Société

Manifestations pro-palestiniennes : retour sur la polémique

Par Julie Guesdon, France Bleu mardi 22 juillet 2014 à 17:05

Des manifestants propalestinien à Lyon protestent contre l'offensive israélienne sur Gaza
Des manifestants propalestinien à Lyon protestent contre l'offensive israélienne sur Gaza © MaxPPP

Le conflit israélo-palestinien occupe le centre du débat en France après les heurts survenus dans plusieurs manifestations pro-palestiniennes à Paris et en région parisienne. Alors que la préfecture de police a autorisé une prochaine manifestation ce mercredi, les désaccords sont nombreux et une partie de l'opinion craint de nouveaux débordements.

Interdire ou autoriser ? Depuis les incidents rue de la Roquette, dimanche 13 juillet, le débat est lancé sur les manifestations pro-palestiniennes organisées en France. Mais que s'est-il passé ?

Dimanche 13 juillet 2014 : une première manifestation dégénère rue de la Roquette

Pour protester contre les morts de civils palestiniens et appeler à la paix, plusieurs centaines de personnes se sont regroupées place de la République à Paris. La manifestation, selon plusieurs témoins, est "pacifiste" et emblématique, puisqu'elle comprend aussi quelques grands responsables d'organisations juives. Mais a proximité de la place de la Bastille, le cortège est alpagué par d'autres manifestants qui se disent pro-israéliens. Munis de drapeaux et scandant des slogans provocants, ils sont parvenus à déclencher la colère de quelques dizaines de personnes. Des échauffourées ont lieu rue de la Roquette, à proximité de deux synagogues. Il a fallu l'intervention des CRS pour disperser les deux camps.

Jeudi 17 juillet : le gouvernement envisage l'interdiction de certaines manifestations

Suite aux débordements survenus rue de la Roquette, plusieurs membres du gouvernement, dont François Hollande, se montrent favorable à une interdiction de la manifestation prévue samedi 19 juillet de Barbès à Opéra, dans le Nord de Paris. Une décision prise le vendredi par la préfecture de police, au motif "des risques graves de trouble à l'ordre public  qu'engendrerait sa tenue dans un contexte de tension accrue". Pourtant, les manifestants expriment leur désir de se rassembler malgré l'interdiction, le lendemain à Barbès.

Samedi 19 juillet : malgré l'interdiction, les manifestants se regroupent à Barbès

Comme prévu, plusieurs centaines de manifestants n'ont pas tenu compte de l'interdiction préfectorale et se sont rendu, samedi dernier, à Barbès, dans le Nord de Paris. Une situation qui a profité aux "groupes extrémistes", des éléments à la marge des manifestants qui ont saisi l'occasion pour proférer des actes ou des paroles antisémites et "alimenter le désordre", comme l'a qualifié ensuite Manuel Valls. Devant les violents heurts et les dégâts causés autour de Barbès, plusieurs personnes ont été arrêtées et condamnées, en comparution immédiate, à des peines allant jusqu'à 10 mois de prison avec sursis.

Dimanche 20 juillet : après les dégâts à Barbès, la manifestation interdite de Sarcelles dégénère à son tour

Chauffés à blanc après les incidents de la veille, des provocateurs se sont rendus dimanche à Sarcelles où un rassemblement avait lui aussi lieu malgré l'interdiction de manifestation. Synagogues saccagées, épiceries incendiées, les violences qui sont survenues suscitent la colère du gouvernement. Dans le même temps, le gouvernement n'envisage aucune interdiction systématique des rassemblements pro-palestiniens.

Pour calmer les tensions, un rassemblement multiculturel a eu lieu lundi soir à Sarcelles. Représentants religieux des cultes musulmans et juifs se sont rassemblés dans une synagogue et ont appelé à un apaisement des tensions, en France comme au Proche-Orient.

Mardi 22 juillet : une manifestation autorisée à Paris déclenche les critiques de la droite

Après les incidents du week-end, c'est "inadmissible" pour Christian Estrosi que Paris puisse autoriser une manifestation pro-palestinienne à Paris. Le maire de Nice, qui rentre d'un déplacement en Israël et se montre très critique à l'égard du Hamas, dénonce "l'inconstance du gouvernement" . La préfecture de police de Paris a en effet autorisé une manifestation du Collectif pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens, manifestation à laquelle le Parti communiste français a prévu de participer.

Les précédentes manifestations elles-aussi teintées de violences

Presque traditionnellement, le conflit israélo-palestinien provoque quelques incidents en marge des manifestations françaises. En 2008, déjà, lors de l'offensive "Plomb durci" qui causa la mort de 1.400 Palestiniens et 13 Israéliens, plusieurs manifestations dégénèrent, à Paris mais aussi à Toulouse, à Nice, à Perpignan ou Strasbourg. Tant que le conflit perdure sur la bande de Gaza, des éléments violents viennent perturber les mouvements de protestation en France. Lors de la dernière manifestation organisée, quelques jours après la fin de l'offensive israélienne, 10.000 personnes se regroupent à Paris et en province, sans qu'aucun incident majeur ne soit déclaré.