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Société DOSSIER : Paroles de mineurs

PAROLES DE MINEURS - Hans Goldenstedt, gueule noire et prisonnier de guerre

jeudi 29 novembre 2018 à 11:23 - Mis à jour le vendredi 30 novembre 2018 à 16:37 Par Sandrine Morin, Denis Souilla, Marion Aquilina et Olivier Roché, France Bleu Saint-Étienne Loire et France Bleu

ÉPISODE 9 - Dix portraits, dix vies, une mine. France Bleu Saint-Étienne Loire a rencontré Hans Goldenstedt. A 93 ans, le vieil homme retrace son parcours incroyable qui l'a mené de Brême aux Houillères de la Loire. Un vrai roman dit-il.

Hans Goldenstedt, mineur et prisonnier de guerre
Hans Goldenstedt, mineur et prisonnier de guerre © Radio France - Olivier Roché

Saint-Étienne, France

Hans Goldenstedt, est né à Brême en Allemagne le 5 juin 1925. Il est allemand, il est devenu stéphanois depuis grâce au hasard de la guerre. C'est avec son accent, toujours là, et son français impeccable, qu'il nous raconte son parcours. Il a fallu aller outre les blessures et la fatigue physique intense. Il a fallu être prisonnier de guerre. Il a fallu vivre en étant Allemand en France, au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Il a fallu devenir mineur.

Hans Goldenstedt, mineur et prisonnier de guerre

Le jeune soldat allemand blessé dans le nord de la France

"J’ai d’abord fait mes études en Allemagne, je suis allé en apprentissage, dans une entreprise de construction automobile. Après je suis rentré dans une école d’ingénieur. Mais là, je ne suis pas resté très longtemps, parce que six mois après, on m’a appelé au service militaire. C’était la guerre à cette époque. J’ai été appelé le 25 août 1943. Après instruction militaire, je me suis retrouvé en Belgique près de Bruges. On m’a attribué une grosse moto. Le 5 mai 1944, j’ai eu un très grave accident avec le véhicule de l’armée allemande. Double fracture du bassin, lésion de la colonne vertébrale." 

"J’ai franchi la frontière entre la Belgique et la France par train sanitaire le 5 juin 1944" - Hans Goldenstedt

"Mais vous savez Bruges ce n’était pas loin de la Manche. Ils sentaientt qu’il allait arriver quelque chose. Ils voulaient libérer des lits. Donc j’ai franchi la frontière entre la Belgique et la France par train sanitaire, le 5 juin 1944. C’est resté dans ma mémoire parce que c’était mon anniversaire. Je me suis retrouvé à Thonon-les-Bains dans un hôpital militaire allemand. Et là on a été fait prisonniers le 17 août 1944 par les maquisards de la Haute-Savoie."  

Hans Goldenstedt lors de sa venue à la fin des années 1940 dans la Loire - Radio France
Hans Goldenstedt lors de sa venue à la fin des années 1940 dans la Loire © Radio France - Olivier Roché

Prisonnier de guerre à Saint-Étienne

Lors de l'arrivée de l'hiver 1944, Hans Goldenstedt et d'autres prisonniers de Thonon rejoignent la Loire et sont envoyés à Saint-Étienne. A ce moment-là, fin septembre 1945, on dénombre 730 000 prisonniers allemands en France.

"Il y a eu quand même des morts. Je n’aime pas bien en parler. Celui qui ne l’a pas vécu, hein, c’est difficile de l’expliquer." " - Hans Goldenstedt

"On nous a envoyés à Saint-Étienne, à la Giradière. C’était un camp qui s’appelait le Commando 104. Il appartenait aux Houillères de Saint-Étienne. On partait le matin pour aller travailler et on rentrait le soir au camp. On devait au moins 400 si c'est pas plus. À peu près 50 par baraquement. Au début, c’était très difficile pour la nourriture. Il y a eu quand même des morts. Je n’aime pas bien en parler. Celui qui ne l’a pas vécu, hein, c’est difficile de l’expliquer." 

Le travail du charbon en surface

"J’ai commencé et j’ai été déclaré inapte pour le fond à cause des blessures. Là, j’ai travaillé comme manœuvre à l’extérieur. Et puis un jour, l’interprète passe par les baraquements pour demander s’il n’y avait pas un spécialiste "Bureau d’études". C’est tombé sur moi. 

"Je ne parlais pas un seul mot de français. Tout juste « merci »" - Hans Goldenstedt

"Je suis rentré en tant que prisonnier de guerre au bureau d’études en ne parlant pas un seul mot de français. Tout juste "merci". (Il en rit encore) Alors mes collègues se sont tous employés à m’apprendre le français. Parce que pour faire les dessins, il fallait quand même faire des annotions en français."

Hans Goldenstedt a décidé de rester à Saint-Etienne alors que Brême était toujours en ruines au sortir de la guerre - Radio France
Hans Goldenstedt a décidé de rester à Saint-Etienne alors que Brême était toujours en ruines au sortir de la guerre © Radio France - Olivier Roché

Hans devient "travailleur libre" à  la mine

"Début 1948, on commençait à parler de notre retour dans notre foyer. Et le directeur m’a demandé si je ne voulais pas rester. Quand ma ville natale était encore en ruines, j’ai accepté. Et puis j’étais libre. J’ai signé un contrat de travailleur libre." 

"Bien sûr j’étais fier de mon métier. Mon parcours, c’est un vrai roman" - Hans Goldenstedt

"Mon travail : c’était réaliser des engins pour l’exploitation du charbon. Quand j’avais des études à faire, j’allais d’abord au fond, pour voir dans quelle condition ce serait utilisé. Chaque fois que j’allais au fond, c’était enregistré. Donc à la fin de ma carrière, j’avais tout de même plus de six ans de fond. Bien sûr j’étais fier de mon métier."

Le regard des filles

"Mon parcours, c’est un vrai roman. (Il sourit) J’étais libre et je me promenais à Saint-Étienne. Je voyais les têtes des femmes et des filles qui se retournaient mais je n’osais pas les accoster. Je parlais encore très peu le français et j’étais un ancien prisonnier. Vous savez, c’était pas bien vu au début. Et puis, à Saint-Étienne,  j’ai fait la connaissance d’une jeune Stéphanoise qui m’interpellé. Voilà !" 

  - Aucun(e)

"Paroles de mineurs" est une série de dix portraits de mineurs. À travers des témoignages et photos, découvrez l’histoire de la mine dans la Loire, celles des hommes qui y travaillaient ainsi que leurs proches. Une série créée par  Alexandre Czuczman, Olivier Roché, Elsa Piquet, Sandrine Morin, Marion Aquilina."