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Société
Dossier : Paroles de mineurs

PAROLES DE MINEURS - Henri Wozniak et l'accident du puits Charles

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Par , , France Bleu Saint-Étienne Loire, France Bleu

ÉPISODE 4 - Dix portraits, dix vies, une mine. France Bleu Saint-Étienne Loire retrace le quotidien de Henri Wozniak, qui a travaillé vingt-trois ans au fond et qui a vécu un des accidents les plus terribles des houillères de la Loire, en 1968, à Roche-la-Molière.

Henri Wozniak, ancien mineur
Henri Wozniak, ancien mineur © Radio France - Alexandre Czuczman

Henri Wozniak a 82 ans. Il vit à Roche-la-Molière (Loire) et est né, comme une bonne partie de la communauté polonaise, à Beaulieu. Il a travaillé vingt ans au puits Charles et puis il a aussi passé une partie de sa carrière en Lorraine. Vingt-trois ans de mine en tout. 

"J'ai voulu rentrer à 14 ans mais on ne m'a pas pris à la mine, je ne sais pas pourquoi, ils n'ont pas voulu" - Henri Wozniak, ancien mineur

"J’ai suis rentrée au puits Charles à 19 ans, apprenti. J’ai voulu rentré à 14 ans. Mais ils n’ont pas voulu. On ne m’a pas pris. Je ne sais pas pourquoi."

Le jour de l'accident

Un des moments inoubliables de sa carrière, c’est l’accident de Roche-la-Molière le 3 mai 1968, où six mineurs de fond sont morts au puits Charles. Le drame s'est produit en milieu de matinée, lorsqu'un coup de grisou a soufflé la galerie dans laquelle travaillaient les mineurs, à 190 mètres sous terre. Lorsque les équipes dépêchées sur place ont finalement pu atteindre le lieu de la catastrophe, vers 15 heures, les six hommes étaient déjà morts. 

"Au moment de l’accident, je travaillais de nuit, je suis rentré à la maison. J'ai été me coucher, et puis vers les 9 heures, ça a tapé à la porte. Comme je faisais partie des sauveteurs, ils sont venus me chercher. Et j’y suis allé. Quand je suis arrivé, j’ai donné la main.  Et on a sorti les… (silence ) On a sorti les... Ils étaient là. Un d’un côté et un de l’autre. Ils étaient six. Ils nous ont donné de la toile et on les a mis dans la toile." 

Henri Wozniak a commencé à la mine à l'âge de 19 ans - Radio France
Henri Wozniak a commencé à la mine à l'âge de 19 ans © Radio France - Alexandre Czuczman

Quand les larmes remontent

Henri Wozniak n'a rien oublié. L'odeur, les sensations, ce qu'il a vu, ce qu'il a touché, l'horreur, les cadavres. Comment en parler sans revivre ce moment gravé à jamais. Après le coup de grisou et l'explosion, il se souvient. "Quand on les attrapait, ça rentrait dans la peau. Ils étaient brûlés peut-être sur un bon centimètre. Ils ont compté à peu près 2000 degrés cette l’explosion. Ça brûlait, ça noircit..."

"C’est inimaginable d’attraper ces morts. C’est resté et ça restera. On se connaissait tous. Ça été une journée dure. Quand je raconte, je suis obligé de pleurer. Il y en avait six quand même." - Henri Wozniak, ancien mineur

"Du coup quand on les mettait dans les toiles, un copain Ferri disait à un nommé Jouve 'Tu pleures ?' Et Jouve il dit 'Non, je ne pleure pas, ce sont mes larmes qui coulent.' C’est inimaginable d’attraper ces morts. C’est resté et ça restera. On se connaissait tous. Il y avait Giraud, il y avait Chojnacki. Lui il avait je crois 22 ou 23 ans."  

Wladislas Wander, 48 ans. André Valour, 46 ans. Maurice Giraud, 36 ans. Pierre Souchière, 36 ans. Christian Chojnacki, 22 ans. Pierre-Henri Thomasson. Tous sont morts pendant cette catastrophe. 

Henri Wozniak, ancien mineur - Radio France
Henri Wozniak, ancien mineur © Radio France - Alexandre Czuczman

Le grisou, la mort qui rôde

Cinquante ans après, évidemment, Henri tente de comprendre les raisons de cet accident. À l’époque, la CGT avait immédiatement dénoncé les piètres mesures de sécurité au puits Charles. Et pour l’ex-mineur, c’est la réalité. 

"On travaillait vraiment dans l’insécurité" - Henri Wozniak, ancien mineur

"Il y avait du grisou. C’était phénoménal. C’est le gaz du charbon. On ne le sent pas le grisou. C’est à la lampe de mineur qu’on voit. S’il y a beaucoup de grisou, claque, elle s’étouffe. Quand le bout-de-feu venait, il ne venait même pas avec sa benzine, sinon sa lampe s’éteignait. On travaillait vraiment dans l’insécurité."

Henri Wozniak ne peut s'empêcher de pleurer quand il repense à ces mineurs morts lors du coup de grisou - Radio France
Henri Wozniak ne peut s'empêcher de pleurer quand il repense à ces mineurs morts lors du coup de grisou © Radio France - Alexandre Czuczman

"Pour moi, ce n’est pas un coup de poussière.  C’est un coup de grisou. Eh oui, il aurait pu y avoir beaucoup de poussière, et quand la dynamite a explosé elle aurait pu allumer cette poussière. Cela aurait fait un 'coup de poussière'. Mais pour moi c'est un coup de grisou. Peut-être qu'un coup de mine n'a pas été bouché parce qu'on arrivait à tirer une cinquantaine de coups de mine. On mettait la dynamite et on bourrait avec du sable. Peut-être qu'un coup de mine n'a pas été bouché avec du sable. Les gars étaient à quinze mètres, ils ont été brûlés."

"Quand on a repris le chantier, on y pense... Pas spécialement peur, mais il n’y avait pas le choix." - Henri Wozniak, ancien mineur

Une grève le jour des obsèques

Une grève de vingt-quatre heures a été décidée pour le jour des obsèques. Et Henri Wozniak garde précieusement des photos de ce jour-là. 

"L’enterrement, ça été fort. C’était au stade de Beaulieu, à Roche. Tous les six étaient exposés, avec quatre mineurs à côté. Quand on a repris le chantier, on y pense... Pas spécialement peur, mais il n’y avait pas le choix." 

Les obsèques de Wladislas Wander, André Valour, Maurice Giraud, Pierre Souchière, Christian Chojnacki et Pierre-Henri Thomasson.  - Radio France
Les obsèques de Wladislas Wander, André Valour, Maurice Giraud, Pierre Souchière, Christian Chojnacki et Pierre-Henri Thomasson. © Radio France
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"Paroles de mineurs" est une série de dix portraits de mineurs. À travers des témoignages et photos, découvrez l’histoire de la mine dans la Loire, celles des hommes qui y travaillaient ainsi que leurs proches. Une série créée par  Alexandre Czuczman, Olivier Roché, Elsa Piquet, Sandrine Morin, Marion Aquilina, Frédéric Bœuf.

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