"Nous avons soigné les vivants", confie la médecin cheffe du SDIS des Landes de retour de Turquie
La médecin cheffe du SDIS des Landes a soigné les vivants, les rescapés pendant quinze jours dans cet hôpital de campagne situé à Gölbasi dans une région montagneuse de la Turquie, ravagé par le séisme le 6 février dernier. Elle témoigne.

Plus de 50.000 personnes ont péri en Turquie et en Syrie dans le séisme du 6 février, selon un dernier bilan encore provisoire le 28 février. À Gölbasi, ravagé par les tremblements de terre, un hôpital de campagne français a été installé en plein milieu des montagnes turques. Parmi les soignants présents, Sylvia Dertheil, médecin cheffe du SDIS des Landes. La Landaise témoigne du chaos et de la solidarité sur place.
France Bleu Gascogne : Quelle image gardez-vous de la Turquie ?
Sylvia Dertheuil : C'est vraiment la catastrophe. Les souvenirs, c'est la population qui a perdu des parents. Donc on avait un petit enfant qui pleurait parce qu'il était très stressé, il avait perdu ses cousins. On a eu aussi un couple qui avait perdu ses trois enfants dans le séisme. Les souvenirs ce sont ces papis et ces mamies qui n'avaient plus rien et qui vivent dans la rue.
Vous étiez où exactement? Et qu'avez-vous vu quand vous êtes arrivé sur place?
Nous étions à Gölbasi. C'est à une centaine de kilomètres de la frontière de la Turquie avec la Syrie, et c'était en pleine zone de tremblement de terre. Donc quand on est arrivé c'était la nuit. Donc là, on voyait plutôt des villes fantômes bombardées où tout est tombé par terre. Donc des fois, il y a la route qui est par dessus l'entrée de la maison, il y a des maisons retournées, il n'y a plus de magasins, il n'y a plus rien.
J'imagine qu'en quelques minutes ou en quelques heures, vous avez monté cet hôpital de campagne avec tout le nécessaire. Comment ça s'est passé ?
Ils ont mis un jour et demi pour le monter
C'est rapide !
Très rapide. Oui, oui.
Est-ce que là-bas, vous avez sorti des personnes des décombres?
Alors nous sommes arrivés au neuvième jour après le séisme. Du coup, on n'a pas vu de détresse vitale qui était due au séisme, mais plutôt en fait des soins des personnes qui avaient déjà été prises en charge, ou alors des personnes qui n'ont jamais consulté, qui sont venues demander de l'aide. Nous intervenions seulement dans cet hôpital de campagne, pas sous les décombres.
Vous avez donc soigné les vivants ?
C'est exactement ça soigner les vivants et puis panser leurs plaies. Souvent, c'était des pansements à refaire avec des grosses plaies qui avaient été suturées ou déjà prises en charge en tout cas, par exemple des orteils écrasés, des amputations aussi, qu'on a repris ensuite nous au bloc opératoire pour pouvoir bien nettoyer les plaies.
Vous êtes encore peut être sous le choc ?
Pas sous le choc, mais un peu encore la tête là bas. C'est vrai que cette détresse m'a quand même bien touchée. Oui, je suis encore un petit peu là bas, à me demander comment vont les gens qu'on a vus, puisqu'on les re-convoquait tous les deux jours, se dire : est-ce qu'ils vont bien guérir ? Et puis, on a aussi pansé leurs plaies psychologiques. On a fait ce que l'on pouvait avec les traducteurs. On leur a appris des techniques de respiration, des choses comme ça. Mais bon, c'est pas évident pour eux de faire tout ça dans les conditions dans lesquelles ils vivent, au-milieu de ruines.
Maintenant pour vous, comment on pense l'après ?
Je crois qu'on se remet dans le train-train habituel. Bah, c'est un peu le métier qui veut ça aussi. Donc moi je suis urgentiste, c'est la même chose que si je fais une grosse urgence. Après, il faut bien repartir pour pour les autres personnes ou pour sa famille.