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Société
Dossier : Paroles de mineurs

PAROLES DE MINEURS - André Varenne, la grève et la fin du puits Pigeot

ÉPISODE 5 - Dix portraits, dix vies, une mine. France Bleu Saint-Étienne Loire vous propose pour cette cinquième rencontre de découvrir André Varenne, mineur à La Ricamarie qui a commencé en 1965 et qui a participé à la grève de 1982 contre la fermeture du puits Pigeot.

André Varenne a commencé la mine en 1965 et a participé à la grève de 1982 contre la fermeture du puits Pigeot.
André Varenne a commencé la mine en 1965 et a participé à la grève de 1982 contre la fermeture du puits Pigeot. © Radio France - Alexandre Czuczman

Âgé de 70 ans, André Varenne se souvient précisément de son entrée à la mine en 1965, à La Ricamarie (Loire), au puits Pigeot. Il passe huit années à travailler au fond en tant qu'électro-mécanicien puis comme agent de maîtrise, jusqu'à fin 1983, date de la fermeture du puits. Il s'est ensuite occupé des comités d'entreprises et des activités culturelles et sociales pour les mineurs.

"On a tous compris que c'était la fin par la force des choses. On a terminé la mine faute de combattants, pas faute de charbon. On a fait ce qui était en notre pouvoir"

Les mineurs et la naissance de la Sécurité sociale

Avant la fin, il y a bien sûr eu des mobilisations des salariés. André Varenne raconte : "Les mineurs ont souvent entraîné tout le reste de l'industrie dans les grèves. On avait un peu le sentiment d'être des leaders. On était vraiment en pointe en ce qui concerne le social."

Il y a eu également tout l'aspect solidaire, sociale, pour faire face aux aléas de la vie, la maladie, les blessures. Le modèle solidaire des mineurs a beaucoup inspiré dans l'après-guerre. "Il faut reconnaître une chose, on a fait avancer pas mal de choses notamment la Sécurité sociale. Le régime général est parti de ce qui avait été créé dans les mines (...). Il y avait une caisse qui avait été créée à l'époque pour les mineurs, (...) cela s'appelait La Fraternelle. Cette caisse avait été faite pour verser un salaire aux mineurs blessés et aux mineurs malades."

André Varenne se souvient des revendications très dures des mineurs face à l'hostilité de leur métier - Radio France
André Varenne se souvient des revendications très dures des mineurs face à l'hostilité de leur métier © Radio France - Alexandre Czuczman

Des revendications face à la dureté du métier

André Varenne explique que les mineurs de fond n'étaient pas des "nantis" et justifie les positions syndicales assez inflexibles à l'époque chez les mineurs lors des conflits. C'était un véritable bras de fer avec les dirigeants.

"Du fait que c'était un métier dur, on était durs dans la revendication" - André Varenne, ancien mineur, syndicaliste

"Si on avait plus que les autres, c'est parce qu'on exerçait un métier difficile, qu'on avait revendiqué. On a dit 'nous, on veut bien aller tomber du charbon mais il faut être payé en conséquence'."

"Et du fait que c'était un métier dur, on était durs dans la revendication, on était durs face aux forces de l'ordre, etc. Par définition, le métier de mineur est difficile, hostile, avec la chaleur, le bruit, des chantiers accidentés. Cela nous faisait pas beaucoup peur de voir les casqués nous foncer dessus. À la limite, on peut toujours lever le drapeau blanc tandis qu'avec la mine, quand elle s'éboule, elle s'éboule..."

Le mouvement de 1982 pour sauver le puits Pigeot

André Varenne se souvient que les mineurs de fond, qui travaillaient avec les risques d'accidents permanents. La dernière grande confrontations, la dernière grande grève fut celle de 1982, "cinq semaine de grève", se souvient André, "contre la fermeture du fond".

Les mineurs ont occupé le fond "pendant trois semaines", d'après André Varenne. "On s'est aperçus que ça ne servait pas à grand-chose parce qu'en fait, à cette époque déjà, on avait beaucoup moins besoin du charbon et les industriels de la région ne tapaient pas à la porte des houillères pour avoir du charbon. Donc on aurait pu rester au fond pendant des siècles, ça n'aurait pas fait bouger le truc. Alors après, ce qu'on a fait c'est qu'on a occupé la direction générales des HBCM (Houillères du Centre et du Midi, ndlr). On nous a dit que c'était illégal. (...) À un moment donné, on n'arrive plus à contrôler, donc on s'est maintenus comme ça..."

La fin du puits Pigeot s'est conclu par la mutation de mineurs vers d'autres houillères en surface - Radio France
La fin du puits Pigeot s'est conclu par la mutation de mineurs vers d'autres houillères en surface © Radio France - Alexandre Czuczman

La grève sabotée

La mobilisation a été suspendue pendant la période de congés des mineurs de fond. "Le problème c'est qu'on arrivait aux congés. Au puits Pigeot, il restait 140 à 150 mineurs de fond. Les responsables syndicaux n'ont pas voulu priver de congés les ouvriers, donc il y a eu une mise en parenthèses du mouvement en disant 'on verra après les congés ce qui se passe'." André Varenne confie que l'exploitant en a profité pour contacter des mineurs grévistes, "les plus faibles", pour leur proposer d'être mutés dans d'autres houillères en surface, "avec une perte de salaire de 18%". Quand la grève a repris, les mineurs de fond n'étaient plus que 70 au lieu de 150 à se retrouver dans les vestiaires. Ceux qui manquaient avaient donc accepté une mutation. "On ne s'est pas retrouvés bien nombreux au fond", confie André avec la gorge serrée.

"On a tous compris que c'était la fin par la force des choses. On a terminé la mine faute de combattants, pas faute de charbon." - André Varenne, ancien mineur, syndicaliste

Le fin de la mine

C'est ensuite que tout s'est enchaîné, une logique cruellement implacable : "On n'était dans l'impossibilité d'exploiter normalement. On avait un abattage au marteau piqueur suivi du soutirage. Si on n'a pas de piqueurs, on n'exploite pas. On est restés comme ça pendant six mois. On a tous compris que c'était la fin par la force des choses. On a terminé la mine faute de combattants, pas faute de charbon. On a fait ce qui était en notre pouvoir", conclut André Varenne.

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"Paroles de mineurs" est une série de dix portraits de mineurs. À travers des témoignages et photos, découvrez l’histoire de la mine dans la Loire, celles des hommes qui y travaillaient ainsi que leurs proches. Une série créée par  Alexandre Czuczman, Olivier Roché, Elsa Piquet, Sandrine Morin, Marion Aquilina.

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