Société

Paris : l'exploitation sexuelle des très jeunes migrants dénoncée par des associations

Par Martine Bréson et Sylvie Charbonnier, France Bleu Paris et France Bleu mardi 26 septembre 2017 à 7:28 Mis à jour le mardi 26 septembre 2017 à 8:41

Jeune migrant
Jeune migrant - Agathe Nadimi

Comme dans la "Jungle" de Calais, à Paris, porte de la Chapelle (18e arrondissement), les mineurs migrants sont victimes de viols. Certains sont prostitués, d'autres réduits en esclavage. L'association Utopia 56 dénonce tous les dangers qui guettent ces très jeunes migrants.

Viols, prostitution, esclavage : à Paris, les très jeunes migrants de la porte de la Chapelle sont exposés à de nombreux dangers. C'est ce que dénonce l'association Utopia 56. Ce constat avait déjà été fait dans la "jungle" de Calais.

Les mineurs, qui ont souvent déjà été exploités par des passeurs, doivent, une fois arrivés à Paris, faire face aux trafiquants de drogue et aux pédophiles qui sont à la recherche des jeunes les plus vulnérables. Ces prédateurs trouvent les adolescents autour des centres d'accueil mais aussi dans les gares où ils dorment à leur arrivée.

Des migrants mineurs à la merci des pédophiles

Sylvie Charbonnier, reporter à France Bleu Paris, est allée à rencontre des migrants mineurs dans le 18e arrondissement de Paris, à La Chapelle. Amara, un Guinéen de 16 ans, lui a confié qu'il ne se sentait pas en sécurité. "Il y a des gens qui viennent, ils nous prennent, ils nous emmènent pour partir travailler chez eux. Le travail qu'ils nous font faire, c'est pas bien". Brahim a 17 ans, il raconte qu'un homme est venu les voir et qu'il leur a dit qu'ils dormiraient dehors mais qu'il ne pouvait prendre qu'une seule personne chez lui. "Je n'ai pas envie d'aller chez n'importe qui que je ne connais pas", dit Brahim. Les deux jeunes garçons ont pu éviter le pire. Ils ont été pris en charge par les bénévoles de l'association Utopia 56.

Jeunes migrants - Aucun(e)
Jeunes migrants - Agathe Nadimi

Il y a des prédateurs sexuels qui tournent autour des jeunes avec des billets - Yann Manzi

Yann Manzi de l'association Utopia 56 s'occupe de ces mineurs isolés. Il témoigne : "Il y a des pédophiles qui traînent ici, il y a des malades mentaux. Il y a des prédateurs sexuels qui tournent autour avec des billets et qui réussissent à accaparer une partie de cette misère. Les jeunes sont tellement dans la misère et le désespoir que ça marche. On a des témoignages de mineurs qui nous disent qu'ils ont gagné de l'argent. Ils ne rentrent pas forcément dans le détail parce que c'est dur à avouer, c'est dur à faire".

Des mineurs disparaissent aspirés par des réseaux

"On a fait des signalements, nous, à Utopia 56. Il y a des enquêtes qui sont ouvertes", dit Yann Manzi en ajoutant que, si on ne peut pas dire que rien n'a été fait, "la réalité du terrain, c'est qu'il y a des mineurs dans la rue et qu'il y a des prédateurs autour". L'association affirme que des mineurs ou de jeunes majeurs disparaissent. On ne peut pas connaitre leur nombre. "Ce sont des jeunes qui sont aspirés dans des réseaux auxquels on n'a pas accès, explique Camille, une bénévole d'Utopia 56, et donc nous on n'a plus aucune vision sur ça".

Un accueil incertain : 85% des demandes pour les mineurs seront rejetées

De nouveaux mineurs arrivent tous les jours dans la capitale. Il faut souvent beaucoup de temps pour que les services d'aide à l'enfance les prennent en charge. Dans le meilleur des cas, ils sont récupérés par les associations et orientés vers le dispositif d'évaluation des mineurs étrangers qui est géré par la Croix Rouge. Ils auront un entretien préalable avant un rendez-vous qui doit légalement avoir lieu dans les cinq jours. Devant l'afflux, les délais sont impossibles à tenir. Entre temps, ces jeunes mineurs doivent être hébergés mais, là encore, il n'y a pas assez de places pour tout le monde et beaucoup se retrouvent dans la rue.

Difficile de prouver qu'on est mineur

La difficulté pour ces jeunes, c'est de prouver qu'ils n'ont pas 18 ans. Quand ils arrivent à Paris, la plupart n'ont pas de papiers, pas de carte d'identité, encore moins un extrait de naissance. Seul un juge peut décider de demander un test médical. Une radio du poignet peut déterminer le stade de croissance. Pour survivre, ces jeunes mineurs n'ont souvent aucune autre solution que de céder pour quelques euros aux avances de personnes mal intentionnées.

La drogue est aussi très présente. "Il y a des problèmes de rue qui sont d'une violence extrême", indique Yann Manzi. "La rue, pour les enfants, est encore plus violente, on ne peut pas fermer les yeux sur cette réalité".