Société

Les policiers expriment leur malaise dans la rue ce mercredi

Par Julie Guesdon, France Bleu mercredi 14 octobre 2015 à 3:00 Mis à jour le mercredi 14 octobre 2015 à 12:42

Des officiers de police - Illustration
Des officiers de police - Illustration © Fotolia

Les syndicats de police se rassembleront ce mercredi pour une manifestation rarissime contre leurs conditions de travail. Ils seront reçus "la semaine prochaine" par François Hollande à l'Elysée, ainsi que les syndicats de la Justice.

"Nous ne gagnerons rien à opposer la grande maison qui est la nôtre à d'autres institutions", a affirmé le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve mardi lors d'un discours à l'Ecole militaire à Paris, citant "l'opposition entre la police et la justice"

Mobilisation rarissime des policiers

Il a évoqué à demi-mots, sans jamais le nommer, le rassemblement prévu ce mercredi par tous les syndicats de police sous les fenêtres de la garde des Sceaux Christiane Taubira, et dans d'autres villes de France devant les palais de Justice, comme ici à Bordeaux, où la mobilisation a commencé à la mi-journée :

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Cette manifestation - rarissime, la précédente manifestation place Vendôme remontant à 1983 - fait suite à la fusillade en Seine-Saint-Denis au cours de laquelle un policier a été très grièvement blessé la semaine passée par un malfaiteur en cavale et fiché, un individu qui avait réussi à s'éclipser pendant une permanence qui lui avait été accordée. 

Police contre justice ?

Syndicats de police et droite ont mis en cause le système actuel des permissions en prison. "On n'est pas là pour stigmatiser la justice, on est là pour dire que le travail des policiers est anéanti parfois par certaines décisions", expliquait mercredi matin sur France Bleu Gironde Olivier Houreau, secrétaire régional du syndicat Alliance. Même point de vue pour son homologue dans le grand est, Fabrice Poli, qui expliquait ce mercredi sur France Bleu Champagne-Ardenne que, pour les policiers, "la réforme pénale génère un sentiment de laxisme". 

"Je comprends l'émotion des policiers vis-à-vis de leur collègue", a déclaré Jean-Christophe Michard, substitut du procureur à Roanne, sur France Bleu Saint-Etienne Loire, tout en rappelant que "policiers, gendarmes et magistrats concourent tous à l'application de la loi". Mme Taubira a précisé lundi qu'elle était prête à recevoir les représentants syndicaux policiers à l'issue du rassemblement, et à envisager une modernisation du système des permissions. 

Quant à François Hollande, il recevra les syndicats des deux parties, police et justice, "la semaine prochaine", a annoncé le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll mercredi midi. 

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Le ministre de l'Intérieur a aussi tenté de rassurer les forces de l'ordre, à qui il a fixé sa traditionnelle feuille de route mardi, alors qu'elles se disent "épuisées" par la lutte antiterroriste et la crise migratoire. "Il faut éviter les emportements et les amalgames et toutes propositions qui affaiblissent la relation entre la police et la justice", a insisté M. Cazeneuve. "Je ne peux accepter que des policiers et des gendarmes puissent être atteints par des personnes qui devaient être en prison", a-t-il dit dans un discours de plus d'une heure sans notes. 

"A chaque fois qu'un policier ou un gendarme est outragé, une grande sévérité s'impose", a estimé le ministre pesant chaque mot, un exercice d'équilibriste toujours difficile pour tout "premier flic de France". "Il y a eu un dysfonctionnement mais il faut faire preuve de fermeté et de responsabilité. Je n'ai aucun doute sur le fait que cette exigence sera la vôtre, y compris dans ce que vous avez au fond du coeur", a-t-il lancé aux forces de l'ordre. 

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Une feuille de route marquée par la lutte contre le terrorisme et l'afflux de migrants

M. Cazeneuve a ensuite déroulé une feuille de route généraliste marquée cependant par la lutte contre le terrorisme et l'afflux de migrants. Sur le premier point, il a insisté sur les plans et moyens déployés face à un "niveau de menace très élevé", avec plus de 1.400 postes progressivement créés principalement pour le Renseignement. 

"Il y a 1.800" Français "concernés de près ou de loin par des actes terroristes" dont 520 qui sont en Irak ou en Syrie et, parmi eux, 183 femmes et 16 mineurs, a énuméré M. Cazeneuve. Et 157 dossiers judiciaires visant 900 personnes.

 Sur la "pression migratoire inédite", il y a des "résultats", selon lui. Plus de 17.000 reconduites à la frontière auront été effectuées en 2015, contre 15.523 l'an dernier et, en 2011 - un chiffre "au plus bas" - 12.054, a-t-il souligné épinglant le bilan sous la présidence de Nicolas Sarkozy. 

M. Cazeneuve a par ailleurs annoncé "un plan complet et global contre le trafic des armes" et s'est félicité à plusieurs reprises des résultats "positifs" dans la lutte contre la délinquance et des créations de postes par le gouvernement qu'il oppose aux 13.000 emplois "supprimés" sous la présidence Sarkozy. 

Il a précisé que plus de 1.100 véhicules, près de 5.000 gilets pare-balles et plus de 3.000 armes seraient remis progressivement aux forces de l'ordre, qui les attendent. Et promis, sans en préciser le détail, de nouveaux redéploiements police/gendarmerie, un sujet de crispation pour les élus de province ne voulant pas perdre leurs commissariat ou brigade de gendarmerie.