Société

"On nous a traité pire que des chiens, c'était la peur et la mort partout"

Par William Giraud, France Bleu Poitou jeudi 28 janvier 2016 à 6:22

André Fernandez, 87 ans, chez lui à Neuville.
André Fernandez, 87 ans, chez lui à Neuville. - William Giraud

Les archives départementales consacrent jusqu'au 22 avril une exposition sur les camps d'internement pendant la seconde guerre mondiale.

Les archives départementales de la Vienne consacrent une exposition à l'une des pages les plus sombres de l'histoire du Poitou : les camps d'internement de la seconde guerre mondiale. Ils étaient au nombre de trois dans le département. Entre 1939 et 1945, plus de 11.000 personnes sont passées par ces camps installés à Poitiers (route de Limoges et la Chauvinerie) et Rouillé. Réfugiés espagnols, Tsiganes, Juifs, internés politiques...

Des planches en bois pour seul matelas

André Fernandez est aujourd'hui âgé de 87 ans. Ce Gitan d'Espagne qui vit à Neuville-de-Poitou, a été, avec toute sa famille, interné au camp de la route de Limoges de 1940 à 1943. "_Nous habitions_ à Bordeaux avec ma famille. J'avais dix ans quand les Allemands nous ont embarqués direction Poitiers et le camp de la route de Limoges". Les conditions de détentions sont rudes. "200 grammes de pain par jour et des planches en bois en guise de matelas dans les baraquements, voilà tout ce qu'on avait".

Son oncle déporté et mort en Allemagne

Les gardiens, eux, ne ménagent pas les internés. "Lever à 4h30, dans le froid, sans habits chauds. Certains faisaient des malaises." André se souvient aussi de ce camarade affamé surpris par un geôlier en train de manger de l'herbe près d'un barbelé : "Il lui a tiré une balle dans le dos". Et puis il y a les convois réguliers. Les camions qui arrivent au camp pour prendre des hommes. L'oncle d'André en fera partie. Il sera déporté en Allemagne, d'où il ne reviendra jamais. "On nous a traité pire que des chiens. C'était la peur et la mort partout".

En 1943, André Fernandez sera par la suite transféré au camp d'internement de Montreuil-Bellay dans le Maine-et-Loire. Un camp finalement libéré en 1945 par la Résistance. André rentrera à pied à Neuville où une partie de sa famille a fini par s'installer.