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Cyclisme DOSSIER : Paris-Roubaix 2018

Paris-Roubaix : en 1968, le peloton découvrait la trouée d'Arenberg

lundi 2 avril 2018 à 2:06 Par Stéphane Barbereau et Christian Palka, France Bleu Nord et France Bleu

La 116ème édition de Paris-Roubaix sera marquée par un anniversaire : celui de la trouée d'Arenberg, lieu emblématique de la Reine des Classiques. France Bleu Nord se penche toute la semaine sur les petites et grandes histoires de cette traversée devenue mythique.

Les coureurs dans la trouée d'Arenberg lors de la 110ème édition de Paris-Roubaix en 2012
Les coureurs dans la trouée d'Arenberg lors de la 110ème édition de Paris-Roubaix en 2012 © Maxppp - Johan Ben Azouz

Lille, France

2 kilomètres 400 de pavés au milieu de la forêt. Située à une centaine de kilomètres de l'arrivée, la trouée d'Arenberg n'est pas le lieu où l'on peut gagner l'épreuve mais celui où l'on peut la perdre. Les coureurs y arrivent lancés à environ 60 km/h, dans un faux-plat descendant après avoir traversé le quartier d'Arenberg, sur la commune de Wallers.

Un secteur pavé découvert par Jean Stablinski

Si l'on a intégré Arenberg au parcours, c'est parce que dans les années 60, les secteurs pavés disparaissent, avalés par le macadam. En 1967, on ne compte plus que 22 kilomètres pavés (contre 55 en moyenne aujourd'hui) et l'arrivée se juge au sprint parmi une dizaine de coureurs. C'est le Néerlandais Jan Janssen qui l'emporte. Jean-Marie Leblanc (directeur du Tour de France de 1989 à 2006) était à l'époque co-équipier du champion néerlandais : 

Cette édition avait été banale, pas captivante. Jacques Goddet, patron de l'Equipe, avait été particulièrement déçu par le déroulement monotone de la course

le Nordiste Jean-Marie Leblanc, ancien directeur du Tour de France et de Paris-Roubaix - Radio France
le Nordiste Jean-Marie Leblanc, ancien directeur du Tour de France et de Paris-Roubaix © Radio France - Stéphane Barbereau

Jacques Goddet ordonne alors au responsable des parcours au sein du journal L'Equipe, Albert Bouvet : "Albert, trouvez-moi des pavés". Sauf que le Breton Albert Bouvet n'a pas une connaissance assez fine du Nord-Pas-de-Calais pour dénicher de nouveaux secteurs, il fait alors appel à son ami, le champion du Monde, Jean Stablinski.

Reportage sur les origines d'Arenberg

50 ans après, Génia Stablinski, la veuve du plus célèbre des mineurs devenu cycliste, raconte cette quête de pavés : 

Je me souviens qu'un jour mon mari m'a dit : on va faire une omelette à la maison parce que je vais recevoir Albert Bouvet, on va aller voir après des pavés

Génia Stablinski, l'épouse du champion nordiste Jean Stablinski - Maxppp
Génia Stablinski, l'épouse du champion nordiste Jean Stablinski © Maxppp - Photo PQR/Voix du Nord

Cette anecdote a contribué à la légende du maître à penser du cyclisme français des années 60. Stablinski, mineur quelques semaines seulement à Arenberg, travaillant dans des galeries souterraines parmi les 3 000 ouvriers de l'époque, avant de devenir le champion sportif que l'on sait (champion du Monde en 1952). Ce qu'il résumait par cette phrase devenue célèbre :

Je suis le seul à être passé en-dessous et au-dessus d'Arenberg" - Jean Stablinski

Les guerriers d'Arenberg

En 1968, ils sont 160 coureurs au départ de Paris-Roubaix, ils ne seront que 44 à l'arrivée au Vélodrome, dont le Nordiste Philippe Crépel qui raconte l'ambiance dans le peloton au moment d'aborder la trouée : 

Au bout d'un demi-siècle, la guerre avant la tranchée d'Arenberg existe toujours, il n'y a rien de changé

L'ancien coureur cycliste Philippe Crépel, dernier de Paris-Roubaix 1968 - Maxppp
L'ancien coureur cycliste Philippe Crépel, dernier de Paris-Roubaix 1968 © Maxppp - Photo PQR / Voix du Nord

Plus que la découverte d'Arenberg, cette édition 1968 marque un changement profond d'itinéraire insiste Philippe Crépel : "c'est le grand virage par l'Est, le Cambrésis, le Valenciennois. Avant, c'était Doullens, Arras et Mons en-Pévèle et on allait gaiement vers Roubaix. Il y avait des pavés mais rien à voir avec ce qui va suivre"

Cette édition 1968 sera remportée par Eddy Merckx qui ajoutera deux victoires supplémentaires les années suivantes au vélodrome roubaisien. Le 44ème et dernier coureur ce jour-là était Philippe Crépel. 44 rescapés sur les 160 au départ. Ce qui vaudra au Nordiste d'être associé à Merckx le lendemain dans l'édito de l'Equipe signé Jacques Goddet. Des décennies après, le Véloc-Club Roubaisien s'en souviendra au moment de lui attribuer une plaque à son nom dans les vestiaires en béton du vélodrome, privilège réservé normalement aux seuls vainqueurs de l'épreuve.