Société

PHOTOS - Alfred Dreyfus en six images

Par Blandine Costentin, France Bleu Alsace, France Bleu Elsass et France Bleu mercredi 13 janvier 2016 à 6:22

Le projet de monument qui sera érigé à Mulhouse en hommage au capitaine Dreyfus.
Le projet de monument qui sera érigé à Mulhouse en hommage au capitaine Dreyfus. - Sylvie Koechlin, sculpteur.

La ville de Mulhouse organise en 2016 une "année Dreyfus" : hommage à Alfred Dreyfus, natif de la ville, au cœur de la célèbre affaire qui ébranla la France au tournant du XIXe siècle. En 2016, on célèbre les 110 ans de la réhabilitation du capitaine Dreyfus.

Mercredi 13 janvier, Mulhouse organise une cérémonie pour lancer 2016, année Dreyfus : cela fait 110 ans que le capitaine Alfred Dreyfus, injustement accusé de trahison au profit de l’Allemagne, a été réhabilité. Et le 13 janvier est également une date symbolique, puisque c’est le 13 janvier 1898 que l’écrivain Emile Zola a publié son célèbre "J’accuse !". L’article, publié en une de L’Aurore, a lancé l’affaire et ouvert le long chemin vers la vérité. L’affaire Dreyfus est universellement connue, mais peu de monde sait qu’Alfred Dreyfus est né en Alsace. Et tous les Mulhousiens ne savent pas qu’il a vu le jour dans leur ville. Mulhouse honore sa mémoire et inaugurera en octobre 2016 un monument en son honneur,  érigé parc Steinbach, créé par Sylvie Koechlin.

La maison natale d’Alfred Dreyfus

La maison natale d'Alfred Dreyfus à Mulhouse. - Aucun(e)
La maison natale d'Alfred Dreyfus à Mulhouse. - DR

La maison où naît Alfred Dreyfus à Mulhouse en 1859 (DR).

C’est dans cette maison, au croisement de la rue du Sauvage et de la place des Victoires qu’Alfred Dreyfus voit le jour le 9 octobre 1859. Les Dreyfus étaient d’abord des commerçants de Rixheim, près de Mulhouse, puis le père d’Alfred Dreyfus s’enrichit dans l’immobilier mulhousien, en pleine expansion, et investit dans le textile. Après la défaite de 1870 et l’annexion de l’Alsace-Moselle, la famille Dreyfus opte pour la nationalité française et s’installe à Paris

Alfred Dreyfus, capitaine de l’armée française

Alfred Dreyfus photographié en 1890 par Aaron Gerschel. - Aucun(e)
Alfred Dreyfus photographié en 1890 par Aaron Gerschel. - Aaron Gerschel, Musée d'art et d'histoire du judaïsme.

Alfred Dreyfus, recadrage de la photographie originale d'Aaron Gerschel, prise en 1890, Musée d'art et d'histoire du judaïsme, Paris.

Une partie de la famille Dreyfus est rentrée en Alsace pour pouvoir administrer la filature familiale. Alfred, lui, reste à Paris : il fait Polytechnique et entame une carrière militaire. Il rentre régulièrement voir les siens à Mulhouse, ce qui a pu lui porter tort dans une partie de l’opinion : même si sa famille a la nationalité française, l’Alsace est allemande… Au moment où l’affaire éclate, en 1894, Alfred Dreyfus est stagiaire à l’Etat-major, dans la section des statistiques, c’est-à-dire le renseignement militaire. La présence de ce militaire juif, issu d’une famille de commerçants et d’industriels, dénote dans une armée encore très traditionnaliste.

La dégradation

La dégradation d'Alfred Dreyfus. - Aucun(e)
La dégradation d'Alfred Dreyfus. - Jacques Henri Meyer

La dégradation d'Alfred Dreyfus : dessin en une du Petit journal du 13 janvier 1895, par Jacques Henri Meyer, dit Reyem (Bibliothèque nationale de France).

En septembre 1894, une opération d’espionnage au profit de l’Allemagne est découverte au sein de l'Etat-major. Sur un document adressé à un militaire d’outre-Rhin, les enquêteurs militaires affirment reconnaître l’écriture de Dreyfus. Un dossier à charge est constitué contre lui. En décembre, il est jugé coupable de haute-trahison et condamné à la déportation au bagne de Cayenne. Le 5 janvier 1895, Alfred Dreyfus subit la "dégradation" dans la cour des Invalides à Paris : épaulettes arrachées, épée brisée. Ce dessin publié en une du Petit journal est l’image emblématique de ce moment. Il est signé d’un autre Mulhousien : Jacques Henri Meyer, dit Reyem, illustrateur pour la presse, mais aussi les romans de Jules Verne. 

L’île du Diable

Le cabanon où Dreyfus fut incarcéré sur l'île du Diable. - Maxppp
Le cabanon où Dreyfus fut incarcéré sur l'île du Diable. © Maxppp

Le cabanon où Dreyfus est détenu, sur l'île du Diable (dessin de 1935, Maxppp).

C’est dans ce cabanon qu’Alfred Dreyfus est incarcéré, sur l’île du Diable, au bagne de Cayenne en Guyane, de 1895 à 1899. Les visiteurs peuvent encore en voir les vestiges. Pendant ce temps, dans l’hexagone, le nouveau chef du renseignement, le lieutenant-colonel Picquart, reprend l’enquête et découvre que le véritable coupable est un certain Esterhazy. Picquart est alors écarté par ses supérieurs, tandis que de faux documents accablant Dreyfus sont ajoutés au dossier. En novembre 1897, Mathieu Dreyfus, frère d’Alfred, publie une lettre ouverte au ministre de la Guerre où il dénonce Esterhazy comme le vrai coupable. 

"J’accuse !"

La une de L'Aurore du 13 janvier 1898. - Aucun(e)
La une de L'Aurore du 13 janvier 1898.

La une recadrée du journal L'Aurore publié le 13 janvier 1898 (Bibliothèque nationale de France). Le titre "J'accuse !" n'est pas de Zola, mais de Georges Clemenceau.

Le 11 janvier 1898, le conseil de guerre blanchit Esterhazy, véritable coupable. Deux jours plus tard, Emile Zola, l’auteur des Rougon-Macquart, publie un article dans L’Aurore où il dénonce la "machination" de l’armée pour faire de Dreyfus le coupable, une enquête d’une "monstrueuse partialité", un "crime de lèse-justice". L’article, titré "J’accuse" par le futur président du conseil Georges Clemenceau, est le véritable lancement de l’ "affaire". Zola, condamné à la prison ferme pour diffamation, s’exile en Angleterre, mais en octobre, la Cour de cassation demande la révision du procès.

La réhabilitation

La réhabilitation de Dreyfus, le 12 juillet 1906. - Aucun(e)
La réhabilitation de Dreyfus, le 12 juillet 1906. - Valerian Gribayedoff

La sentence de réhabilitation, photographie de Valerian Gribayedoff, photographe d'origine russe, qui a suivi l'affaire Dreyfus.

Cette photo du 12 juillet 1906 montre la réhabilitation d’Alfred Dreyfus par la Cour de cassation qui reconnaît que sa condamnation a été prononcée "à tort". Le lendemain, les députés votent une loi réintégrant Dreyfus dans l’armée, ainsi que le lieutenant-colonel Picquart qui a travaillé à faire éclater la vérité. Le chemin a été long, entre le retour du bagne en 1899 et la reconnaissance de l’innocence d’Alfred Dreyfus. Il combat pendant la guerre 14-18 et s’éteint à Paris en 1935.

L'année Dreyfus à Mulhouse sera marquée par deux nombreuses conférences et deux expositions au musée des beaux-arts (les artistes contemporains et Dreyfus) et au musée historique (l'Affaire). Une salle permanente lui sera dédiée au musée historique et inaugurée le 12 juillet 2016. Le monument sera inauguré le 9 octobre, date anniversaire d'Alfred Dreyfus. Il permettra d'"ancrer la mémoire d'Alfred Dreyfus dans le paysage mulhousien" explique Joël Delaine, conservateur en chef des musées de Mulhouse.