Société

Marne : une éducatrice sanctionnée pour avoir dénoncé les conditions d'accueil des migrants mineurs

Par Sophie Constanzer, France Bleu Champagne-Ardenne lundi 30 janvier 2017 à 18:49

Une cinquantaine de personnes sont venus soutenir l'éducatrice devant le siège de l'association la Sauvegarde.
Une cinquantaine de personnes sont venus soutenir l'éducatrice devant le siège de l'association la Sauvegarde. © Radio France - Sophie Constanzer

Quelques jours après la mort d'un jeune migrant à Châlons-en-champagne le 6 janvier dernier, une éducatrice spécialisée de l'Association marnaise la Sauvegarde a dénoncé les conditions d'accueil des mineurs isolés étrangers. Elle est aujourd'hui menacée de licenciement.

A la sortie de son entretien, on entend la stupeur de la cinquantaine de personnes venues la soutenir. Ibtissam Bouchaara, éducatrice spécialisée depuis près de 15 ans a reçu une mise à pied conservatoire pour avoir dénoncé les conditions d'accueil des mineurs isolés étrangers. Fraîchement élue déléguée du personnel en décembre, elle avait pris la parole publiquement après le décès de Denko Sissoko, un jeune migrant malien retrouvé mort le 6 janvier dernier en contrebas du foyer d'accueil des Mineurs isolés étrangers à Châlons-en-champagne. Et notamment le manque d'encadrement de ces mineurs isolés : 4 éducateurs et une chef de service la journée pour 73 mineurs isolés étrangers pris en charge.

C'est pas possible d'accepter qu'on soit dénigrés comme on l'a été -- Jean-Claude Aubert, président de la Sauvegarde

Mise à pied à titre conservatoire "dans l'attente de la terminaison de la procédure de licenciement pour faute grave", Ibtissam Bouchaara ne regrette pourtant pas d'avoir dénoncé les conditions d'accueil des mineurs isolés étrangers."J'ai juste dénoncé les conditions d'accueil des mineurs isolés dans la Marne en m'inquiétant du taux d'encadrement, des conditions de travail des salariés..." , précise l'éducatrice. Mais pas question de remettre en cause quoi que ce soit selon le président de l'association la Sauvegarde Jean-Claude Aubert, qui parle même d'un "buzz" médiatique et justifie la sanction disciplinaire. "C'est pas possible d'accepter qu'on soit dénigrés comme on l'a été... alors on peut toujours faire mieux, on peut toujours critiquer... mais au départ elle s'est exprimée au départ pas en tant que déléguée du personnel mais en tant qu'éducatrice", souligne Jean-Claude Aubert.

Le message aujourd'hui c'est : vous travaillez et vous fermez vos gueules -- un délégué CGT

Le malaise est palpable chez les salariés de l'association la Sauvegarde venus soutenir leur collègue mise à pied. Présents certes, ils ne souhaitent pas s'exprimer. "A la base notre collègue a dénoncé les conditions de travail de nos collègues de Châlons, donc le message aujourd'hui c'est : vous travaillez et vous fermez vos gueules...", ose un délégué CGT. Venu également en soutien, Michel Aubry, ancien directeur de l'association, va plus loin : "c'est une intimidation vis à vis de tous pour qu'ils ne dénoncent pas les conditions d'accueil des mineurs isolés étrangers...". Au total, l'association la Sauvegarde emploie près de 200 salariés.

Une marche silencieuse le 11 janvier pour demander de meilleures conditions d'accueil

Le 11 janvier dernier, une marche silencieuse avait eu lieu en mémoire de Denko Sissoko, ce jeune migrant malien qui s'est donné la mort le 6 janvier en sautant du 8ème étage du foyer Bellevue où il était hébergé. La prise en charge des mineurs isolés étrangers incombe au conseil départemental (400 au total pris en charge en 2016), et le centre est géré par l'association la Sauvegarde.

Interview de Ibtissam Bouchaara le 11 janvier 2017.