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Inceste : la présidente d'Enfance v(i)olée, elle-même victime, témoigne dans la Vienne

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Par , France Bleu Poitou

Dans la Vienne, comme partout en France, l'affaire Olivier Duhamel libère la parole autour de l'inceste. Mais parfois, les victimes peuvent souffrir d'amnésie post-traumatique. C'est ce qui est arrivé à Gwendoline Grabowski, présidente de l'association poitevine Enfance V(i)olée.

Dans la Vienne, l'association Enfance violée aide les victimes d'inceste (photo d'illustration)
Dans la Vienne, l'association Enfance violée aide les victimes d'inceste (photo d'illustration) © Maxppp - Vanessa Meyer

Elle s'appelle Gwendoline Grabowski, elle habite Benassay, et elle aussi a été victime d'inceste pendant l'enfance. L'enquête étant en cours, nous ne désignerons pas l'agresseur dans cet arricle, mais Gwendoline, elle se souvient. Elle avait entre 7 et 11 ans. Elle a des scènes très précises de là où ça s'est passé dans la maison familiale. Mais ses souvenirs terribles n'ont pas toujours été aussi clairs. Pendant près de 30 ans, cette grande brune, désormais maman, a occulté les faits. Sa mémoire a préféré oublier la douleur, le choc. Black out. On appelle ça "l'amnésie post traumatique". "Ça peut durer des années et c'est un moyen de se protéger", précise son époux, infirmier psy. 

"Il m'a violée"

Dans le cas de Gwendoline, "c'était le 31 août 2019 !". La date fuse. Une soirée familiale. Un proche lui demande des nouvelles de celui qu'elle appelle désormais "son agresseur". À l'évocation de ce membre de la famille qu'elle ne voyait plus depuis un moment, sans trop savoir pourquoi, sans doute par instinct, son visage blêmit. Et peu à peu dans le courant de la soirée, elle perd pied. Son mari, Pierrick, agent à l'hôpital Laborit de Poitiers, voit bien que sa femme n'est pas dans son état normal, qu'elle va mal. Alors il lui demande : "Mais qu'est ce qu'il t'arrive, qu'est ce qu'il a bien pu te faire pour que tu te retrouves dans cet état ?" Sur le coup, elle ne trouve pas les mots. Pleure et pleure. Encore et encore. "Il m'a violée." Le mot est lâché. L'enfer vient de s'ouvrir sous ses pieds. 

Son corps finit par la lâcher

Soutenue par son mari et sa belle-famille, Gwendoline s'accroche, mais elle ne dort plus, fait des cauchemars toutes les nuits, se sent en insécurité permanente, elle perd des kilos et s'enferme dans sa souffrance. Elle n'a plus la force de s'occuper de ses enfants et se lève "presque comme un zombie" précise Pierrick son époux, pour aller au travail, parce qu'il faut bien aller au travail. Oui mais voilà, dix jours plus tard, elle fait un malaise. Sa responsable appelle les urgences psy de Poitiers. Après une première consultation avec un infirmier psy, le diagnostic tombe : choc post-traumatique. 

Une thérapie EMDR

Dans son malheur, la Poitevine d'adoption, a de la chance : le centre de psychotraumatologie vient juste d'ouvrir à l'hopital Laborit de Poitiers. Elle est prise en charge sur place. Débute un long processus de travail sur soi. Gwendoline suit des séances d'EMDR (de l'anglais "Eye Movement Desensitization and Reprocessing") c'est-à-dire une thérapie qui aide à la désensibilisation des traumatismes anciens et à leur retraitement par des mouvements oculaires. Aux États-Unis, la méthode a fait ses preuves auprès des vétérans de la guerre du Vietnam. 

Protéger les autres victimes éventuelles

Décembre 2019, nouvelle étape. La reconstruction passe par la reconnaissance du préjudice et du statut de victime. Juste avant la prescription des faits fixée légalement à 30 ans après la majorité, Gwendoline va déposer plainte. Son mari tient absolument à l'accompagner : "Elle tremblait comme une feuille, elle avait le souffle court et du mal à parler. J'imagine qu'elle se sentait sale aussi." 

Pierrick est fier que sa femme ait eu le courage de franchir le pas. Il sait que c'est dur. Il le lâche dans un soupir.  

"C'est dur parce que plusieurs années après il n'y a plus de preuves, on ne peut plus faire de prélèvements, c'est parole contre parole. Et on sait que la justice a besoin de preuves" — le mari de Gwendoline

Alors, Gwendoline s'efforce de se souvenir. "Pour protéger les autres victimes potentielles." Son agresseur a trois enfants. Leur a t-il fait subir la même chose ? Cette question la taraude. Alors, elle creuse sa mémoire. Les dates, les lieux. Elle avait 7 ans la première fois. Lui, 6-8 ans de plus. "Heureusement, la police de Poitiers nous a bien reçu", raconte le couple. On a été entendus, on a été conseillés, respectés. Aujourd'hui, l'enquête se poursuit, dans un autre département, dans le sud de la France. Il y a plus de 500 kilomètres entre la victime et son bourreau. 

Une association pour aider à libérer la parole

Sur le chemin de la reconstruction, les Grabowski ont eu du mal à trouver de l'aide auprès de structures dans leur département d'adoption. Pas facile de s'y retrouver, de savoir à quelle porte frapper. Alors, ils ont monté leur propre association en février 2020. L'association Enfance V(i)olée met volontairement le i entre parenthèse pour rappeler combien on peut voler l'insouciance d'un enfant en le soumettant à des actes sexuels réservés à des adultes. L'association a pour but d'informer les victimes et de les orienter le cas échéant vers des professionnels. 

Des besoins juridiques

Entre deux confinements Covid, Gwendoline a également pu organiser un groupe de paroles avec cinq victimes d'inceste, ses démarches ont même aidé l'une d'elles à faire avancer son dossier judiciaire. Mais l'association, qui regroupe deux infirmiers psy, a besoin d'une aide juridique. Car les victimes s'interrogent beaucoup sur les procédures à suivre, les démarches. Aujourd'hui, en tant que présidente d'Enfance V(i)olée, espère que le mouvement créé par le hashtag sur Twitter #MeTooIncest, le livre de Camille Kouchner La familia grande et la plainte de "Victor" Kouchner contre son beau-père le politologue Olivier Duhamel, vont faire bouger les choses et contribuer à sensibiliser à la question de l'inceste en France, un tabou qui touche pourtant un Français sur dix. 

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Enfance en danger © Radio France
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