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Société

Montreuil : deux mois après leur expulsion de l'AFPA, les "Bara" dénoncent leurs conditions de vie "indignes"

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Paris

Fin octobre, des centaines de travailleurs sans-papiers ont été expulsés des locaux de l'AFPA à Montreuil (Seine-Saint-Denis), réquisitionnés un an plus tôt par le maire de la ville. Depuis, certains ont trouvé refuge dans un hangar désaffecté où leurs conditions de vie sont plus que précaires.

Des centaines de sans-papiers vivent dans ce hangar désaffecté à Montreuil
Des centaines de sans-papiers vivent dans ce hangar désaffecté à Montreuil © Radio France - Hajera Mohammad

Montreuil, France

"On a pas d'eau chaude, pas de chauffage et pas assez de toilettes !", résume Oumar. Ce malien est le doyen des Bara. Le surnom donné à ces travailleurs sans-papiers qui ont été expulsés fin octobre, à deux jours de la trêve hivernale, des locaux de l'AFPA à Montreuil en Seine-Saint-Denis.

Près de 300 personnes vivent dans un hangar désaffecté

L'an dernier, avec des centaines d'autres hommes, Oumar vivait encore dans un foyer de la rue Bara où les conditions de vie n'étaient pas dignes et la sécurité plus du tout assurée selon le maire. Patrice Bessac (PCF) avait alors décidé de réquisitionner les locaux vides de l'AFPA pour y loger les Bara. L'opération avait largement été médiatisée. Mais un an plus tard, c'est la désillusion pour plusieurs centaines d'entre eux. Ils sont de nouveaux expulsés le 29 octobre dernier.

Si certains (surtout les Bara de la première heure et qui avaient un bail) ont été relogés dans des modulaires rue Brulefer, d'autres se sont retrouvés sans aucune solution de relogement, à la rue. Finalement, ils sont 278 à avoir trouvé refuge rue Stalingrad, dans un hangar désaffecté.

Des centaines d'hommes vivent dans ce hangar désaffecté de Montreuil  - Radio France
Des centaines d'hommes vivent dans ce hangar désaffecté de Montreuil © Radio France - Hajera Mohammad

Six toilettes seulement

La mairie a rapidement déployé sur place des lits superposés, des couvertures, un micro-ondes. Mais les conditions de vie restent malgré tout "indignes" selon Oumar. 'Nous n'avons qu'un seul évier pour presque 300 personnes, sans eau chaude. Pour se doucher, on fait chauffer de l'eau dans la bouilloire et on utilise un seau", explique-t-il.

Des centaines d'hommes vivent dans ce hangar désaffecté de Montreuil  - Radio France
Des centaines d'hommes vivent dans ce hangar désaffecté de Montreuil © Radio France - Hajera Mohammad
Des centaines d'hommes vivent dans ce hangar désaffecté de Montreuil  - Radio France
Des centaines d'hommes vivent dans ce hangar désaffecté de Montreuil © Radio France - Hajera Mohammad

"Certains sont malades"

Dans la pièce principale, l'humidité rend l'atmosphère lourde. Les douches, personne ne les utilise, car l'eau fuit vers les lits. Diakité, lui, craint le manque d'hygiène : "Avec seulement six toilettes, imagine si quelqu'un a la diarrhée par exemple ?! Six toilettes pour autant de monde, ce n'est pas possible !" D'ailleurs, le jeune homme, nous raconte que plusieurs personnes sont tombées malades. 

Il n'y a que six toilettes dont quatre à l'extérieur pour près de 300 personnes sur place - Radio France
Il n'y a que six toilettes dont quatre à l'extérieur pour près de 300 personnes sur place © Radio France - Hajera Mohammad

Pour Oumar, le pire ce sont surtout les autres pièces, "les cellules" comme il les surnomme : ces petites salles sans fenêtre où les lits superposés sont collés les uns aux autres. Il pousse une porte pour nous montrer : "Regarde ! Douze lits dans cette pièce sans fenêtres... même les prisonniers ont une fenêtre dans leur cellule!" Beaucoup ne cachent pas leur déception et disent se sentir "abandonnés" par la mairie. Pour le jeune Moussa, il n'y a pas photo : "On était mieux au foyer Bara".

Deux mois après leur expulsion de l'AFPA, les "Bara" de Montreuil dénoncent leurs conditions de vie "indignes"

"Le maire est allé trop vite" ?

Selon certains opposants au maire, ce dernier a agi trop vite. Pour Murielle Mazé, conseillère municipale et candidate aux prochaines élections municipales (Modem-Soyons Libres-LREM), Patrice Bessac, a voulu faire un "coup de com" il y a un an avec cette réquisition et ce sont ces hommes qui en payent le prix aujourd'hui. "On savait très bien qu'en occupant un bâtiment de l'État, ils seraient expulsés... On ne peut pas tout utiliser pour faire de la communication et _on ne peut pas jouer sur la misère humaine"_, affirme-t-elle.

"On ne peut pas jouer sur la misère humaine" - Murielle Mazé, conseillère municipale d'opposition

La mairie dénonce l'inaction de l'État

Pour Halima Menhoudj, adjointe au maire chargée des questions liées à l'Europe et aux  populations migrantes, la critique est facile. "Nos opposants se sont intéressés au sujet des sans-papiers, seulement à cette étape". L'élue renvoie l'État à ses responsabilités : "Il y a des migrants, des demandeurs d'asile qui n'étaient toujours pas pris en charge l'été dernier... il y a une défaillance totale et ça retombe ensuite sur la ville".

"La question des sans-papiers, c'est une difficulté nationale" - Halima Menhoudj, adjointe au maire

Des travaux dans les prochains jours

Halima Menhoudj affirme que la mairie a pris en compte les problèmes de chauffage et d'eau. "Des travaux seront menés début janvier avec notamment l'aide de la Fondation des Architectes de l'urgence" pour tenter d'améliorer les conditions de vie sur place. Mais pour les Bara qui sont sur place, il n'y a qu'une solution à long terme, leur régularisation. "Avec des papiers, on peut avoir un logement digne", répète Oumar.

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