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Nantes : le cri de colère d'une infirmière sur la situation dans les maisons de retraite

Par Antoine Denéchère, France Bleu Loire Océan et France Bleu mercredi 19 avril 2017 à 15:45 Mis à jour le mercredi 19 avril 2017 à 15:46

Dans une maison de retraite
Dans une maison de retraite © Maxppp - Alex Baillaud

Elle s'appelle Alexandra, elle est infirmière coordonnatrice en EHPAD (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) à Nantes : elle lance sur France Bleu "un cri de révolte, un SOS mêlant colères, frustrations, honte, douleurs et regrets", à quelques jours de la présidentielle.

Alexandra préfère rester anonyme. Elle a contacté France Bleu Loire Océan pour publier une tribune dénonçant les conditions de travail des personnels dans son EHPAD, comme dans la plupart des établissements en France, ainsi que les conditions d'accueil des personnes âgées. Car cette infirmière coordonnatrice n'en peut plus et veut "crier" publiquement sa colère et son désarroi face à un "quotidien inacceptable" dans les maisons de retraite. Alexandra était au micro de France Bleu Loire Océan ce mercredi matin.

Nous publions des extraits de la tribune d'Alexandra ci-dessous. Il s'agit d'un point de vue, et en aucun cas France Bleu Loire Océan n'affirme que la réalité décrite par Alexandra est celle de toutes les maisons de retraite, ni même de la majorité des établissements. Nous souhaitons simplement alimenter le débat sur la situation des "seniors" dans la société française.

"Nous ne pouvons même plus accorder le temps nécessaire à certains soins primaires"

Ceci est un cri de révolte, un SOS mêlant colères, frustrations, honte, douleurs et regrets. D’abord un cri au nom de nos très vieux silencieux, atterris en maison de retraite, (...). C’est aussi le cri de familles épuisées et inquiètes, contraintes de nous les confier dans leurs dernières années, mois, semaines ou journées de vies bien remplies, avec leurs lots de joies et de peines, de coups durs ou de coups de chance. Ceci est le cri de colère des soignants et de tous les professionnels qui accompagnent nos vieillards dans leur dernier bout de chemin parfois tellement dur à traverser entre handicaps et pertes avant de passer à l’après inconnu. C’est aussi dire la résignation de directions obligées de demander toujours plus aux professionnels qu’ils doivent manager. (...) La résignation de ces directions contraintes d’avouer aux familles que nous ne pouvons même plus accorder le temps nécessaire à certains soins primaires ou/et aux multiples petites attentions basiques et légitimes du quotidien que réclameraient nos très vieux et leurs familles.

"Les repas sont donnés au lance-pierre ou à demi froids"

Les toilettes se font à la chaîne, sollicitant physiquement soignants et vieillards, à des cadences de plus en plus soutenues et au mépris de la dignité des uns (les résidents) comme des autres (les soignants). Les mises aux toilettes se font plus rares par manque de temps (...). Les repas sont donnés au lance pierre ou morcelés à demi froids car il a fallu servir plusieurs personnes à la fois. (...)

"Notre société veut-elle encore respecter les personnes âgées ?"

Et pourtant ceci est un cri d’espoir : nos vieillards sont extraordinaires ! (...) Ça mérite un peu d’attention, de temps d’écoute et de sollicitude. Ça prend des mois des semaines, des jours et des nuits d’angoisse pour y arriver après tout ce lot de vie passée. Ceci est également un cri d’espoir car les professionnels, soignants ou non, sont d’une sensibilité et d’une patience incroyable, d’une bienveillance quotidienne et d’une envie de prendre soin, de rendre service, d’écouter ou de soulager exemplaire. Les questionnements éthiques sont quotidiens … Les fous rires ou les écœurements animent aussi la vie de nos maisons, les coups durs soudent mais fatiguent. A vrai dire nous le sommes tous, "vieux", familles, soignants ou directions, fatigués. Notre société voit sa proportion de trésor de vieillesse augmenter. Veut- elle encore seulement les respecter ? (...)

  - Aucun(e)

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