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Société

Nantes : Esther Senot, rescapée d'Auschwitz, captive les lycéens pendant deux heures

jeudi 11 janvier 2018 à 19:12 Par Antoine Denéchère, France Bleu Loire Océan et France Bleu

A 90 ans, Esther Senot parcourt la France pour raconter son histoire, celle d'une jeune fille juive déportée à Auschwitz en 1943. Elle y a connu l'horreur, le froid, la faim, les privations et brimades. Cette rescapée de la Shoah était à Nantes ce jeudi devant des lycéens attentifs, voire émus.

Conférence d'Esther Senot au lycée Clemenceau, à Nantes, jeudi 11 janvier 2018
Conférence d'Esther Senot au lycée Clemenceau, à Nantes, jeudi 11 janvier 2018 © Radio France - Antoine Denéchère

Nantes, France

Grand moment jeudi après-midi pour environ 170 élèves du lycée Clemenceau à Nantes : ils ont pu assister à plus de deux heures de conférence donnée par Esther Senot. Cette dame de 90 ans, rescapée de la Shoah, est venue leur raconter sa déportation dans les camps nazis à partir de juillet 1943 et jusqu'en juillet 1945, principalement dans le camp d'Auschwitz-Birkenau, pendant la seconde guerre mondiale. Elle était invitée à l'initiative de plusieurs enseignants d'histoire-géographie du lycée.  

Esther Senot raconte l'enfer, vécu il y a 75 ans

D'une voix énergique, Esther Senot a parlé de sa famille, raflée parce que juive, quartier Belleville à Paris en juillet 1942, puis sa propre déportation, après un an d'errance, dans un wagon à bestiaux à l'âge de 15 ans, depuis Drancy jusqu'à Auschwitz-Birkenau : "quand les portes du camp se sont ouvertes, c'était vraiment l'enfer, les crématoires brûlaient jour et nuit. il y avait cette fumée, ces odeurs, et ces cadavres. Les chiens des allemands couraient après de squelettes."

Esther Senot, au lycée Clemenceau à Nantes - Radio France
Esther Senot, au lycée Clemenceau à Nantes © Radio France - Antoine Denéchère

Rasée, tatouée avec le matricule 58319 - numéro qu'elle prononce devant les lycéens nantais en allemand et en polonais - Esther Senot vit l'horreur, la promiscuité, la faim, le froid, les travaux forcés, les morts qu'il faut évacuer chaque jour. En juillet 1945, alors internée à Mathausen, en Autriche, le camp est libéré par les Américains. Elle pèse seulement 32 kilos et revient en France.  Sur les 17 membres de sa famille déportés, Esther Senot est la seule survivante : "j'en voulais  à l'humanité entière, et les gens ne s'imaginent pas la façon dont on a été reçus. En France, il y a eu 76 000 juifs déportés, et on est revenus à 2500 à l'époque. On a pratiquement été culpabilisés et j'ai entendu des gens me demander ce qu'on avait fait, nous, pour pouvoir rentrer." Esther Senot raconte sa longue dépression, sa tentative de suicide ("à l'époque, il n'y avait pas de cellules psychologiques pour nous !"), "l'indifférence générale" (ce sont ses mots) envers le sort des juifs dans une France en reconstruction , les difficultés à s'insérer dans la vie active...

Dans la salle de conférences du lycée Clemenceau, la conférence d'Esther Senot s'est déroulée dans le silence pendant deux heures. Certains sortent les yeux rougis, visiblement émus. Aucun ne semble indifférent. Marouane, élève de Première, explique : "on étudie ces faits à travers des livres, mais quand on a un témoignage en face, c'est affreux, ça nous touche beaucoup". Louise, elle, se dit "marquée par l'indifférence qu'elle a vécu après l'enfer qu'elle a vécue. Que des gens puissent nier ce qui s'est passé, je ne comprends pas."

Esther Senot raconte son retour en France, en 1945, après deux ans dans les camps nazis