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Société

Marinette Guy et Juliette Vidal, au cœur de la résistance entre la Loire et la Haute Savoie

Elles n'ont pas de rue à leur nom ou de plaque commémorative, mais ensemble elles ont sauvé plus de 200 personnes, surtout des enfants juifs. Marinette Guy et Juliette Vidal ont coordonné les réseaux de sauvetage dans la Loire, jusqu'en Haute Savoie.

Juliette Vidal et Marinette Guy à Nice avec leur fils adoptif
Juliette Vidal et Marinette Guy à Nice avec leur fils adoptif - Famille Guy-Vidal

Saint-Étienne, France

Elles sont le rouage essentiel des réseaux de protection dans la Loire. Marinette Guy et Juliette Vidal, deux ferventes catholiques, ont seulement une trentaine d'années quand la Seconde Guerre mondiale éclate, mais l'Aide aux mères, l'organisation catholique de soutien aux familles qu'elles ont ouvert au milieu des années 1930 à Saint-Étienne devient un maillon essentiel de la résistance dans la région. 

Dès le début de la guerre en 1939, leur dispensaire devient la couverture d'un réseau qui place les enfants juifs et leurs parents dans des familles de confiance de l'arrière-pays ligérien. Leurs liens avec d'autres associations, notamment l'Oeuvre de Secours aux Enfants (OSE), permet aux réseaux de protection de fonctionner ensemble. Elles fabriquent également des faux papiers d'identité, cachés sous les lits des enfants, à destination de résistants et de jeunes femmes juives. Ces dernières sont engagées dans leur dispensaire d'aide aux familles sous de faux noms pour passer inaperçues à Saint-Étienne. 

Des enfants cachés dans une colonie de vacances

Quand les rafles se multiplient à partir de 1942, certains enfants, juifs pour la plupart, sont envoyés se réfugier dans un chalet de colonies de vacances à Chamonix, encadrées par ces jeunes filles juives. Malgré la guerre, Marinette Guy et Juliette Vidal instaurent là-bas une atmosphère familiale pour les enfants. "Ces souvenirs là de la guerre, pour eux c'étaient des bons souvenirs. À chaque fois ils nous le disent, sourit Christine Guy-Vidal, leur belle-fille. Ils ne nous disent pas « qu'est-ce qu'on avait peur, on devait se cacher », rien de tout ça ! Ils allaient se promener, ils faisaient des concours de ceux qui ramassaient le plus de myrtilles, ils lisaient par terre sur le trottoir. Et puis ils chantaient pour les fêtes, aussi bien à Noël que pour toutes les fêtes juives...on les avaient cachés tellement bien que pour eux c'était un jeu. J'ai même des photos des enfants déguisés dans les rues de Chamonix !"

Par petit groupe, elles feront passer la frontière suisse à une cinquantaine d'entre eux. À la fin de la guerre, elles créent "Paix et joie", une maison qui accueille pendant deux ans à Saint-Étienne les enfants dont la famille est décédée dans les camps, en collaboration avec l'OSE. Une partie d'entre eux part en Israël dans les années suivantes. 

Marinette Guy et Julie Vidal quittent la Loire à la fin des années 1940 pour s'installer sur la Côte-d'Azur, à Nice. Là-bas elles élèvent ensemble Pierre, un petit garçon recueilli dans leur dispensaire au début de l'année 1940, qu'elles ont adopté. 

Une "reconnaissance éternelle"

Au total, environ deux cents enfants et jeunes femmes ont été sauvés par Juliette Vidal et Marinette Guy. Ce sont eux qui demandent qu'elles soient reconnues "Justes parmi les nations" par l’État d'Israël.  Elles sont parmi les premières à obtenir cette reconnaissance en 1969. Quelques mois plus tard elles se rendent en Israël pour être officiellement distinguées. Accueillies avec les honneurs dans le pays, elles sont pourtant toujours restées très discrètes auprès de leur famille sur leur action durant la guerre. "Je ne suis même pas sûre que sa mère ait su un jour réellement ce qu'elle avait fait", s'amuse la nièce de Marinette Guy. 

Toute leur vie, elles sont restées en contact avec les personnes qu'elles ont protégées. "Ils avaient pour elles une reconnaissance éternelle. Ils envoyaient des lettres très régulièrement, à chaque fête notamment", souligne Christine Guy-Vidal. 

Devenus adultes, certains se sont même cotisés pour leur offrir à toutes les deux un chalet à Chamonix. Aujourd'hui leur fils adoptif y habite. Tous les ans, depuis plus de 60 ans, il reçoit des caisses d'oranges en provenance de Jaffa en Israël.  Un cadeau envoyé par une fratrie sauvée par ses mères adoptives.