Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Société

PHOTOS - Fontainebleau : un collectif dénonce les conditions de vie indignes dans un EHPAD de l'hôpital

-
Par , France Bleu Paris, France Bleu

À Fontainebleau (77) le DREF, un collectif pour défendre les résidents de l’EHPAD du centre hospitalier s'est créé. Il regroupe des familles choquées par le traitement fait à leurs proches. Pour elles, le manque de personnel entraîne une maltraitance des résidents, des personnels et des familles.

Maryvonne, Monique, Danielle, Max, Patrick du DREF
Maryvonne, Monique, Danielle, Max, Patrick du DREF © Radio France - Isabelle Piroux

Fontainebleau, France

Non aux conditions de vie indignes. C'est le message du collectif pour la défense des 240 résidents de l'EHPAD du centre hospitalier de Fontainebleau.

"Ce n'est pas de gaieté de cœur qu'on les place, on ne peut pas faire autrement, on n'a pas d'autres choix que de les mettre en institution". Monique Sonnentrucker s'excuserait presque d'avoir mis son mari atteint d'une forme d'Alzheimer en EHPAD.  Depuis maintenant 6 ans, il a connu les établissements privés et depuis un an et demi, il est résident de l'EHPAD de l'Hôpital sud-francilien de Fontainebleau. 

Ce choix est plus supportable pour ses finances, elle dépense 1.200 euros de moins par mois, mais il est très difficile à vivre. "Le manque de personnel  engendre de la maltraitance presque quotidiennement et un non-respect de la dignité des pensionnaires", affirme l'une des fondatrices du DREF, le collectif de défense des résidents de l'EHPAD de Fontainebleau. Le collectif a été monté par quelques familles de résidents et ces familles constatent que, depuis un an et demi, la situation s'aggrave. 

"Malgré nos remontées au Conseil de la Vie sociale, obligatoire dans les EHPAD pour apporter des améliorations aux conditions de vie des résidents, la situation se dégrade", se désole Maryvonne Sanson dont le mari est dans cet établissement depuis deux ans.

Tous les membres du collectif ont des détails sordides ou avilissants à raconter

Patrick par exemple a son père de 95 ans dans cet EHPAD depuis un an et demi. "On a constaté que mon père n'avait pas pris de douches pendant un mois et demi. On a fait des photos de ses pieds qui étaient dans un état lamentable. Il s'est cassé la clavicule, on ne lui mettait pas ou mal l'écharpe de soutien de son bras, il souffrait c'était horrible"

Sa mère, qui a 90 ans, a d'ailleurs pris une vidéo et des photos pour dénoncer le sort fait à son mari. Et tous les deux se relaient pour ne jamais le laisser seul, car ils n'ont pas confiance. 

Le pied pas lavé d'un résident de l'EHPAD - Aucun(e)
Le pied pas lavé d'un résident de l'EHPAD - DREF
Photo d'un résident souffrant - Aucun(e)
Photo d'un résident souffrant - DREF

"Pendant les vacances, ça a été une horreur. _Il y avait une aide-soignante pour deux étages, il en faudrait quatre, il manquait trois personnes. Du coup, la seule aide-soignante qui restait était complètement débordée, elle partait de son travail en larmes"_. "Ces conditions de travail inhumaines provoquent des burn-out et donc des arrêts de travail," ajoute-t-il. "On ne s'en sort pas, on tourne en rond, c'est infernal !".

C'est aussi les toilettes qui sont sur la sellette. "Si je demande à 14 heures de le changer parce qu'il a été à la selle, il sera mis au lit et y passera le reste de la journée faute de personnel", explique Monique pour qui les aide-soignantes sont bien souvent contraintes à un choix terrible : lever ou laver.

"'Au mois d’août un dimanche, _toutes les personnes qui ne pouvaient pas se lever seules sont restées au lit toute la journée. C'était ça où on ne leur donnait pas à manger_, donc ma mère et mes beaux-parents sont restés au lit toute la journée", explique Danielle qui a trois personnes dans cet EHPAD.  

Les repas sont "insipides, la nourriture est sèche, ils ont du mal à mâcher, il n'y a pas de sel, pas de beurre, c'est quand même leur dernier plaisir", dénonce Monique.

Patrick va plus loin. "Mon père prend ses repas quand il y a du personnel, sinon on le laisse devant son plateau. Il a 95 ans, il ne peut pas se débrouiller tout seul. Mentalement, il n'est plus capable d'éplucher un fruit ou d'ouvrir une barquette, un pot de yaourt. Il m'est arrivé de constater que le plateau n'a pratiquement pas été touché. On lui retire sans qu'il n'ait rien mangé. C’est de la maltraitance quand une personne regarde son plateau et ne peut pas y toucher".

Le plateau repas d'un résident de l'EHPAD - Aucun(e)
Le plateau repas d'un résident de l'EHPAD - DREF

Patrick ajoute : "_Quand je vois des pensionnaires qui n'ont aucune visite et j'ai mal au cœur pour eux, les gens restent dans leur chambre, ou restent alités toute la journée._C'est une fin de vie qui est horrible".

Danielle avoue aujourd'hui ne plus supporter les visites quotidiennes. "Je n'y vais pas tous les jours, car c'est trop difficile pour moi, je ne suis pas bien de voir ma mère finir sa vie comme ça". 

Pour la direction de l'EHPAD, les emplois en CDI n'attirent plus 

La situation est très difficile, surtout dans les périodes de vacances scolaires, reconnaît la directrice adjointe de l'EHPAD. Son établissement a de grosses difficultés de recrutement. Aujourd'hui 14 postes sont à pourvoir en CDI ainsi que deux postes de cadres et il y a peu de candidatures surtout quand il s'agit de s'engager sur le long terme. 

Cette difficulté à pérenniser des emplois se retrouve dans toutes les maisons de retraite mais elle frappe particulièrement l'EHPAD de Fontainebleau, reconnaît la directrice adjointe. L'établissement doit donc tourner avec des CDD ou de l'intérim pour palier les absences et arrêts maladie. 

Dans ce secteur de l'aide à la personne âgée, le taux d'arrêts maladie et d'accidents du travail a bondi depuis quelques années. Il est aujourd'hui supérieur au secteur du BTP.

Le collectif en appel au politique 

Le collectif a bien compris que cette pénurie de candidats dépasse l'établissement. Les membres ont lancé une pétition sur Twitter qui a recueilli presque 500 signatures en une semaine. Ils ont aussi écrit à leurs députés, au président du Conseil Départemental de Seine-et-Marne, à la ministre de la Santé Agnès Buzyn et même à Brigitte Macron, sans résultats pour le moment.  

Ils s'étonnent que cette question intéresse aussi peu les politiques. "On parle plus de certains sujets comme le voile ou la délinquance que de la fin de vie qui nous concerne tous", se désole Monique. "En un an et demi j'ai vu j'ai vu la situation se détériorer. Dans quel état seront les EHPAD quand nous devrons y aller. Il est temps d'agir parce que là on est en train de nous prévoir un avenir très sombre." 

Choix de la station

À venir dansDanssecondess

France Bleu