Société

Mélisey (70) : épinglé par un contrôle de sécurité, le camping le moins cher de France décide de fermer

Par Hervé Blanchard, France Bleu Belfort-Montbéliard et France Bleu Besançon lundi 11 septembre 2017 à 10:13

Le camping de la Bergereine à Mélisey (70) ne finira pas la saison estivale
Le camping de la Bergereine à Mélisey (70) ne finira pas la saison estivale © Radio France - Hervé Blanchard

Epinglé fin août par un contrôle de sécurité, le camping de la Bergereine à Mélisey (70), considéré comme le moins cher de France, a décidé de fermer ses portes avant même les rapports définitifs des experts. Son gérant ne peut régler la note des aménagements demandés et déplore un acharnement.

C'est une triste fin d'été au camping de la Bergereine à Mélisey. Ce camping, planté au pied des Vosges Saônoises avec une quarantaine d'emplacements, est considéré comme le moins cher de France avec 5 euros par personne et par nuit, gratuit pour les enfants. Difficile de faire mieux en effet, d'où son surnom "le camping du coeur" que son gérant a trouvé pour rendre hommage à son idole, Coluche. Eh bien, ce camping solidaire vient pourtant de fermer ses portes avant même la fin de la saison estivale. C'est son gérant, Gérard Sourdin, dit "Gégé", qui a pris cette décision.

"Des vis qui dépassent de quelques millimètres"-Gérard Sourdin, dit Gégé, gérant du camping

Gérard Sourdin a vu débarquer le 30 août dernier des agents des services de l'Etat accompagnés de gendarmes. Ils sont venus pour effectuer un contrôle "Ils ont fait toutes les vérifications imaginables, fraude, Fisc, hygiène, sécurité, et ils ont trouvé plein de choses qui, soi-disant, ne vont pas" explique le gérant."Comme une différence d'informations entre le panneau d'affichage à l'entrée du camping et celui à l'accueil, l'aire de jeux qui n'est pas sécurisée et qui n'a pas été installée par un professionnel mais par moi, le local pour l'accueil pas aux normes, ou encore la table de ping-pong dont il faut être sûr qu'elle supporte un poids de 100 kilos, ou même des vis qui dépassent de quelques millimètres" sont les arguments avancés par les experts selon Gérard Sourdin, à qui on reproche également de laisser une étoile à son camping alors que selon les services de l'Etat, il serait déclassé. En revanche, aucun problème d'hygiène n'a été constaté. Mais au final : "C'est incompréhensible, surtout après 10 ans de gérance, que l'on vienne me reprocher ça maintenant" déplore "Gégé".

L'aire de jeux du camping de la Bergereine mise en cause par les experts en sécurité - Radio France
L'aire de jeux du camping de la Bergereine mise en cause par les experts en sécurité © Radio France - Hervé Blanchard

"Je ferme parce que je ne peux pas payer les travaux"- le gérant du camping de la Bergereine

Face à ces avertissements, Gérard Sourdin a pris les devants. "Je sais que ce ne sont pour l'instant que des avertissements, des mises en demeures, mais je n'ai pas les moyens de payer de tels travaux. Au bas mot, ça me coûterait 50 mille euros, je ne les ai pas. On ne fait pas de bénéfice dans ce camping, la seule fois où j'en ai fait, c'était mille euros qu'on a directement réinvestis dans la réfection de l'accueil ou de l'aire de jeux à l'époque". Et donc de décider de ne pas attendre le rapport définitif des experts "On me dit que ce n'est pas en sécurité, donc je ferme, voilà. Ils ont trouvé ça absurde, mais non, ça montre ma bonne foi. Je ferme et j'ai demandé aux 12 occupants du camping de partir, et j'ai annulé la vingtaine de réservations du mois de septembre" conclut Gérard Sourdin, très affecté par cette situation

Un gérant et des résidents très abattus

Gérard Sourdin, dit "Gégé" et Benoît, un résident à l'année, devant l'accueil du camping de la Bergereine - Radio France
Gérard Sourdin, dit "Gégé" et Benoît, un résident à l'année, devant l'accueil du camping de la Bergereine © Radio France - Hervé Blanchard

Devoir fermer le camping de la Bergereine est un véritable crève-coeur et une incompréhension pour les responsables et les clients. Benoît y a installé sa caravane depuis 5 ans. Il y séjourne surtout les weekends mais ce camping, c'est pour lui un endroit unique pour passer des vacances à moindre coût et dans une ambiance très conviviale : "On est surpris par ces contrôles et ce qu'il reproche à Gérard. Nous, on est bien ici, fin heureux, fin bien. Les gens sont sympas, ce sont des habitués, des gens de la région qui se retrouvent chaque été en vacances. 5 euros la nuit, difficile de faire mieux. On s'entraide, c'est le camping du coeur, ça va être dur, très dur de ne plus venir ici" conclut Benoît, qui se fait le porte-parole de tous les habitués du camping, "eux aussi effondrés par la nouvelle" nous a confié lé gérant.

Prêt à s'installer ailleurs

Gérard Sourdin a du mal à vivre la situation : "Avec ma compagne, on ne mange presque plus, on ne dort quasiment plus. Pourquoi cet acharnement contre des petites gens qui aident d'autres petites gens ? C'est incompréhensible" se lamente le gérant qui se demande d'où vient l'inspection de son camping. "On est en concurrence avec personne, on fait travailler les commerçants de la commune, on a de bons rapports avec eux, on embête personne, on fait du bien c'est tout". En cas d'échec d'une éventuelle conciliation dans ce dossier, Gérard Sourdin se dit prêt à continuer l'aventure du camping solidaire, si ce n'est à Mélisey, "dans une autre commune du secteur". Par ailleurs, le maire de Mélisey, contacté par nos soins, s'est refusé à tout commentaire sur cette affaire pour l'instant, et dit attendre les résultats définitifs des rapports des experts. La commune compte un autre camping, municipal celui-là, situé à 2 kilomètres environ du bourg.

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