Société

Un groupuscule pour la légalisation du viol renonce à manifester

Par Typhaine Morin, France Bleu Paris Région, France Bleu Loire Océan et France Bleu jeudi 4 février 2016 à 19:06

Une manifestation contre les violences faites aux femmes
Une manifestation contre les violences faites aux femmes © Maxppp

Face aux protestations qui commençaient à monter, Roosh V, le leader d'un mouvement masculiniste pro-viol, a décidé ce jeudi d'annuler les deux manifestations qu'il organisait en France, à Nantes et Paris ce samedi. La secrétaire d'État chargée des Droits des Femmes s'en est félicitée sur Twitter.

L'appel au rassemblement dans 43 pays est finalement annulé. Roosh V, le leader américain d'un mouvement masculiniste, appelait sur son site internet à manifester dans 43 pays ce samedi 6 février à 20h. En France, deux villes étaient prévues pour ces rassemblements : Nantes et Paris. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses féministes ont demandé aux pouvoirs publics de faire annuler ces rencontres. Finalement, Roosh V a annulé l'événement, et la secrétaire d'Etat aux Droits des Femmes, Pascale Boistard, indique a postériori sur Twitter qu'un tel rassemblement n'était de toute façon pas envisageable. 

Car il faut dire que le discours de Roosh V, relativement confidentiel en France, est franchement illégal. Sur son site internet, Daryush Valizadeh (de son vrai nom) propose de légaliser le viol. Dans un article intitulé "Comment mettre un terme au viol", il explique : "En essayant d'apprendre aux hommes qu'il ne faut pas violer, nous avons en fait appris aux femmes à ne pas craindre d'être violées, à ne pas se protéger de ces actes prévisibles et à ne pas assumer la responsabilité de leurs actes. (...) J'ai réfléchi à tout cela et j'ai la solution : légaliser le viol lorsqu'il est commis sur une propriété privée. Je propose que le fait de prendre violemment une femme ne soit pas punissable par la loi tant que cela se passe en dehors de l'espace public."

Veille des réseaux sociaux

Le secrétariat des Droits des Femmes explique avoir été en contact avec le ministère de l'Intérieur et les préfectures de Nantes et Paris depuis plusieurs jours pour faire en sorte que ces manifestations n'aient pas lieu. "Nous exerçons une vigilance et une veille sur les réseaux sociaux, a précisé le cabinet de Pascale Boistard. Et ces mouvements [masculinistes] sont plus visibles à l'étranger et en particulier dans les pays anglo-saxons."

Au Canada par exemple, et au Québec particulièrement, le masculinisme est un mouvement plus ancien. Le masculiniste le plus connu au Québec est Marc Lépine. Le 6 décembre 1989, cet homme de 25 ans était entré dans l'école Polytechnique de Montréal et avait tiré sur 28 personnes et tué 14 d'entre elles, dont 10 femmes. Les femmes étaient expressément visées par le tireur, qui avait expliqué à ses victimes : "Vous êtes des femmes, vous allez devenir ingénieures. Vous n'êtes toutes qu'un tas de féministes, je vous hais.

Anti-féminisme

Le masculinisme est un anti-féminisme. Ce terme a fait son entrée en France dans le Petit Robert en 2015, et désigne un "ensemble de revendications cherchant à promouvoir les droits des hommes et leurs intérêts dans la société". En France, SOS Papa, qui défend le droit des pères, et le collectif La Grue jaune, à Nantes, qui milite pour l'égalité parentale, sont associés à la mouvance masculiniste, expliquent le secrétariat aux Droits des Femmes et Éloïse Bouton. Mais le mouvement de Roosh V, un Américain, a une parole "décomplexée" à l'égard des femmes et de leur place dans la société. Et surtout, en promouvant la légalisation du viol, il fait l'apologie d'un crime, ce qui est un délit puni par la loi.  

Au Canada, plusieurs maires se sont fermement opposés à la venue de cet homme ou à des rassemblements dans leur ville. À Montréal, Calgary, Ottawa ou Toronto, la position des édiles a été claire. 

Ne pas donner de tribune

Alors pourquoi cette prudence en France à interdire cette manifestation à Nantes et à Paris ? Pour Eloïse Bouton, journaliste, féministe et ex-Femen, les autorités, avec qui elle était en contact depuis plusieurs jours, sont "mal à l'aise avec ce type de mouvements. Elles ne souhaitent pas leur donner une tribune", explique Eloïse Bouton. En France, Roosh V est connu depuis 2012 des féministes et sur internet, les mouvements masculinistes sont très actifs sur les réseaux sociaux. Il suffit de taper quelques mots-clés pour s'en rendre compte. 

Finalement, ces deux rassemblements ont été annulés par Roosh V, du moins officiellement. Car à lire les modalités d'organisation de ces rassemblements, on peut douter de sa sincérité. "Pour se faire connaître auprès des autres sympathisants, écrit Roosh V sur son site, posez cette question à un homme si vous pensez qu'il participe au rassemblement : 'Vous savez où je peux trouver une animalerie ?' Si la réponse est 'Oui, juste ici', vous pouvez vous présenter et obtenir les détails du rassemblement. Si votre interlocuteur a l'air de ne pas comprendre, vous n'êtes pas au bon endroit." Ou pas. 

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