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Société

Pourquoi les éditeurs de presse français portent-ils plainte contre Google ?

- Mis à jour le -
Par , France Bleu

Les éditeurs de presse français ont annoncé ce jeudi qu'ils allaient porter plainte contre Google, devant l'Autorité de la concurrence, pour "abus de position dominante". Un bras-de-fer s'est engagé entre la presse française et le géant américain de l'internet. Pour quelle raison ?

Les médias français vont être contraints de laisser le géant américain utiliser gratuitement des extraits de leurs contenus, malgré la loi.
Les médias français vont être contraints de laisser le géant américain utiliser gratuitement des extraits de leurs contenus, malgré la loi. © Maxppp -

Elle avait promis une contre-attaque contre le géant de l'internet : l'Alliance de la presse d'information générale annonce ce jeudi qu'une plainte va être déposée contre Google. C'est une nouvelle étape dans le bras-de-fer très déséquilibré qui s'est engagé entre la presse française et l'entreprise américaine, autour de l'entrée en vigueur d'un nouveau mécanisme appelé "droit voisin". En quoi consiste-t-il ? Que réclament les médias ? France Bleu vous explique.

Un nouveau mécanisme censé mieux répartir les revenus issus du numérique

La pomme de discorde entre Google et la presse hexagonale, c'est le "droit voisin". Ce nouveau mécanisme, instauré par une directive de l'Union européenne au début de l'année, est censé entrer en vigueur en France ce 24 octobre. La France est d'ailleurs le premier pays membre de l'UE dans lequel ce nouveau "droit voisin" entre en application.

Similaire au droit d'auteur, il doit permettre aux éditeurs de presse (médias et agences de presse) de négocier avec les géants du numérique une rémunération, en contrepartie de la réutilisation de leurs contenus sur internet.

Google ne veut pas négocier

Le problème, c'est que Google a écarté d'emblée toute négociation visant à définir les modalités de cette nouvelle rémunération des contenus. L'entreprise américaine, pour se mettre en conformité avec la loi française, a imposé de nouvelles règles qui entrent elles aussi en vigueur ce 24 octobre.

Les sites d'informations doivent accepter que le moteur de recherche utilise gratuitement des extraits de leurs infos dans ses résultats. Faute de quoi, leurs informations seront référencées de manière dégradée par le moteur de recherche (il n'y aura plus qu'un simple titre et un lien), au risque de voir le trafic vers ces sites chuter.

"Google dépendants", les médias ont peu de marge de manœuvre

Les médias français dénoncent un "diktat" du géant américain, mais n'ont pas trop le choix. Pour ne pas perdre une part importante de leurs internautes, ils vont se soumettre à ces nouvelles règles, en attendant donc d'éventuelles suites judiciaires, voire politiques.

La presse française est en effet largement dépendante des moteurs de recherche et tout particulièrement de Google (qui détient 93% du marché français des recherches sur internet), car ce sont grâce à ces outils que les internautes accèdent à leurs contenus. L'entreprise française Heroiks a calculé un indice qui mesure la dépendance des sites internet aux moteurs de recherche (le "Search dependence index"). Selon cet indice, cette dépendance est supérieure pour les sites de la plupart des grands médias français à la moyenne des sites internet hexagonaux. "L'indice moyen de la presse quotidienne nationale s'élève à 42", quand la moyenne des cent principaux sites français (en termes de trafic) est de 33,54, explique Heroiks.

C'est le journal La Croix qui apparaît comme le plus dépendant, avec un indice à 58,07, suivi du Parisien et de l'Humanité, autour de 55. Le Figaro, 20 Minutes et L'Opinion sont entre 40 et 45. Libération (38,54), Les Echos (36,46) et Le Monde (31,70) s'en sortent mieux, mais seul L'Equipe se détache réellement du lot avec un indice à 15,55. Les chaînes d'info ont elles aussi besoin de Google : LCI pointe à 61,58, CNews à 55,32, BFMTV à 46,40 et franceinfo à 43,38.

D'autres s'en sortent mieux. C'est le cas de certaines radios comme France Inter (17,88) et Radio Classique qui semble en mesure de s'affranchir de Google (7,14), et des "pure-players" (c'est à dire les médias 100% numériques), en particulier Mediapart avec un score inférieur à 18, fruit de son modèle sur abonnement patiemment construit. Atlantico est à 41,58 et le HuffPost autour de 35, tout comme Slate France.

  - Visactu
© Visactu -

Et maintenant ?

Pieds et poings liés, les éditeurs de presse français ont donc lancé une contre-attaque dans plusieurs domaines. Sur le plan juridique tout d'abord, puisqu'une plainte collective va donc être déposée devant l'Autorité de la concurrence. Les médias demandent "le soutien des pouvoirs publics". "Le Parlement français a voté à l'unanimité la loi sur les droits voisins, c'est une directive européenne, elle est transposée dans tous les pays européens et nous nous indignons qu'une entreprise puisse se placer au-dessus des lois", a expliqué sur franceinfo Marc Feuillée, directeur général du groupe Le Figaro.

Le deuxième front ouvert relève de la communication. La presse en appelle à l'opinion publique, estimant que l'enjeu de leur combat, "c'est la survie de médias indépendants et pluralistes, et in fine la vitalité de notre démocratie". Une tribune signée par plus de 900 professionnels des médias et d'autres personnalités européennes a appelé mercredi les pouvoirs publics à "muscler les textes pour que Google ne puisse plus les détourner" et à "utiliser tout l'arsenal des mesures qui permettent de lutter contre l'abus de position dominante" que commet selon eux le groupe américain.

Mi-octobre, Emmanuel Macron a appelé à renforcer la régulation des plateformes et à accélérer les sanctions lorsqu'elles commettent des abus. Le ministre de la Culture Franck Riester a pour sa part rencontré la semaine dernière des responsables de Google à New York et entend mobiliser ses homologues lors du prochain Conseil des ministres de la Culture européens le 21 novembre à Bruxelles. Ensemble, ils étudieront les leviers à leur disposition pour contrer le géant du Net.

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