Migrants à Calais : un "sas" de "mise à l'abri" de 300 places annoncé par le médiateur Didier Leschi
Un "sas" de "mise à l'abri" permettant d'accueillir temporairement 300 migrants la nuit va être créé à Calais, a annoncé ce mercredi 3 novembre le médiateur du gouvernement Didier Leschi, qui était également l'invité de la matinale de France Bleu Nord, au lendemain de sa visite houleuse à Calais.

À Calais, un "sas" de "mise à l'abri" permettant d'accueillir temporairement 300 migrants la nuit va être créé, a annoncé ce mercredi 3 novembre le médiateur du gouvernement Didier Leschi, directeur de l'Ofii (Office français de l'immigration et de l'intégration), qui était également l'invité de la matinale de France Bleu Nord ce mercredi, alors que trois militants dont un prêtre entament leur 24e jour de grève de la faim pour dénoncer les expulsions et les traitements réservés aux migrants.
Ce "sas d'hébergement de nuit sera ouvert tous les jours après les évacuations", a expliqué le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Les personnes qui s'y rendront chaque soir "seront orientées vers les hébergements pérennes en dehors de Calais" le lendemain matin, a-t-il précisé. Cette structure doit permettre de tenir les promesses déjà avancées par l'État, qui s'est engagé mardi à proposer "systématiquement" un hébergement aux migrants délogés de leurs campements de fortune à Calais, ce qui implique d'augmenter le parc d'hébergement de "plusieurs centaines de places", essentiellement dans le Pas-de-Calais et les Hauts-de-France.
Les propositions du médiateur sont toujours jugées insuffisantes par les trois militants associatifs qui observent une grève de la faim depuis 24 jours ce mercredi pour dénoncer le traitement réservé aux migrants à Calais. Le visite du médiateur du mardi 2 novembre a été assez tendue, avec une trentaine de manifestants qui ont interpellé et hué Didier Leschi. Le dialogue n'est pas simple entre les acteurs de terrain et le médiateur mais celui-ci nuance le propos : "Il faut faire la part entre un petit groupe de manifestants, parfois un peu infantile, et les grévistes de la faim. La situation à Calais est une situation complexe, le fait que Calais soit en face de l'Angleterre amène à réfléchir à des solutions qui, d'un côté, prennent en compte la situation des personnes migrantes, mais qui, de l'autre côté, évitent la reconstitution de la 'lande' de Calais telle qu'on l'a connue."
Didier Leschi rappelle que les interlocuteurs sur le terrain sont multiples : "Parmi les associations, il y a Utopia 56, le Secours catholique, des associations d'origine anglaise. En tout, 7, 8 associations sont là, ainsi que les grévistes de la faim. Cela rajoute à la difficulté du dialogue, mais je pense qu'il faut aller au-delà de la difficulté du dialogue. L'essentiel, c'est de faire des propositions qui améliorent la situation concrète des personnes. Je rappelle que la proposition, c'est l'hébergement systématique des personnes qui sont à la rue. Cet hébergement systématique ne peut pas se faire dans Calais même, mais se fait et se fera dans le Pas-de-Calais et dans la région. Je rappelle que tous les matins, il y a des navettes qui sont organisées pour emmener les personnes se doucher et qu'il y a des distributions de repas tous les jours pour permettre aux personnes d'être alimentées. L'État subventionne à Calais même plus d'une centaine d'emplois associatifs pour l'accueil des migrants."
Sur le regroupement des migrants à Calais pour traverser la Manche, Didier Leschi admet que Calais est un point de convergence, mais que les migrants qui souhaitent rester dehors ne peuvent avoir gain de cause : "Je ne pense pas qu'il y ait un droit légitime à s'installer où on veut, quand on veut, en particulier, dès lors que l'État vous propose des hébergements. Partout en France, c'est l'inverse qui se fait. Et comme me l'ont dit certaines associations hier mardi, il y aurait un 'droit' à rester dehors parce qu'on a envie d'être là, pour pouvoir rester à portée de main des passeurs."
Le gros changement, martèle Didier Leschi, c'est la question des effets personnels des migrants : "Ces démantèlements qui sont placés sous l'autorité du procureur de la République, il faut qu'ils changent sur un point précis qui fait polémique, c'est celui des effets personnels des personnes. Il faut qu'elles aient la possibilité de récupérer leurs effets personnels avant les opérations de mise à l'abri. Pour cela, il faut qu'elles soient prévenues la veille ou l'avant-veille du moment précis où se fera cette opération et qu'avant qu'elles soient concrètement réalisées, elles ont un temps, je propose trois quarts d'heure pour récupérer leurs effets personnels, y compris les tentes s'ils le souhaitent. Le message est déjà passé aux forces de l'ordre et il y aura en plus des maraudes sociales avec des agents de l'Ofii et des personnels associatifs pour prévenir les personnes. Mais le message sera passé puisque les préconisations que je fais, elles vont être mises en place et je pense que c'est important de les mettre en place pour bien comprendre où se situe le point de blocage. Le point de blocage est de savoir si, à Calais, on laisse des campements informels se mettre en place, au risque de les voir grossir et se reconstituer."
Didier Leschi compte rester encore à Calais et face aux grévistes de la faim, sa position est mitigée : "Je vais de nouveau être à Calais pour bien vérifier que les choses se mettent en place. Ça me semble important de faire cette démonstration qu'il y a bien une avancée, à partir des revendications des trois grévistes de la faim. En ce qui concerne les grévistes de la faim, je suis comme tout le monde : dans l'inquiétude et j'espère que le sentiment de la vie va l'emporter, par rapport à des tendances qui peuvent être mortifères, en tout cas, qui ne sont pas constructives. Je crois qu'il faut prendre en compte ce qui est acquis et ne pas occulter la complexité de Calais que nous connaissons tous. Il y a un sujet avec l'Angleterre. Mais le débat actuellement, que vous pouvez vous même donner dans vos informations par rapport à la pêche, montre bien qu'on ne va pas faire fi de ce qui se passe en Angleterre et on ne peut pas faire comme si cela, ça n'existait pas comme difficultés."