Société

Attentats : où et comment enterrer les terroristes ?

Par Hassan Beryoun, France Bleu jeudi 21 janvier 2016 à 11:42

L'enterrement discret de Mohamed Merah à Cornebarrieu près de Toulouse
L'enterrement discret de Mohamed Merah à Cornebarrieu près de Toulouse © Reuters

Plus de deux mois se sont écoulés depuis le 13 novembre 2015 et les attentats de Paris. Le maire de Chartres, Jean Pierre Gorges, refuse d’accueillir dans ses cimetières le corps d’Ismaël Mostefaï, l’un des djihadistes du Bataclan. Que faire des corps des terroristes en France ?

Que faire du corps d’Ismaël Mostefaï, l’un des djihadistes du Bataclan ?

"J’ai vérifié, légalement, pour moi, il ne remplit pas les conditions. La famille Mostefaï a quitté la maison de La Madeleine en 2012. Lui est certes resté encore ici, mais il n’avait pas d’adresse propre, il squattait chez quelqu’un. J’attends qu’on me prouve où était son domicile officiel jusqu’en 2015". Cette déclaration de Jean-Pierre Gorges, maire les républicains de la ville de Chartres, reflète les difficultés liées à l’enterrement des djihadistes et à leur sépulture. Entre les municipalités qui n'en veulent pas, les pays d'origine qui refusent d'accueillir leur sépulture et la communauté franco-maghrébine qui ne souhaite pas les voir enterrés dans les carrés musulmans, il est difficile d'inhumer des djihadistes ou des terroristes.

Que dit la loi française ?

Selon l'article L2223-3 du code général des collectivités territoriales, il y a trois possibilités pour être enterré sur une commune, au choix de la famille du défunt: soit la commune où était domiciliée la personne, soit celle où il est décédé, soit celle où la famille possède déjà une sépulture.

Aucun(e)

"La question est fâcheuse et embarrassante pour les autorités publiques et plus encore pour les familles des victimes" selon Riva Kastoryano, interviewée dans Slate.fr, sociologue au Centre de recherche internationale de Sciences-Po (Ceri) et auteur du livre ‘Que faire des corps des djihadistes ? territoire et identité’ (Fayard 2015). Mais au-delà de la loi et des règles, la réalité fait apparaître une gestion au cas par cas des enterrements des différents djihadistes terroristes.

De Mohamed Merah à Samy Amimour, les cas sont très différents

Des 8 djihadistes du 13 novembre 2015, un seul est enterré pour le moment en France, il s’agit de Samy Amimour, l’un des terroristes du Bataclan. Discrètement inhumé le 24 décembre 2015 dans le carré musulman du cimetière intercommunal de la Courneuve, sa ville de naissance. Pour sa ville de résidence, Drancy, le maire, Jean Christophe Lagarde, avait indiqué ne pas avoir de carré musulman dans le cimetière de sa commune.

Un second, Bilal Hadfi, kamikaze qui s’était fait sauter aux abords du Stade de France, doit être enterré au Maroc, le pays d’origine de sa famille, selon les volontés de sa mère.

Ismaël Mostefaï pourrait être enterré à Chartres, même si le maire refuse pour l’instant et indique qu’il n’a reçu aucune demande et aucune preuve concrète qu’il habitait bien à Chartres. Pour sa ville de naissance, Courcouronnes, ils ont refusé la demande au motif que le carré musulman de la ville était complet.

Les autres djihadistes sont essentiellement des Français résidents en Belgique. Il y a également le cas des deux vrais-faux syrien, que Daech annonce irakiens désormais avec de faux passeports syriens pour faciliter leur passage comme réfugiés en Europe. Pour les résidents français en Belgique, soit leurs familles demandent leur enterrement en Belgique, soit ils seront enterrés sur leurs lieux de décès, en Seine Saint Denis ou à Paris.

Les cas précédents de djihadistes en France et leur lieu de sépulture

L’Algérie avait refusé d’accueillir le corps de Mohamed Merah, le terroriste qui avait ensanglanté Toulouse et Montauban en mars 2012. Du coup, il avait fini par être enterré discrètement dans le carré musulman du cimetière de Cornebarrieu près de Toulouse, son lieu de résidence habituelle.

Pour les attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de Vincennes, l’Algérie et le Mali, pour les cas des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly, nés français, ont refusé le retour des corps dans les pays d’origine. La famille des Kouachi avait demandé d’abord d'enterrer les deux corps à Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne pour que les deux frères soient ensemble. C’est là que les policiers du RAID les avaient abattus, la famille a finalement renoncé à les enterrer là-bas. La commune de Reims avait du coup été contrainte par la loi d’héberger la sépulture de Saïd Kouachi puisqu’il y habitait. Chérif Kouachi est quant à lui enterré à Gennevilliers dans les Hauts-de-Seine ; son lieu de résidence également. Un enterrement nocturne et anonyme puisqu’aucun proche n’était présent. Pour Amedy Coulibaly, le terroriste de l’Hyper Casher, la ville de Paris, conformément à la loi, avait été tenue d'accueillir sa dépouille. Il est enterré dans le cimetière parisien de Thiais. Les sépultures des trois terroristes sont anonymes.

En attendant les décisions pour les autres djihadistes qui sont toujours à l’institut médico-légal de Paris, la difficile question des enterrements des djihadistes et des terroristes risque de revenir au premier plan pendant les débats sur la déchéance de nationalité en février 2016. A moins qu’une solution extrême ne vienne régler le problème. Les Etats-Unis considèrent que les djihadistes et terroristes n’ont plus d’attache nationale. Ils avaient décidé par le passé de couler le corps de Ben Laden dans l’océan.