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Société
Dossier : Paroles de mineurs

PAROLES DE MINEURS - Renée, femme de mineur de fond

ÉPISODE 3 - Dix portraits, dix vies, une mine. France Bleu Saint-Étienne Loire retrace le quotidien de Renée, dont le mari a passé 30 ans au fond. Une vie de joies et d'angoisses pour cette femme et fille de mineur.

Renée, se souvient de la mine, son mari a passé trente ans au fond
Renée, se souvient de la mine, son mari a passé trente ans au fond © Radio France - Marion Aquilina

Renée, 80 ans, habite la Cité minière des Trois-Ponts au Chambon-Feugerolles (Loire) depuis 42 ans.  Un appartement très lié à la mine : "C’étaient des cités entièrement dédiées aux mineurs. À une certaine époque, ils ont commencé à vendre des appartements. Parce que moi à l'origine, j'habitais la cité à côté. Quand on a eu la possibilité de pouvoir acheter cet appartement, on était bien contents de l’avoir. Donc on a fait tout transformé. Il y avait beaucoup de transformations à faire... Et on avait aussi la facilité de pouvoir acheter sur un crédit avec des intérêts vraiment intéressants.

"Pour nous, femmes de mineurs, on vivait dans l’angoisse" - Renée, épouse de Jean, mineur de fond et piqueur

"Ensuite, le gouverneur lui a dit si tu veux, tu peux aller au fond"

« Le matin on les voyait partir, on se disait, est ce qu’ils vont revenir ? » - Renée, femme d'un ancien mineur de fond - Radio France
« Le matin on les voyait partir, on se disait, est ce qu’ils vont revenir ? » - Renée, femme d'un ancien mineur de fond © Radio France - Marion Aquilina

De père en fils

"Mon mari est né le 22 mai 1935 à Firminy. Il s’appelait Jean. Il a commencé au fond de la mine le 4 octobre 1951. Il avait à l’origine un CAP de menuisier, mais déjà à cette époque il ne trouvait pas de travail."

"Son papa travaillait déjà à la mine. Alors il lui a dit 'eh bien puisque tu trouves rien, essaie de te faire inscrire'. Donc il a commencé à trier les pierres, dehors. Ce qu’on appelait les clappeuses. Ensuite, le gouverneur lui a dit 'si tu veux, tu peux aller au fond'... Il est descendu au fond. Il a commencé par étapes et il a fini piqueur. Il a été au pique pendant presque trente ans. Il a fait du boisage."

Renée, femme d’un ancien mineur de fond - Radio France
Renée, femme d’un ancien mineur de fond © Radio France - Alexandre Czuczman

La peur au ventre

Être femme de mineur, c'est vivre avec la peur au quotidien, à chaque fois que son mari part travailler. "Le matin, on les voyait partir et on se disait 'est-ce qu’ils vont revenir ?' Parce qu'il y avait beaucoup d'accidents. Enfin, lui en fait il n’a jamais eu de grave accident. Des petites blessures. Par contre, il a été pris quand il y a eu la catastrophe à Roche.

Renée se souvient du coup de grisou de mai 1968 - Radio France
Renée se souvient du coup de grisou de mai 1968 © Radio France - Marion Aquilina

Le jour de la catastrophe

Mais cette catastrophe de Roche-la-Molière, près de Saint-Étienne, a été un moment marquant dans sa vie. "C’était en mai 1968. Il y a eu six morts. Mon mari y travaillait. Et c’est un de ses camarades qui l’a tiré du passage de l’explosion. Nous, on l’a su tout de suite pratiquement. J’étais allée faire mes courses à Firminy. Et on m’a dit, il y a eu un coup de grisou à Roche. Bien sûr, je suis rentrée à la maison en catastrophe. J’ai attendu et puis à deux heures, il est rentré. Il avait les cheveux un petit peu brûlés, les sourcils un petit peu brûlés. M’enfin il est rentré."

"Il s'est assis et puis bon, il m'a expliqué en gros, parce qu'il ne savait pas exactement" - Renée, épouse de Jean, mineur de fond et piqueur

La gorge serrée lorsqu'elle raconte, Renée continue à détailler ce passage de grande inquiétude pour elle. "Il s'est assis et puis bon, il m'a expliqué en gros, parce qu'il ne savait pas exactement. Et puis un quart d'heure après, j'ai entendu frapper. C'était mon papa, qui était mineur. Il l'avait su, il était venue voir à la maison. À l'époque, il n'y avait pas de portable, pas de téléphone. Donc il avait pris le trolley. Il a ouvert la porte, il a regardé mon mari et il a dit 't'es là ! Bon, alors je repars !' Alors je lui ai dit 'mais rentre papa, tu vas pas partir comme ça !' C’est vrai que ce sont des moments dans la vie, c'est dur, dur à assumer." 

Renée, femme de Jean, un ancien mineur de fond - Radio France
Renée, femme de Jean, un ancien mineur de fond © Radio France - Alexandre Czuczman

Le changement de vie

Après l'événement, et le choc sans doute, Jean a voulu se mettre en arrêt de travail mais son médecin l'a mis en garde. Pourra-t-il garder sa place ? "Si tu te mets en arrêt de travail, tu ne redescendra plus..." Alors Jean a continué à piquer.

"Quand on partait en vacances, on partait dans les maisons de mineurs" - Renée, épouse de Jean, mineur de fond et piqueur

"J'étais inquiète", reconnaît Renée. On pourrait dire qu'on s'y habitue un petit peu, même si ce n'est pas le mot qui convient exactement. Et puis quand mon mari a arrêtée, moi j'ai arrêtée. J'étais tisseuse. Et puis en 1959, on a eu notre fille. Et puis après je n'ai pas travaillé pendant un bon moment. Et puis après je suis rentrée à la clinique Robespierre où j'ai travaillé douze ans".

"Quand on partait en vacances, on partait dans les maisons de mineurs, dans le Nord, en Bretagne. En principe, on partait une fois dans l'année. Et puis après quand j'ai touché ma petite retraite, on partait deux fois dans l'année. On en a bien profité."

  - Aucun(e)

"Paroles de mineurs" est une série de dix portraits de mineurs. À travers des témoignages et photos, découvrez l’histoire de la mine dans la Loire, celles des hommes qui y travaillaient ainsi que leurs proches. Une série créée par  Alexandre Czuczman, Olivier Roché, Elsa Piquet, Sandrine Morin, Marion Aquilina, Frédéric Bœuf.

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