Société

Le ras-le-bol des habitants de Picon-Busserine, dans les quartiers nord de Marseille

Par Tony Selliez, France Bleu Provence lundi 10 octobre 2016 à 6:00

Des immeubles en pleine rénovation urbaine
Des immeubles en pleine rénovation urbaine © Radio France - Tony Selliez

Les habitants de plusieurs cités du 14e arrondissement de Marseille souffrent : leur cité délabrée est en pleine réfection depuis des mois et le chantier sans fin de la future rocade L2, au pied de leurs immeubles, les dérange. Ils demandent des comptes à l'État et aux bailleurs sociaux.

Il y a ici un peu plus de 1.000 appartements déjà concernés par une rénovation urbaine de grande ampleur. Mais il y aurait surtout quelque 10.000 habitants au total dans ces cités des quartiers nord. La colère et le ras-le-bol des habitants des quartiers Picon, Busserine, Micocouliers et Saint-Barthélémy monte dans le 14e arrondissement de Marseille.

Un balcon "remis à neuf" ! ici quartier Picon - Radio France
Un balcon "remis à neuf" ! ici quartier Picon © Radio France - Tony Selliez

Les raisons de la colère : la L2 et les malfaçons

Ils ne supportent plus les travaux de la L2 (la future rocade de Marseille, dont les travaux se poursuivent depuis des mois), le bruit et surtout les problèmes de sécurité liés au chantier.

Ils dénoncent aussi des malfaçons dans les appartements, rénovés par les bailleurs sociaux Logirem et HMP (Habitat Marseille Provence). Il s'agit pourtant d'un énorme chantier de réhabilitation, avec plus de 120 millions d'euros investis dans le cadre de l'ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine).

L'une des principales raisons de la colère : l'état des appartements, au moins pour certains, après rénovation. Des habitants évoquent une remise à neuf "low cost" et avec des malfaçons.

"Vous savez où ils ont installé le compteur ? Vous ne devinerez jamais... Au plafond !" Zoubir, un riverain

Pour les finitions, il reste de la marge... c'est une évidence - Radio France
Pour les finitions, il reste de la marge... c'est une évidence © Radio France - Tony Selliez

Finitions (suite) dans des immeubles pourtant rénovés - Radio France
Finitions (suite) dans des immeubles pourtant rénovés © Radio France - Tony Selliez

"Ce sont plus que des malfaçons. Ce n'est pas l'Agence régionale de la rénovation urbaine qu'on a nous a envoyée, c'est l'Agence nationale du cache-misère !" Karim Mouaci, un habitant du quartier Picon

Un commentaire ? - Radio France
Un commentaire ? © Radio France - Tony Selliez

Une réunion publique, des menaces et des promesses

Plusieurs habitants et les principaux responsables des chantiers, dont des représentants de l'État, se sont retrouvés le 6 octobre pour une réunion publique et une visite des chantiers.

Les habitants dénoncent des malçafons dans la rénovation des immeubles

"L'ampleur de ce chantier est assez phénoménale, avec plusieurs intervenants. La taille, la durée de ce chantier, avec l'enchevêtrement du chantier de la L2, renforcent une impression d'énorme fatras, avec des entreprises qui travaillent dans des conditions pas toujours évidentes, reconnaît Eric Pinatel, le directeur général de la Logirem. Nous devons être encore plus vigilants."

Face à l'impatience des riverains, le préfet délégué à l'égalité des chances et les bailleurs sociaux ont écouté les habitants et leur ont promis des améliorations.

Ce n'est pas parce que c'est un énorme chantier qu'il doit y avoir des malfaçons. On va revenir réparer ce qui doit l'être. Les riverains et nous, nous sommes tous perdants." Eric Pinatel, directeur général de la Logirem

Sous leurs yeux, un chantier bruyant, jour et nuit : celui de la L2 - Radio France
Sous leurs yeux, un chantier bruyant, jour et nuit : celui de la L2 © Radio France - Tony Selliez

_"On est toujours à l'écoute et on recherche autant que possible des pistes d'amélioration. Mais d'un autre côté, il faut aussi être réalist_e, explique Inouk Moncorgé , directeur général de la société de la Rocade L2.

'Il y a ici un grand nombre de chantiers au même moment. La circulation (des camions) ne va pas s'arrêter du jour au lendemain."

Dans la ligne de mire aussi des habitants : le chantier de la L2. Reportage FB Provence

Les riverains, excédés, menacent d'attaquer en justice pour obtenir réparation, mais aussi de ne plus payer leurs charges, voire leurs loyers. Et s'il fallait vraiment durcir le mouvement, l'idée germe également de bloquer les chantiers.

"Je comprends votre impatience, mais je suis sourd aux ultimatums, leur a répondu Yves Rousset, le préfet délégué à l'égalité des chances, qui a également réitéré ses promesses : "L'engagement que j'ai pris qu'il y aurait une rencontre avec le préfet de région aura bien lieu. Et si possible dans ce délai."

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