Société

Migrants : à Corbie dans la Somme, Brigitte a accueilli une famille tchétchène pendant plus d'un an

Par Marie Mutricy, France Bleu Picardie lundi 7 septembre 2015 à 10:52

Le village de Corbie dans la Somme
Le village de Corbie dans la Somme © Max PPP - Frédéric Douchet

La semaine dernière, la photo d'un petit garçon kurde mort sur une plage turque a fait le tour du monde, relançant la question de l'accueil des migrants en Europe. Mais en 2013, Brigitte, institutrice à Corbie dans la Somme, avait ouvert sa porte à une famille tchétchène à la rue.

Accueillir des migrants chez soi, c'est possible. C'est l'expérience qu'a vécu Brigitte pendant plus d'un an et demi. Une grand-mère tchétchène, une maman et ses trois enfants scolarisés à Corbie dans la Somme ont vécu chez elle. Pour le premier semestre 2015, il y a eu un peu moins de 400 demandes d'asile déposées en Picardie. Elles sont en majorité rejetées.

Brigitte, une institutrice solidaire

En 2013, la famille tchétchène se retrouve à la rue

L'une des fillettes de cette famille tchétchène est scolarisée dans la classe de Brigitte, institutrice à Corbie. "Un soir, je retrouve la maman en larmes, devant l'école. Elle me raconte qu'elle est à la rue. Je ne pouvais pas dormir chez moi en me disant 'il y a trois gamines, la maman et la grand-mère à la rue. Alors je leur ai dit, venez chez moi."

L'expérience devait durer 2 ou 3 mois. La famille restera 16 mois. Auparavant, ces personnes étaient hébergées par le Samu social. Mais leur demande d'asile refusée, elles se sont retrouvées dehors.

La cohabitation s'organise

Alors évidemment, tout ne s'est pas fait facilement, raconte Brigitte : "C'est une expérience riche. C'est vrai qu'au bout de 16 mois, il y a des choses plus difficiles que d'autres. Par exemple, c'est une famille musulmane, donc pour les repas, parfois c'est compliqué". 

La famille a des bons alimentaires, pour les courses, mais le papier-toilette, les habits coûtent chers. Brigitte poste une demande d'aide sur Facebook. Une chaîne de solidarité s'organise. Tous les mois, elle reçoit lessives, habits pour les enfants et des amis viennent même l'aider à aménager son habitation pour que la cohabitation se fasse plus facilement.

Les migrants : "une richesse" pour Brigitte

Alors peut-on accueillir plus et mieux les migrants ? "Je pense qu'il y a de la place, répond Brigitte, et je pense que ces gens ont quelque chose à apporter". La maman tchétchène est médecin. Si sa demande d'asile est enfin acceptée, elle pourra commencer à faire traduire ses diplômes et faire les démarches pour exercer en France.

Environ 400 demandes d'asile en Picardie

La Picardie ne recueille pas de très nombreux migrants. C'est à peu près toujours le même chiffre selon Sylvette Chevalier, responsable locale de la Cimade, qui accompagne et propose une aide juridique aux exilés. "Ils sont à peu près 400 à déposer une demande d'asile en Picardie (à la Préfecture de Beauvais), ce semestre. En majorité ce sont des Congolais de la République Démocratique du Congo qui demandent l'asile. Et en majorité les demandes sont déboutées". 

Sylvette Chevalier, la présidente de la Cimade à Amiens