Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Société

REPORTAGE - Paris : le retour du crack place Stalingrad

jeudi 6 septembre 2018 à 16:51 Par Sylvie Charbonnier, France Bleu Paris et France Bleu

Après les différentes évacuations de la colline du crack, porte de la Chapelle (18e), les usagers de crack sont de plus en plus nombreux à se retrouver place Stalingrad (19e), ce qui inquiète les riverains et exaspère les commerçants qui viennent de signer une pétition pour réclamer de l'aide.

le retour des fumeurs de crack à Stalingrad
le retour des fumeurs de crack à Stalingrad © Radio France - Dorothée Pierard, Elie Punk

Paris, France

Manifestement, les évacuations ne sont pas d'une grande efficacité, en ce qui concerne les usagers de crack. Après les différentes évacuations de la "colline du crack",  ce terre-plein entre deux périphériques, porte de la Chapelle, les crackers se sont repliés vers la place de Stalingrad, dans le 19e arrondissement. Ils y sont de plus en plus nombreux, depuis le début de l'été, sans domicile fixe, vivant dans des conditions psychologiques et sanitaires effroyables, provoquant des rixes et plongeant dans l'angoisse, les riverains et les commerçants du quartier. Pour se mettre à l'abri quelques heures, ils se réfugient dans les halls d'immeuble, dans les cours, gênant, au petit matin, ceux qui partent travailler. 

Pour tenter d'apporter une solution à cette situation, la Ville de Paris, par la voix de son adjointe à la santé, Anne Souyris, propose la création de nouvelles salles de consommation et la mise en place d'un bus itinérant, spécialement dédié aux fumeurs de crack, ce qui serait une première mondiale et permettrait, a minima, de limiter les risques encourus par cette population très désocialisée. 

kit distribué aux fumeurs de crack pour limiter les risques pathologiques - Radio France
kit distribué aux fumeurs de crack pour limiter les risques pathologiques © Radio France - Sylvie Charbonnier

Le crack, une drogue terriblement addictive

Le crack est un mélange de cocaïne, de bicarbonate de soude et/ou d'ammoniac sous forme de cristaux, qui se fume dans des petites pipes spéciales. Il s'agit donc de cocaïne traitée, plus forte et plus dangereuse que la poudre blanche, constituée, elle entre 30 et 60% de cocaïne, quand le crack en est constitué à quasiment 100%. Le fait d'inhaler provoque une action plus rapide et plus puissante du produit. Les effets en sont donc les mêmes que la cocaïne, mais décuplés. Dans un premier temps, l'usager ressent une sensation de bien-être : "On a tout le corps qui se détend, avec une sensation très agréable et très vite, on ne peut plus s'en passer", témoigne Océane, une jeune crackeuse de Stalingrad. Mais, une fois l'effet passé, c'est l'engrenage de la dépendance et les effets secondaires : les lésions pulmonaires, les dommages neurologiques et les arrêts cardio-respiratoires. Les associations distribuent aux fumeurs de crack des petits kits, pour, au moins, éviter les contagions de maladies virales et limiter les lésions des lèvres provoquées par la chaleur de pipes artisanales.

Place de Stalingrad - Radio France
Place de Stalingrad © Radio France - Sylvie Charbonnier

Les riverains sont excédés et en appellent aux pouvoirs publics

Dans le quartier, les riverains et les commerçants n'en peuvent plus. _"Les enfants du 19e sont en danger, les femmes aussi, qui ne peuvent plus sortir et qui ont peur de se faire agresser", témoigne le boucher de la rue d'à côté. "Ce qu'il faut, c'est que la police intervienne pour lutter contre les dealers, mais que les usagers soient pris en charge. Ils sont malades, on ne peut pas les laisser comme ça", dit, à son tour, Christophe, le patron de la Rotonde, le restaurant de la place. Océane, la jeune crackeuse raconte son quotidien : " Souvent, il y a des morts. L'autre jour, j'allais chercher mon crack, il y avait deux garçons morts, par terre dans la rue, je les connaissais. Et tout le monde s'en fout !_".

Les riverains excédés de Stalingrad

Le crack place de Stalingrad - Radio France
Le crack place de Stalingrad © Radio France - Sylvie Charbonnier

La Ville de Paris prépare un "Plan Crack"

L'adjointe à la maire de Paris, Anne Souyris, appelle à un Plan Crack, pour une meilleure prise en charge des fumeurs de crack. Pour cela, elle propose la création de nouvelles salles de consommation, dont une pourrait se situer en Seine-Saint-Denis et la mise en place d'un bus itinérant spécialement dédié au crack. "Les évacuations ne servent à rien, qu'à nettoyer un secteur. Ce qu'il faut, c'est une prise en charge sociale et sanitaire de ces populations. On sait que lorsqu'un usager est hébergé et suivi, sa consommation diminue deux ou trois fois plus, immédiatement", affirme Anne Souyris. 

Pour le maire du 18e, Eric Lejoindre, "il faut à la fois une politique sécuritaire, pour lutter contre les deals et une action sanitaire, et cela, sur tout le territoire, pas seulement localement. L'une ou l'autre action, isolée, ne sert à rien".

Le Plan Crack de la Ville de Paris - Radio France
Le Plan Crack de la Ville de Paris © Radio France - Paula Jimenez