentielles, alors que c'était un tremblement de terre il y a quelques années." Pour l'historien, aujourd'hui, "On surfe toujours sur cette vague initiée par Mai-68".

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