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Dossier : Coronavirus Covid-19

« Nous n’étions pas préparés » accuse une salariée de l’Ehpad de Labège dont 8 résidents sont morts du COVID

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Occitanie

Trente personnes âgées sont mortes du coronavirus depuis début septembre dans les maisons de retraite de Haute-Garonne, dont huit résidents de l’Ehpad de Labège près de Toulouse. Une aide-soignante témoigne de l’impréparation de l’établissement face à cette seconde vague .

Le coronavirus a fait 30 morts dans les Ehpad de Haute-Garonne au mois de septembre
Le coronavirus a fait 30 morts dans les Ehpad de Haute-Garonne au mois de septembre © Maxppp - Guillaume Bonnefont

Depuis le début de la crise, les maisons de retraite peinent encore plus à recruter.Letraite. En Haute Garonne, on compte 32 clusters sur les 131 établissements du département, et 30 décès depuis le début du mois de septembre. C'est déjà plus que lors de la première vague du printemps selon l’Agence régionale de santé d’Occitanie. Le CHU de Toulouse précise ce vendredi surveiller de près 43 Ehpad en Haute-Garonne dont 7 avec plus de 10 voire plus de 20 résidents contaminés. La gérontologie du CHU ajoute que depuis le 15 août, 30 résidents d'Ehpad sont décédés en Haute-Garonne.

A l'Ehpad "Bastide Médicis" de Labège près de Toulouse, la direction reconnait huit morts parmi les résidents, et une trentaine de cas positifs. Cinq personnes âgées sont  toujours hospitalisées. Des chiffres sous-estimés conteste une partie de personnel qui accuse la direction de l'établissement de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour empêcher le virus de se propager.

Nous manquions de tout, rien n’avait été anticipé

Chantal, aide-soignante, a décidé de témoigner pour dénoncer ces manquements, elle vient de démissionner de son poste à l'Ehpad de Labége.

« C’est un kiné extérieur à l’établissement qui a été contaminé le premier. Et comme il a commencé à travailler avant de se faire tester, cela faisait trois jours qu’il bossait, toutes les personnes dont il s’est occupé ont été testées, mais n’ont pas été isolées. Et comme nous manquions de matériels, de masques, de blouses, nous n’avions pas droit aux  masques FFP2 , le virus a circulé très vite. Des personnes âgées continuaient à se balader dans les couloirs en étant positives, donc ça a contaminé tout le monde. »

Chantal - aide soignante - "une situation catastrophique"

On nous accuse de meurtre 

« Rien n’avait été prévue, rien n’avait été anticipé » – s’insurge cette salariée qui comme beaucoup d’autres ont alerté la direction, en vain.  « Quand je suis parti dimanche dernier, il y avait 52 cas positifs, trois-quart du personnel et 10 morts parmi les résidents. Je dis bien 10 et pas huit car deux personnes sont mortes. On les a découverte deux ou trois jours avant complètement abattues, amorphes, elles ne bougeaient plus, ne mangeaient plus. » 

« Ensuite, un médecin est venu, et là dans cette réunion, la directrice nous a clairement dit que si ces résidents étaient morts, c’était à cause de nous. »

« Quand vous parlez autour de vous, toutes ces maisons de retraite, il y a une grande partie qui avait prévu les choses, mais là, rien n’a été prévu, et on nous accuse de meurtre ! » s’indigne cette aide-soignante qui a démissionné de son poste, et a déjà retrouvé un emploi dans un autre Ehpad qui doit faire face comme tous les autres au manque de personnel.

30 cas positifs chez les résidents, 27 sont asymptomatiques

Dans un communiqué,  la directrice de l’établissement  Nathalie Guilbaud, estime pourtant avoir bien géré la situation.

"Malgré la mise en place de l’ensemble des protocoles sanitaires recommandés par les autorités de santé, nous déplorons en effet des cas de COVID-19.  Dès le retour d’un test positif sur un professionnel de santé extérieur, fin août, nous avons identifié, isolé et testé les résidents avec qui il avait été en contact. La résidence a été totalement confinée le temps des tests. _Ce premier dépistage de l’ensemble des résidents et des salariés effectué le 1er septembre n’avait révélé aucun cas. Par la suite, plusieurs campagnes de dépistages ont révélé des cas positifs.  Des tests précieux, nous avons pu rapidement nous adapter pour éviter de nouvelles contaminations. Pourtant_, nous comptons 30 cas positifs sur nos 97 résidents, mais 27 sont asymptomatiques. Neuf sont d’ores et déjà guéris".

"Certains de nos résidents, dont certains souffraient déjà de pathologies, ont dû être hospitalisés conformément aux recommandations de l'ARS , cinq le sont encore. Et nous déplorons huit décès depuis début septembre. Cinq résidents sont actuellement hospitalisés".

La directrice assure que «  la situation se stabilise »

_« Deux unités Covid ont été mises en place au sein de la résidence_, et nous sommes en lien constant avec l’ARS, la cellule Covid du CHU de Toulouse. La résidence reste confinée, tout est mis en place pour limiter la circulation du virus. Nous restons en lien permanent avec les familles de nos résidents, dont nous apprécions le soutien. Nous essayons de leur offrir un maximum de confort malgré tout. L’équipe est pleinement mobilisée et possède tous les équipements nécessaires. Nous avons rappelé les bonnes pratiques d’hygiène. Nous avons renforcé nos équipes soignantes et médicales mais nous devons rester très vigilants".

Plus que la 1ere vague

Selon l’Agence Régionale de Santé, 80 Ehpad sur les 131 maison de retraite de Haute-Garonne sont touchés par un cas ou plusieurs cas Covid sur la période du mois de septembre. Sur l’ensemble des résidences d’accueil des personnes âgées, on a 93 résidences ou Ehpad touchés de la même façon. On déplore 30 décès depuis le début du mois de septembre. 

C’est plus que la première vague – explique Laurent Poquet, le délégué départemental de l’ARS en Haute-Garonne.

« Sur Toulouse, on a un taux d’incidence des personnes âgées de plus de 65 ans qui est plus fortement marqué sur ce dernier mois, que lors de la précédente vague de mars à juin. » « Il y a trois portes d’entrée du virus dans les établissements, les professionnels qui peuvent entrer avec le virus, les retours d’hospitalisation, et la troisième source ce sont les familles qui peuvent être vecteur. Les directeurs d’établissement et leurs équipes font leur maximum pour protéger les résidents. _Il faut trouver un équilibre « bénéfice, risque »_, on peut mettre l’ensemble des résidents sous cloche, on évitera des hauts niveaux de contamination, mais il faut aussi que les personnes âgées aient une vie sociale, y compris avec leurs familles pour éviter des syndromes de dépression et de glissement. »

/Laurent Poquet - délégué de l'ARS en Haute-Garonne

Le délégué départemental de l’ARS reconnait que la situation est tendue dans les Ehpad, c’est pourquoi, les salariés testés positifs mais asymptomatiques peuvent être amenés à continuer à travailler « dans les secteurs Covid ou il n’y a pas de risque de transmission et avec des équipements de protection renforcés. » 

«  Nous sommes confrontés à la difficulté d’un manque de personnel,  dans une situation de tension du personnel médical, nous tentons de la résoudre comme on peut. Quand vous faite un secteur dédié Covid, vous avez un taux d’encadrement beaucoup plus important, il y a le temps d’habillage et de déshabillage, et cela complexifie la prise en charge au sein de l’Ehpad. Certains patients positifs doivent être exfiltrés des établissements pour éviter la contamination. »

« Nous sommes dans une situation de tension, nous essayons de tout mettre en œuvre à l’appui des établissements, avec la plateforme Covid que l’on a mis en place avec l’appui du CHU de Toulouse et le professeur Rolland. » 

"On manque de remplaçants donc on laisse travailler des personnels cas-contacts"

Ce vendredi matin, Cécile Holderbaum, aide soignante et déléguée CGT à l'Ehpad de Lardenne à Toulouse était l'invitée de la rédaction. Elle a dépeint des pratiques étonnantes dans les maisons de retraite.

Labège n'est pas le seul Ehpad où on n'isole ni les résidents malades, ni les cas contacts parmi les salariés.

RÉÉCOUTER L'INVITÉ - Cécile Holderbaum, aide-soignante déléguée CGT dans un Ehpad toulousain.

Depuis le début de la crise, les maisons de retraite peinent encore plus à recruter. Le matériel manque encore, des gants surtout, parfois même des masques. Une aide-soignante gagne entre 1.300 et 1.700 euros nets mensuels selon son expérience.

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