Société

Manche : à Torigni, polémique autour de l'abattage de tilleuls séculaires

Par Benoît Martin, France Bleu Cotentin lundi 30 janvier 2017 à 7:00

Les 101 tilleuls séculaires abattus laisseront la place à de jeunes arbres plantés en avril.
Les 101 tilleuls séculaires abattus laisseront la place à de jeunes arbres plantés en avril. © Radio France - Benoît Martin

A Torigni les Villes, la municipalité a fait abattre une centaine de vieux tilleuls au mois de décembre au motif qu'ils devenaient dangereux. Un avis que ne partage pas un avocat local, maître Gervais Marie-Doutressoulles, qui porte l'affaire devant la justice.

La richesse de Torigni-les-Villes, c'est son patrimoine. La commune abrite le domaine des Matignon, avec son château, ses étangs et de vastes promenades bordées d'arbres remarquables. Seulement, le temps a fait son oeuvre, et certains arbres représentent un danger selon Anne-Marie Cousin, madame le maire de Torigni. "Tempête après tempête, on craint un accident. Les arbres avaient pour certains plus de 200 ans et menaçaient de se déraciner" souligne l'élue pour expliquer la décision prise d'abattre 101 tilleuls au mois de décembre dernier.

"Ils pouvaient se contenter d'abattre les arbres malades"

Cette décision a choqué un avocat caennais originaire de la commune. "C'est insensé de mettre à terre ces tilleuls séculaires, chargés d'histoire", estime Gervais Marie-Doutressoulle avant d'ajouter, "la grande majorité des arbres étaient sains et avaient une espérance de vie de près d'un millénaire. Ils pouvaient se contenter d'abattre les arbres malades". Scandalisé par cet abattage, l'avocat a décidé d'engager une requête en référé devant le tribunal administratif de Caen. Dans un premier temps, il souhaite qu'un expert soit désigné pour vérifier l'état des arbres abattus. Mais il compte aussi prouver que la mairie a agi en dehors de la légalité.

La légalité de la demande d'abattage en question

Pour avoir le droit d'abattre les arbres plantés en site classé, la commune devait en faire la demande à l'architecte des bâtiments de France. Ca a été fait, mais pas dans les règles d'après Maître Marie-Doutressoulle. "La demande de la mairie n'a pas donné lieu à une réponse de l'architecte, par ailleurs, elle ne fait état que de la plantation de nouveaux arbres, et pas de l'abattage des anciens". De son côté Anne-Marie Cousin estime que l'avocat joue sur les mots. "Pour replanter, cela suppose au préalable qu'il y ait eu abattage : c'est implicite", avant d'ajouter que "l''architecte n'ayant pas répondu dans le délai fixé par la loi, cela valait acceptation de la demande de la mairie, et donc, autorisation à entamer les travaux".

Des plantations de nouveaux tilleuls au mois d'avril

Reste la question de l'ampleur de l'abattage. Du côté de la municipalité, on reconnaît que tous les arbres coupés n'étaient pas malades ni menaçants. Mais on précise que dans le cadre de la restauration paysagère de parcs anciens, les techniques ont évolué. Une étude financée par la DIREN (direction régionale de l'environnement), et qui réunissait plusieurs techniciens, a conclu à l'impossibilité d'un simple remplacement des arbres abimés, préconisant la création d'une nouvelle haie. En l'occurence, la municipalité prévoit les plantations de nouveaux tilleuls à partir du mois d'avril.