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Présidentielle : des jeunes qui vivent dans la rue à Marseille ne croient "plus en rien"

Par Fanette Hourt et Corrine Blotin, France Bleu Provence lundi 20 mars 2017 à 10:24

Yoann, Océane et Selma vivent dans la rue, à Marseille, et ils ne sont pas les seuls.
Yoann, Océane et Selma vivent dans la rue, à Marseille, et ils ne sont pas les seuls. © Maxppp -

Tous les lundis jusqu'à l'élection présidentielle, France Bleu Provence s'intéresse aux thèmes qui font la campagne. Il y a notamment la précarité des jeunes, qui se retrouvent à la rue et sans ressources. Rencontre avec trois d'entre eux à Marseille.

Avant l'élection présidentielle des 23 avril et 7 mai prochains, France Bleu Provence se penche sur les thèmes qui marquent la campagne. Exemple avec les oubliés de cette élection présidentielle : les jeunes, et plus particulièrement les jeunes en rupture scolaire et avec leur famille. Ils n'ont pas de travail, pas de ressources. Ayant moins de 25 ans ou n'ayant jamais travaillé, ils n'ont pas droit aux allocations chômage ou au RSA.

France Bleu Provence a rencontré trois jeunes qui vivent ce qui ressemble à une descente aux enfers... Ils sont venus à Marseille pour trouver un emploi saisonnier, mais ils sont contraints de vivre dans la rue.

À Marseille, dans l'espoir d'une vie meilleure

Pourtant, lorsqu'on voit Selma, Yoann et Océane, qui ont entre 19 et 21 ans, rien ne laisse penser qu'ils vivent dehors. Ils essayent tant bien que mal de rester propres. Mais ils ressentent tous les trois un grand besoin de parler de leur situation. "Je viens de Nancy à la base. J'ai tout quitté parce que j'ai eu des problèmes familiaux.

Je suis venu ici en me disant qu'il y a le soleil, la mer, et il y a peut-être des saisons à faire en tant que plongeur, restaurateur... Mais mon espoir s'est vite [envolé]", raconte Yoann. "On dort dehors, c'est compliqué."

Selma, Yoann et Océane ont 21 ans et ils vivent dans la rue, à Marseille.

"Quand on fait des papiers, ils nous disent 'normalement vous devriez être chez vos parents, il n'y a pas d'aides pour vous' (...)", explique avec amertume le jeune homme. Pourtant, "je suis bosseur. J'aime travailler, je sais peindre, je sais [entretenir] les espaces verts. J'ai quand même des diplômes (...) mais je n'y arrive pas."

"Je ne sais pas où je vais dormir ce soir, je ne sais pas comment je vais manger... Je suis plus bas que terre." – Yoann, 21 ans.

Mais vous ne les verrez pas faire la manche pour autant, ils s’y refusent. Tous trois passent leurs journées à chercher du travail et des solutions. "Ce soir, tous les trois, on va aller dormir dans un parking. A chaque fois, tous les trois, on se débrouille pour trouver à manger, et encore, dans cette ville, il y a une solidarité", décrit Selma. Il y a aussi les agressions, les vols, et la difficulté de rester propres et présentables.

"Aidez-nous !"

Ces trois jeunes sont majeurs et donc en âge de voter. Mais ils portent un regard désabusé sur la classe politique. "Eux, ils rentrent chez eux, ils ont un salaire qui est plus que ce qu'il ne faut (...) On est complètement oubliés nous, la génération 20-25 ans. C'est nous les jeunes, c'est nous la relève de demain, mais si on nous enfonce déjà jeune, comment voulez-vous qu'on relève la tête ?", s'agacent-ils tous les trois.

D'autant que l'administration ne les aide pas à reprendre espoir. "On nous a dit 'entre 20 et 30 ans, les jeunes se démerdent !' (...) De 21 à 25 ans, on est livré à nous-mêmes !" Ces jeunes sont épuisés, à bout, comme Océane, qui espère tout de même que son message aux candidats à la présidentielle sera entendu : "Aidez-nous, aidez les jeunes à pouvoir avoir une vie normale comme tout le monde. Ce serait le seul message que je voudrais faire passer aux politiciens (...) On ne demande qu'à travailler, qu'à pouvoir aider les autres, à rentrer dans le moule en trouvant des solutions dignes."

"J'ai 21 ans, je n'y crois plus, je ne crois pas au futur". – Selma, 21 ans.

Mais à la question de savoir s'ils ont encore de l'espoir, ils répondent avec beaucoup de tristesse : "Au bout de la journée, j'ai les larmes, parce que non on n'y croit pas. J'ai 21 ans, je n'y crois plus, je ne crois pas au futur", assène Selma.

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