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Société DOSSIER : Paroles de mineurs

PAROLES DE MINEURS - Bouzid Ghanem, fils et petit-fils de mineur

dimanche 25 novembre 2018 à 19:10 Par Denis Souilla, Marion Aquilina et Elsa Piquet, France Bleu Saint-Étienne Loire et France Bleu

ÉPISODE 6 - Dix portraits, dix vies, une mine. France Bleu Saint-Étienne Loire vous propose pour cette sixième rencontre de découvrir Bouzid Ghanem qui a grandi dans une famille de mineurs. Il n'a jamais travaillé à la mine, pourtant cet héritage a guidé sa vie.

Bouzid Ghanem a grandi dans une famille de mineurs, son père et ses deux grands-pères étaient mineurs
Bouzid Ghanem a grandi dans une famille de mineurs, son père et ses deux grands-pères étaient mineurs © Radio France - Alexandre Czuczman

Saint-Étienne, France

Deux grands-pères mineurs et un père mineur, c'est dans cet environnement familial que Bouzid Ghanem a grandi à Saint-Étienne. Aujourd'hui, il a 54 ans et il raconte à quel point la mine a conditionné leurs vies et leurs corps. Depuis 1991, il travaille comme guide accompagnateur au Musée de la mine à Saint-Étienne.

"Mon père n'a pas voulu avoir beaucoup d'enfants parce qu'il avait cette peur d'avoir l'accident au fond"

Une famille au charbon

Bouzid Ghanem explique que son père comme son grand-père ont passé 30 ans à la mine. Son grand-père maternel a également travaillé à la mine. "Donc j'ai été imbibé, je suis dans ce moule de la mine depuis ma naissance que ce soit avec mes parents ou avec mes grands-parents qui habitaient à Saint-Paul-en-Jarez", raconte-t-il.

"Cela n'a été que des années de bonheur" - Bouzid Ghanem, fils et petit-fils de mineur

"J'ai toujours connu ces immeubles qui n'avaient pas été rénovés, on avait les WC à l'extérieur, et je me souviens de tous ces gens, je les revois encore. Cela n'a été que des années de bonheur."

"Quand je devais aller chercher le charbon à la cave, j’étais un petit peu mineur pendant un petit moment" - Radio France
"Quand je devais aller chercher le charbon à la cave, j’étais un petit peu mineur pendant un petit moment" © Radio France - Alexandre Czuczman

Mon père, ce héros

Bouzid a forcément les yeux qui brillent quand il parle des hommes de la famille qui revenaient avec les traces du charbon. "Mon père était bel homme, toujours bien mis sur lui. Je l'ai connu étant jeune, bien habillé, propre sur sa personne. 

Je me souviens qu'un jour mon frère tirait la langue dans l'escalier à une voisine. Il ne l'a fait qu'une fois..." - Bouzid Ghanem, fils et petit-fils de mineur

"C'est un homme qui était sévère à la maison mais on avait un père qui nous a appris des valeurs. Et on le remercie aujourd'hui. C'est un homme qui tenait sa maison, pas d'une main de fer, mais qui n'acceptait pas beaucoup les écarts de notre part. Je me souviens qu'un jour mon frère tirait la langue dans l'escalier à une voisine. Il ne l'a fait qu'une fois..."

Bouzid Ghanem - Radio France
Bouzid Ghanem © Radio France - Alexandre Czuczman

Les accidents et la peur de ne pas revenir du fond

Le père de Bouzid Ghanem a eu trois accidents pendant sa carrière, dont un qui a marqué sa famille : "Mon père a été victime d'un grave accident à Couriot. Je ne savais pas ce qu'il faisait, j'avais cinq ans. J'ai souvenir qu'il avait été absent très longtemps de la maison puisqu'il a été blessé en janvier 1968 et il est revenu en juin 1968. C'est un des premiers souvenirs de l'absence de notre père."

"Notre mère nous a expliqué qu'il avait été blessé au fond de la mine. À ce moment-là, on apprend qu'il fait un métier dangereux, chose dont on n'avait pas conscience, vu notre âge." - Bouzid Ghanem, fils et petit-fils de mineur

Outre cet accident, son père a également été victime d'accidents en 1958 à Couriot, et 1973 à Roche-la-Molière pour un écrasement du doigt.

"On partait souvent au Pertuiset. Mon père disait à ma mère 'Tu sais, je me demande si je vais les élever ces enfants.' Mon père n'a pas voulu avoir beaucoup d'enfants parce qu'il avait cette peur d'avoir l'accident au fond et qu'il ne puisse pas revenir, mourir au fond. Cela a été ça. Moi mon père ma l'a dit quelques fois : 'quand je vous regardais vous amuser, j'espère que je pourrai les élever'".

"Mon père n'a pas voulu avoir beaucoup d'enfants parce qu'il avait cette peur d'avoir l'accident au fond et qu'il ne puisse pas revenir, mourir au fond"- Bouzid Ghanem, fils et petit-fils de mineur

Le matricule du père de Bouzid Ghanem au Musée de la mine à Saint-Étienne - Radio France
Le matricule du père de Bouzid Ghanem au Musée de la mine à Saint-Étienne © Radio France - Alexandre Czuczman

Chercher le charbon à la cave

Certes, Bouzid a eu des frères et il a fallu organiser toute cette petite famille. "Ma mère nous faisait des plannings. Alors c'était moi qui enlevait les cendres tel jour, un autre c'est mon frère qui allait chercher le charbon à la cave. Et quand j'allais le charbon à la cave, eh bien j'étais un petit peu mineur pendant un petit moment. Je peux vous dire que dans la maison, celui qui était le plus imprégné, c'est moi, personne d'autre."

"On remplissait le seau de charbon et on crachait noir, on se mouchait noir. Mon père me disait : 'Oh tu vois tu en as avalé un petit peu. Imagine-nous depuis le temps qu'on fait ce métier qu'est-ce qu'on a dans le coffre, dans les poumons.'" 

L'ombre de la silicose

Le père de Bouzid Ghanem est mort en 2010 de la silicose. Il avait d'énormes difficultés à respirer, une incapacité supérieure à 80%. "Il est décédé d'un arrêt cardiaque dû à la silicose", explique Bouzid. 

"Cela a été reconnu par le médecin, c'est la silicose qui l'a emporté, parce qu'il a inhalé beaucoup beaucoup de charbon. Il a souffert à la fin, les trois derniers mois. Pour moi, c'est une bougie qui est partie. Je me dis toujours 's'il avait été encore là, on aurait pu parler de ça de çi.'"

"Dans la maison, celui qui était le plus imprégné de la mine, c’était moi. Personne d’autre." - Radio France
"Dans la maison, celui qui était le plus imprégné de la mine, c’était moi. Personne d’autre." © Radio France - Alexandre Czuczman

Les visites guidées pour faire vivre le puits Couriot

"Heureusement que j'ai pu écouter et voir tout ce qu'ils ont fait, les choses bien, les choses moins bien, les bêtises qu'ils ont faites à la mine. Toute cette atmosphère dans toutes ces communautés", confie Bouzid Ghanem. 

Le fils et petit-fils de mineur a choisi de devenir guide accompagnateur au musée de la mine de Saint-Étienne. "Quand je fais des visites ici, lorsque je descends avec mon groupe dans la galerie, je ne fais pas une visite pour une visite. Dès l'instant où on part, on devient tous des acteurs. J'essaie de me remettre dans les pas de ceux qui nous ont précédés il y a deux ou trois décennies."

"J'ai dit à mon père 'mais tu jettes ta pelle ?!'" - Bouzid Ghanem, fils et petit-fils de mineur

"Un jour, je me souviens, il avait fait le nettoyage de sa cave, et en remontant avec mon fils tout petit à l'époque, je trouve beaucoup d'affaires sur le trottoir. Je vois cette pelle et je me dis 'tiens, c'est celle du pépé'. J'ai dit à mon père 'mais tu jettes ta pelle ?!' Il m'a dit 'oh tout ça c'est fini, hein !' Eh bien, moi je l'ai prise et je lui ai dit 'pour toi c'est peut-être fini, mais pour moi ce n'est pas fini.'"

Le musée de la mine à Saint-Étienne - Radio France
Le musée de la mine à Saint-Étienne © Radio France - Alexandre Czuczman
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"Paroles de mineurs" est une série de dix portraits de mineurs. À travers des témoignages et photos, découvrez l’histoire de la mine dans la Loire, celles des hommes qui y travaillaient ainsi que leurs proches. Une série créée par  Alexandre Czuczman, Olivier Roché, Elsa Piquet, Sandrine Morin, Marion Aquilina."