Société

Place Patxa: quand la rebellion basque devient un patrimoine

Par Bixente Vrignon, France Bleu Pays Basque vendredi 20 octobre 2017 à 19:02

Les peintures murales des années 80, contre "le colonialisme français et espagnol" attirent aujourd'hui des cars de touristes
Les peintures murales des années 80, contre "le colonialisme français et espagnol" attirent aujourd'hui des cars de touristes © Radio France - Bixente Vrignon

Le groupe anarco-abertzale Patxa a occupé cette place dans les années 80. Symbole des combats indépendantistes, alternatifs, féministes, anti-militaristes... elle va aujourd'hui changer de visage, à la demande des habitants du quartier.

A la demande d'un collectif des habitants du quartier, la mairie de Bayonne a accepté que la place Patxa soit rénovée... oui mais pas n'importe comment! Il y a une chose à laquelle on ne touchera pas: ce sont les 2 fresques, peintes sur le mur du Trinquet. Révolutionnaires, alternatives, rupturistes à l'époque de leur création, elles sont aujourd'hui dans les guides touristiques, on voit des visites guidées s'émerveiller à leur vue, elles font partie du patrimoine bayonnais.

La mairie effaçait systématiquement les fresques

Une évolution que Xano Fourcade, l'un des fondateurs du collectif Patxa a vécu depuis les années 80 jusqu'à aujourd'hui : "on occupait souvent la place pour faire des repas populaires avec Patxa. On faisait aussi des réunions politiques, du théâtre de rue sur l'anti-militarisme" relate celui qui est aujourd'hui sexagénaire. "On avait l'habitude de faire pas mal de fresques sur l'indépendance, le féminisme, la répression... et la mairie les effaçait systématiquement ! "

"Y'a une fresque où on voit les forces d'occupation espagnole et françaises" — Xano Fourcade, Patxa

L'autre fresque, à la manière irlandaise, est le portrait de militants d'ETA ou d'Iparretarrak, morts ou disparus. Cette seconde fresque est tout aussi rupturiste avec les portraits de Popo Larre et Jon Anza, militants d'ETA et d'Iparretarrak.

Avec la rénovation, le parking devrait disparaitre - Radio France
Avec la rénovation, le parking devrait disparaitre © Radio France - Bixente Vrignon

A l'heure où Emmanuel Macron veut célébrer Mai 68, la ville de Bayonne veut fait entrer les fresques de Patxa dans le patrimoine bayonnais. Elles seront préservées avec la nouvelle place.

C'est du patrimoine vivant

Pour le très centriste adjoint à la culture Yves Ugalde la rénovation prévue est un exemple de participation citoyenne. Même s'il ne partage pas l'idéologie, "c'est l'exemple de ce que peut devenir la force d'un symbole! Ça dépasse un combat militant, il faut les décontextualiser. C'est une part de notre patrimoine -et le patrimoine doit être vivant. Il faut aborder les fresques avec un autre regard qu'un regard militant" affirme-t-il.

"C'est effectivement une partie du patrimoine de la ville" — Yves Ugalde, adjoint à la culture, ville de Bayonne

Une consultation est organisée le 21 octobre pour que chacun donne son avis : comment doit-on rénover la place? On pourra ensuite voter en ligne pour choisir le meilleur projet

Pour l'anecdote sachez que la place Patxa ne porte pas ce nom dans le cadastre bayonnais. Mais la commune s'est abstenu de mettre une plaque officielle, tout comme les cartes officielles, et les GPS dans les voitures, qui évitent prudemment de baptiser la place.