Société

"Pas de cas particulier pour l’Alsace": bataille rangée autour de l'allemand au collège

Par Alexandre Tandin, France Bleu Alsace et France Bleu Elsass mardi 28 avril 2015 à 11:00

Traité de l'Elysée, langues, Sarre-Lorraine, bilinguisme
Traité de l'Elysée, langues, Sarre-Lorraine, bilinguisme © - PhotoPQR/L'Alsace

Après les députés, ce sont les sénateurs qui montent au créneau contre "la suppression des classes bilangues et européennes". L'explication de texte du ministère de l'Education nationale a bien du mal à passer, notamment en Alsace qui devrait donc bénéficier d'un régime un peu différent, mais pas trop... Explications.

Ils sont 47 sénateurs de tous bords à signer une tribune commune, ce lundi 27 avril, contre la réforme des collèges et plus spécifiquement "sur la suppression des classes bilangues et européennes ", embrayant ainsi le pas à la même démarche effectué depuis plusieurs semaines à l’Assemblée nationale. Et l’Allemagne s’inquiète, par l’intermédiaire de son ambassadrice à Paris, Susanne Wasum-Rainer «à nos yeux, ce projet de réforme menace nos accords bilatéraux» .

Le ministère a donc décidé de sortir les griffes et rappelle que cette réforme a été adopté à l’unanimité, et qu’elle respect entièrement le traité de l’Elysée. Quant à l’argument sur la langue allemande qui serait visée, Najat Vallaud-Belkacem le balaye d’un revers de la main en sortant ses chiffres: "le ministère anticipe l’augmentation du nombre d’élèves pratiquant l’allemand en recrutant plus d’enseignants d’allemand: 443 postes en 2014, 514 en 2015 contre 199 en 2010" . Sous-entendu, qui était en responsabilité il y a 5 ans? Le ministère dit préparer une "carte des langues dans les académies, permettant de garantir une continuité de l’offre en primaire et au collège, et veillant à favoriser la diversité linguistique qui profitera à l’apprentissage de l’allemand" . **

« Il n’y a pas de cas particulier pour l’Alsace »

Au niveau alsacien, la confusion est la même. La semaine dernière le recteur de l'académie de Strasbourg, Jacques-Pierre Gougeon déclarait à France Bleu Alsace que la disparition des classes bilangues en sixième ne concernait pas l'Alsace: "Comme chaque recteur reste maître chez lui, c'est lui qui définit sa politique, sa stratégie. En Alsace, la politique en faveur du bilinguisme et en faveur des langues en général demeure et je me suis battu pour cela." 

LIRE > Réforme des collèges: l'Alsace garde ses classes bilangues **

Pour la directrice générale de l’enseignement scolaire, Florence Robine: "il n’y a pas de cas particulier pour l’Alsace , le régime de la réforme du collège s’applique à l’ensemble du territoire français, les sections européennes ne sont pas maintenues, pour la bonne raison que, d’une certaine façon, ce renforcement linguistique, il est offert à tous les élèves."

Florence Robine pour PAD

Le recteur d’Académie d’Alsace Jacques-Pierre Goujon déclarait pourtant sur l’antenne de France Bleu Alsace la semaine dernière, à propos de la réforme du collège: «il est clairement précisé que les académies transfrontalières, donc la nôtre, conservent leurs dispositifs bilangues, [et leurs] classes européennes.»

Ni l’un ni l’autre ne se contredisent… la réforme du collège prévoit bien en effet que "tous les élèves ayant suivis l’allemand, ou une autres langue que l’anglais à l’école élémentaire, pourront débuter l’apprentissage de l’anglais en LV2 dès la 6e." "Il n’y a donc pas du tout de suppression des bilangues anglais allemand,  il y a au contraire cette possibilité qui est inscrite dorénavant dans les textes, d’avoir une vraie continuité linguistique entre l’élémentaire et le collège ", précise Florence Robine, directrice générale de l’enseignement scolaire.

Florence Robine 6h50 Garantie classe bilangue partout

"Nous allons construire un travail de partenariat très important avec l’Allemagne, avec  l’OFAJ (Office franco-allemand pour la jeunesse) pour développer encore les échanges, les jumelages, dès le plus jeune âge" déclare Florence Robine. Car, précise-t-elle, "l’apprentissage de l’allemand se construit dans la durée […] C’est bien dans cet esprit là que nous souhaitons véritablement conforter nos relations en particulier avec l’Allemagne."

Les vacances scolaires viennent de débuter en Alsace, mais rien ne dit que le débat va redescendre d’un cran. Le député UMP Eric Straumann, président du conseil départemental du Haut-Rhin fait pour sa part une proposition choc: qu’en Alsace, l’enseignement de l’Allemand soit obligatoire .

Straumann allemand obligatoire