Société

"Nous sommes observateurs et très prudents" par rapport aux élèves en voie de radicalisation en Limousin

Par Jérôme Ostermann, France Bleu Limousin vendredi 14 octobre 2016 à 19:08

Trois élèves ont été signalés l'année dernière au lycée Mas Jambost à Limoges
Trois élèves ont été signalés l'année dernière au lycée Mas Jambost à Limoges - ©Googlemap

Alors qu'un hommage national est prévu ce samedi à Nice où 86 personnes ont été tuées le 14 juillet dernier, nous nous intéressons aux mineurs radicalisés ou en voie de l'être. Pour les repérer, l'école est un acteur central. Entretien avec Catherine Saule proviseur du lycée Mas Jambost à Limoges.

C'est ce samedi qu'un hommage sera rendu à Nice aux 86 personnes tuées lors de l'attentat du 14 juillet dernier. Le terrorisme qui malheureusement frappera à nouveau, un jour en France. Se pose d'ailleurs la question délicate des mineurs en voie de radicalisation. L'année dernière, dans l'académie de Limoges, trente cinq cas ont été signalés. Une vingtaine cette année. Il faut dire que professeurs et chefs d'établissement sont particulièrement attentifs. Comme au lycée professionnel des arts et métiers du Mas Jambost à Limoges. Entretien avec Catherine Saule, proviseur de l'établissement.

France Bleu Limousin : Comment faites vous pour repérer un élève en éventuelle voie de radicalisation ?

Catherine Saule : Il existe un protocole qui consiste à aviser l'inspecteur d'académie, directeur des services de l'Education Nationale dans le département, si toutefois nous avions quelques doutes sur l'éventuel phénomène de radicalisation qui pourrait concerner des élèves scolarisés. Les remontés d'information que nous pouvons faire peuvent porter sur une interrogation par rapport à un habillement manifestant de façon ostensible une appartenance religieuse. Un habillement que les élèves éventuellement concernés ne souhaitent pas poser ou déposer avant de rentrer dans l'établissement. Si l'on a des doutes concernant des changements d'attitude. Si l'on croise des indicateurs liés à une tenue particulière, avec subitement, un changement d'attitude, par rapport aux camarades de classe, un phénomène d'isolement, si une fille arrête de se maquiller, si il y a une augmentation de la rigueur par rapport aux autres. Ou si il y a rupture du dialogue. Nous signalons ces éléments là à l'inspecteur d'académie qui se met en contact avec les services du ministère de l’intérieur pour voir si il y a lieu de prendre davantage de renseignements. Pour voir si nous sommes bien face à un phénomène de radicalisation ou si il s'agit tout simplement, du respect de la religion de manière extrêmement rigoriste. La frontière entre les deux n'étant pas toujours évidente à repérer.

Là est toute la difficulté. Sachant que vous vous adressez à des jeunes qui sont à un age où il peut y avoir un certain mal être. Des jeunes qui peuvent envoyer ce genre de signaux sans que cela est un rapport avec la religion ou une éventuelle radicalisation...

Je tiens à préciser que c'est une situation qui est rare dans notre académie. Ce ne sont que quelques situations pour lesquels un éclairage extérieur a été utile pour nous. Nous n'avons pas forcément de repère par rapport à ces phénomènes là. Mais bien sur, avant d'en arriver à une situation de signalement, c'est à dire l'envoi d'un mail, nous aurons dialogué avec les élèves. Nous aurons pris la mesure de la situation. Nous ne nous lançons pas dans ce type d'échanges ou repérage de certains jeunes, sans avoir pris toutes les précautions utiles. Sachant, encore une fois, que c'est extrêmement rare. Dans mon établissement, il y a eu trois cas l'année dernière, pas un seul cette année sur 340 élèves. Et c'est bien le respect de la scolarité, y compris de ces élèves là, qui a retenu toute notre attention. C'est avant tout l'environnement scolaire qui nous occupe, et pas ensuite la partie fichage éventuelle de ces élèves là.

C'est vrai que l'école à un rôle à jouer. Pour leur faire accepter la société. Leur donner un rôle, un avenir...

Bien sûr. Nous nous y employons avec nos modestes moyens. Toute la difficulté dans ce type de situation, c'est d'essayer de rester dans le dialogue avec ces quelques jeunes. Nous nous sommes efforcés, quand trois situations se sont présentées, de maintenir ce dialogue. Nous pensons y être parvenu pour deux de ces élèves. Nous avons maintenu le plus possible, le lien avec ces élèves là. Nous ne sommes pas là pour porter des jugements. Nous sommes là pour rappeler ce qu'est la laïcité au sein d'un établissement public. Tout en continuant à accueillir ces élèves, car nous sommes avant tout des éducateurs.

Est-ce qu'il existe une formation pour les professionnels de l'Education Nationale ?

Nous avons reçu une information l'année dernière, qui a été très utile pour nous. Une information de l'association Entr'Autres basée à Nice, qui suit des jeunes déjà partis sur le territoire syrien ou autres, ou qui veulent partir. Cette association nous a invité à être très attentifs sur notre capacité à réintégrer ces jeunes dans la société, dans le vivre ensemble, dans nos établissements. Car nous avons bien compris que toute la stratégie des organisations terroristes consiste à déclencher un ressenti d’injustice ou de mal être chez ces jeunes. Des jeunes auprès desquels il est tout à fait possible, beaucoup plus facilement, d'apporter une "aide", y compris avec des "solutions" du type radicalisation. Donc cette formation d'une journée a vraiment été très utile. Elle va d'ailleurs être déclinée dans les semaines à venir, par certains de nos collègues qui eux même, ont suivi des formations un peu plus approfondies. Nous sommes observateurs, très prudents par rapport à ce phénomène là, de toute façon très attachés à la scolarité de nos jeunes, quels qu’ils soient. Nous n'avons pas à faire le tri dans les jeunes que nous accueillons. En revanche, il faut faire respecter la loi sur la laïcité.

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